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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t3.46

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t3.46

Language
French

v3.c16.s3.t3.46

Ce serait donc s'exposer à des déceptions que de s'exagérer à l'avance la valeur esthétique des collections nouvelles : mais rien n'en saurait diminuer la valeur documentaire. Par comparaison avec nos galeries d'antiques, un esprit infatué de l'idéal classique pourrait déclarer n'y voir qu'un fatras hétéroclite d'images de piété et d'objets de rebut, héritage médiocre, et dès longtemps dilapidé par les chercheurs de trésors, d'une civilisation aussi superficielle que mêlée. Il n'en reste pas moins que cet étrange bric-à-brac, réparti sur les dix premiers siècles de notre ère, et où se coudoient tous les types et tous les styles, hellénique, iranien, indien, turc, tibétain, chinois, jette définitivement le pont entre l'art de l'Asie hellénisée et celui de l'Extrême-Orient. Nous hâtons d'ailleurs de convenir que, même au seul point de vue de l'influence classique, il y a un tri à faire, et de rappeler que tout l'apport venu d'Occident ne saurait être inscrit au crédit de l'école du Gandhâra. Il est bien clair, par exemple, que les représentations manichéennes retrouvées au Tourfan n'ont rien à démêler avec le Penjâb. De même les plus belles intailles grecques ont dû être directement importées du pays de Ta-tsin. Enfin, jusque sur les monuments dont le caractère bouddhique est indubitable, il faut compter avec la possibilité que le cadre décoratif, si indien que soit le tableau, n'ait pas fait le détour de l'Inde. L'exemple le plus caractéristique de ces bordures grecques, ou tout au plus irano-grecques, entourant une composition gréco-bouddhique d'origine indienne, nous est fourni par les admirables peintures de Miran, au sud du Lob-nor. Bouddhiques étaient sans conteste deux petits temples ronds dont les voûtes abritaient un stûpa intérieur; bouddhiques sont les scènes qui se déroulent sur le fond, d'un rose tout pompéien, de leurs parois, ici des épisodes de la vie du Maître, là le fameux jâtaka de Viçvantara ; mais sur la bande qui régnait au bas des murailles, tantôt des anges ailés, tantôt des amorini ou des génies mithraïques, sans compter d'autres personnages encore plus profanes, semblent directement transférés d'une église ou d'une villa syrienne des premiers siècles de notre ère. Ainsi que Sir Aurel Stein a résumé ses impressions devant une apparition si inattendue en pareil lieu : « le style gréco-bouddhique de l'Inde avait mis son empreinte sur la frise, et l'art contemporain de l'Orient romain, tel qu'il s'était transmis à travers la Perse, avait laissé son reflet sur la plinthe¹ ». Nos réserves ne sont donc pas de pure forme; mais nous n'en devons pas moins constater que la meilleure part des objets d'art religieux qui ont été exhumés, sont de caractère bouddhique et par suite d'origine indienne. Sur ce point les fouilles ont nettement confirmé le témoignage des voyageurs et des historiens chinois. Mazdéisme, manichéisme, nestorianisme ont bien pu suivre dans le sillage du Bouddhisme² : mais c'est avant tout la Bonne Loi et la forme indo-grecque de son imagerie que les artères mondiales, dont nous venons de déterminer le trajet, ont d'abord et surtout charriées jusqu'en Chine.

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