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L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s1.37

L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s1.37

Language
French

v3.c17.s1.37

que l'art de l'Inde, antérieurement à Alexandre, est historiquement une page blanche, archéologiquement une vitrine vide, rien ne nous empêche de noircir l'une et de remplir l'autre au gré de notre imagination et de nos vœux. S'il nous plaît d'affirmer qu'au temps jadis l'Inde a possédé un art comparable aux grands arts pré-helléniques de l'Égypte et de l'Assyrie, de quel droit viendrez-vous le nier? Vous n'en savez pas là-dessus plus long que nous. Qu'est-ce qui vous prouve d'ailleurs que des fouilles heureuses ne viendront pas demain confirmer nos allégations? Et si vous objectez que ces découvertes se font bien attendre, nous nous tirerons toujours d'affaire en rappelant un fait dont les édifices de pierre nous apportent la preuve certaine, à savoir que les plus anciens monuments de l'Inde étaient en bois. Dès lors l'incendie, les termites, le climat seul de la péninsule rendent assez compte de leur entière disparition, et celle-ci à son tour laisse le champ libre à toutes les conjectures... — En effet; et comme, depuis Don Quichotte, l'usage s'est perdu de se battre avec les moulins à vent, nous nous garderions de partir en campagne contre des imaginations pures, si nos «esthètes» n'avaient habilement greffé sur ces prémisses une théorie aussi décevante qu'ingénieuse, et capable de séduire les meilleurs esprits par un savant mélange de fantaisie et de vérité. Ils tiennent en effet solidement deux positions importantes. D'une part, il est bien évident que l'art n'a pas été brusquement créé dans l'Inde au IIIe siècle avant notre ère par un décret d'Açoka. D'autre part, il est non moins certain — et c'est le grand mérite de M. Havell d'avoir mis le fait dans tout son jour — que l'Inde a développé au temps des Guptas un art entièrement à son goût et à son image. Posons à présent en axiome que l'art de l'Inde, avant qu'elle n'eût subi l'influence étrangère, était tout pareil à celui qu'elle a connu après qu'elle s'en fût dégagée : nous en déduirons aussitôt que l'art indien du Ve siècle avant notre ère, dont nous ignorons tout, était aussi admirable que celui du Ve siècle après, dont nous commençons à savoir quelque chose. Et le tour sera joué. Pour escamoter plus aisément cette assertion, tout de même un peu forte, il ne restera plus qu'à l'enguirlander avec quelques citations des vieilles épopées et d'intrépides considérations sur les principaux centres d'art et d'enseignement religieux au temps où, nous dit-on, l'Inde était à la tête de la civilisation et l'institutrice de l'Asie. Au bout du compte, tout historien ne pourra que s'y laisser prendre, à moins qu'il ne soit un indianiste professionnel.