L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s3.10
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s3.10
- Language
- French
v3.c17.s3.10
On ne saurait trop insister sur le point que les unes et les autres ont été dès l'abord revêtues de l'himation ou pallium, selon qu'on préfère désigner de son nom grec ou romain le vêtement classique par excellence : et peut-être même le souvenir en subsiste-t-il plus clairement dans les draperies des icones de Nara que dans celles du « Beau Dieu » d'Amiens. Par ailleurs, en face du crâne bientôt tondu, encore que jamais rasé, du Moine-Dieu, le Fils de l'Homme a toujours gardé la longue chevelure flottante, laïque apanage des Bodhisattvas : assez tard seulement l'influence orientale a caché le bas de son visage sous la barbe des philosophes grecs et des brahmanes indiens — la même que porte aussi la plus belle statue connue de l'ascète Gautama (fig. 439). Ainsi, rien que la manière dont ils ont résolu le problème de la représentation du Maître donne déjà à penser ce que tend à démontrer tout le progrès des recherches, à savoir que l'art chrétien est, au même titre que l'art bouddhique, un rameau de l'art gréco-oriental¹. Les suivrons-nous à présent dans la façon dont tous deux s'attaquent à la tâche commune de figurer la biographie de leur fondateur et rappellerons-nous comment les épisodes s'organisent de part et d'autre en cycles qui se correspondent, cycle de l'enfance, cycle de la vie publique, cycle ici de la Passion et là du Pari-nirvâna? Serons-nous un jour assurés que tous deux, cédant à la mode du temps, ont d'abord représenté leur héros idéal en action dans les bas-reliefs, avant de l'en détacher pour l'offrir sous forme d'image isolée à l'adoration des fidèles²? Devrons-nous dès lors comparer, comme marquant une sorte de stage intermédiaire entre les scènes figurées et les icones, les groupes du Christ entre les deux grands apôtres ou deux anges avec ceux du Buddha entre deux deva ou Bodhisattvas ou les deux principaux disciples? . . . Nous en avons déjà dit assez pour le démontrer : jamais la question du sujet à traiter ne s'est posée devant l'art gréco-asiatique en termes plus pareils, ni traduite par plus d'analogies d'ensemble ou de détail dans le répertoire, que le jour où il s'est trouvé aux prises avec la tâche de renouveler ou de créer l'iconographie du Bouddhisme et du Christianisme.