L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c16.s3.t3.89
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c16.s3.t3.89
- Language
- French
v3.c16.s3.t3.89
Nous n'avons pas à suivre ici les destinées de ce stock considérable d'importation étrangère dans l'évolution ultérieure de l'art chinois. Rappelons seulement que ce croisement artistique a parfaitement réussi : son innombrable postérité de bronze, de jade, de bois, de porcelaine, de laque, etc., en est la preuve. Poussahs rieurs et ventripotents ou génies guerriers qui ne sont que l'interprétation chinoise du double type indien du Yakṣa; « lohans » aux traits accusés ou suaves figures asexuées de Bodhisattvas, de tout ce petit peuple vulgaire ou raffiné, comique ou pensif, mais à coup sûr extrêmement varié, qui a envahi les autels familiaux comme les pagodes, nous avons déjà signalé les lointaines origines. Notre intention n'est pas d'y revenir dans le détail; mais sur l'ensemble une remarque générale s'impose. On n'aura pu manquer de noter à chaque fois, d'une part la clarté de la ressemblance iconographique, de l'autre l'obscurité du rapport mythologique entre les figures indiennes et chinoises. Quel est au fond le lien entre la représentation du vautour Garuda¹ et la conception du « Chien céleste »? Qu'y a-t-il de commun entre le ventre ou la besace de Pou-tai² et la sublime compassion de Maitrêya? La Kouan-yin à l'enfant (fig. 538-539), en laquelle s'est transmuée Hâritî³, n'est-elle que le prête-nom de quelque déesse-mère indigène? C'est aux sinologues qu'il appartient de débrouiller ces épineuses questions. Leur difficulté même n'est pour nous qu'une preuve de plus à porter au bilan de l'influence étrangère. On devine en effet ce qui est advenu. Le caractère vague et flottant des croyances populaires et surtout le fait que le pinceau ou le ciseau d'aucun artiste chinois ne s'était encore avisé de les fixer, ont seuls permis, sinon déterminé l'adoption des idoles indiennes. De celles-ci on s'est contenté, faute de mieux; et le résultat de cet expédient est qu'on a revêtu de figures, dont la ressemblance crève les yeux, des conceptions qui à l'examen se découvrent fort dissemblables. Mais, réciproquement, ce désaccord du fond sous l'analogie de la forme achève de dénoncer l'emprunt.