L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t3.19
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t3.19
- Language
- French
v3.c16.s3.t3.19
On nous dira peut-être : Si vous admettez que l'art bactrien ait pu ainsi réagir sur la décadence du Gandhâra, pourquoi n'en aurait-il pas été de même dès l'origine? Que fallait-il, en effet, de votre propre aveu, pour que l'école nouvelle sortît du creuset? Seulement l'amalgame de deux éléments, l'un grec et l'autre bouddhique. Or, qui contestera l'existence d'une culture hellénique dans une région naturellement riche, où les colonies grecques furent plus nombreuses que partout ailleurs en Haute-Asie et qui, d'Alexandre à Hélioclès, connut deux siècles de domination grecque ininterrompue? Quant au Bouddhisme, le témoignage d'Alexandre Polyhistor qui, natif d'Asie Mineure, écrivait en Italie entre 80 et 60 avant J.-C., n'est probablement pas de ceux sur lesquels on peut faire grand fond. Sa mention des « Samanéens » en Bactriane ne nous a été conservée que par Clément d'Alexandrie et Cyrille, dans un passage où ils ne figurent que pour faire pendant aux gymnosophistes de l'Inde, aux mages de la Perse, aux druides des Galates et aux prophètes des Égyptiens¹. Elle vaut toutefois d'être retenue si l'on songe que le Bouddhisme, introduit dès 250 avant notre ère sur la rive droite de l'Indus, n'a pas dû mettre très longtemps à traverser les montagnes. Vous avez beau contester l'existence d'aucune activité artistique en Bactriane et faire remarquer que cet antique berceau du mazdéisme était peu propre à enfanter l'art gréco-bouddhique, rien n'empêche théoriquement que celui-ci n'y soit né dès le milieu du IIe siècle avant notre ère, au lieu d'en être encore à faire ses premiers essais au Gandhâra cinquante ans plus tard. Nous n'aurions, en effet, aucune objection décisive à faire valoir contre cette théorie si le milieu du IIe siècle n'était justement l'époque que nos historiens classiques choisissent pour rayer « l'opulente Bactriane aux mille villes » du nombre des nations². Et sans doute, en s'exprimant ainsi, Justin parle à notre point de vue européen, et la disparition des Grecs ne devait pas empêcher la Bactriane de survivre sous ses nouveaux maîtres Çakas, puis Yuetche. Toujours est-il que cette invasion de barbares n'était guère propice à l'essor d'un nouvel art. On pourrait tout au plus soutenir que la naissance de l'école gréco-bouddhique fut le contre-coup indirect des événements qui forcèrent les descendants des colons hellènes à se replier avec armes et bagages dans leurs récentes conquêtes indiennes, au sud de l'Hindou-Kouch. C'est alors seulement que d'irano-grecs qu'ils étaient jusque-là, ils sont véritablement devenus indo-grecs, et que leurs praticiens se sont trouvés en contact permanent avec une communauté bouddhique suffisamment ancienne et florissante. Bref, ce seraient les artistes gréco-bactriens qui ont créé l'art gréco-bouddhique : mais nous croyons, jusqu'à preuve du contraire, que l'occasion de le créer ne leur a été offerte qu'au Gandhâra.