L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s2.28
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s2.28
- Language
- French
v3.c17.s2.28
seulement en Chine, mais en Corée et au Japon¹. Des textes précis leur donnent sans doute raison, du moins en partie : mais n'est-il pas encore plus vrai de dire que l'école sino-bouddhique, d'ailleurs bien antérieure à I-söng, est le prolongement de l'école sérindienne ? Nous avions jadis attribué, de façon assez plausible, l'expansion de l'art classique jusqu'au Gandhâra aux pérégrinations de ces Græculi qui promenaient leurs talents à travers le monde antique. La thèse est insoutenable, nous fait observer M. della Setta; pour lui « l'art du Gandhâra n'est que l'ultime provignement de l'école gréco-orientale qui avait déjà introduit ses moyens représentatifs en Perse »; et sans doute il n'a pas tort. On dit à bon droit qu'une hirondelle ne fait pas le printemps; mais cent hirondelles ne le feraient pas davantage si d'ailleurs il n'arrivait sur leurs ailes. De même un artiste ou un atelier isolé ne pourrait rien², s'il n'était porté par un de ces larges mouvements sociaux qui mènent ceux-là mêmes qui se prennent pour leurs meneurs. Dans le filet troué où l'histoire s'évertue à emprisonner la multitude grouillante des faits, il ne faut certes pas négliger le menu fretin des noms individuels et des cas particuliers, et c'est pourquoi nous nous sommes fait plus haut un devoir de les recueillir; mais nous ne devons pas non plus oublier l'action profonde des courants collectifs qui gouvernent les événements. Ainsi seulement nous pourrons arriver à nous expliquer bien des choses. C'est d'abord la lenteur avec laquelle les influences artistiques se propagent. Pour ne reprendre que le plus proche exemple³, s'il suffisait de quelques modèles ou de quelques artistes, l'art bouddhique chinois daterait des Han et non des Wei, de la fin du 1er et non du commencement du Ve siècle de notre ère. Non seulement il y faut du temps, mais encore de la continuité, comme dans toutes les opérations de la nature. C'est de proche en proche, faisant pour ainsi dire tache d'huile, que gagne peu à peu «l'influence». Ne venons-nous pas de la suivre pas à pas de Sérinde en Chine, de Chine en Corée, de Corée au Japon? A force de voir se répéter le même phénomène, nous comprenons mieux pourquoi nous avons dû signaler à chaque étape des modifications nouvelles. Celles-ci tiennent pour une bonne part aux propagateurs eux-mêmes, et pour le reste au milieu nouveau. Nous avons tout lieu de croire que ce sont des maîtres hellénistiques, venus de Bactriane, qui ont fondé à la demande des donateurs indiens l'école gréco-bouddhique du Gandhâra, tandis que ce sont surtout des maîtres indiens qui ont d'abord travaillé en Sérinde, puis des maîtres sérindiens en Chine, des maîtres chinois en Corée, des maîtres coréens au Japon.