L'art greco-bouddhique du Gandhara: etude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extreme-Orient v3.c17.s3.17
L'art gréco-bouddhique du Gandhâra: étude sur les origines de l'influence classique dans l'art bouddhique de l'Inde et de l'Extrême-Orient v3.c17.s3.17
- Language
- French
v3.c17.s3.17
Peut-on aller plus loin et imaginer en un sens quelconque, entre les arts bouddhique et chrétien, des actions et réactions réciproques? Le contact historiquement attesté des deux religions rend le fait possible : toutefois, pas plus en ce qui touche l'imagerie que la littérature¹, nous n'apercevons rien de décisif sur ce point. Nous irions jusqu'à dire que toutes les hypothèses avancées sur les rapports du Bouddhisme et du Christianisme nous paraissent d'avance indémontrables : et si l'on nous demande pourquoi nous les jugeons telles, nous rappellerons simplement la dualité d'origine, à la fois hellénistique et asiatique, en un mot gréco-orientale, des images comme des doctrines chrétiennes. Pour ne parler que de l'art, si l'hellénisme y est représenté avant tout par la forme, l'Orient l'est par le fond même des choses : comment le vin nouveau qu'il a versé dans l'amphore antique n'aurait-il pas fini par teinter le contenant? Dès lors nous n'avons plus besoin d'imaginer aucune influence directe pour expliquer, par exemple, que nous trouvions dans les plus vieux sanctuaires chrétiens d'Italie des procédés et des tours d'imagination complètement étrangers à la méthode classique et que l'étude des stûpa de l'Inde nous a au contraire rendus familiers. Assurément on demeure stupéfait de rencontrer à Ravenne (1) comme à Barhut et à Sânchi, pour indiquer une divine présence, des trônes vides surmontés ici de l'arbre de la Bodhi, là de celui de la croix; qui prétendra cependant qu'un vieux bas-relief indien antérieur à notre ère ait suggéré une mosaïque italienne du Ve siècle ? Il en est de même des autres analogies, pour incontestables qu'elles soient. Qui a pénétré le sens secret du nandi-pâda ou de la roue bouddhique et deviné le Bodhisattva sous les espèces d'un petit éléphant, se sent en pays connu devant l'ancre ou le navire, la colombe ou l'agneau des catacombes de Rome. Que rien ne soit plus indien que cet emploi intensif des symboles, ce n'est pas nous qui le contesterons; mais il n'est pas uniquement indien. Il est commun à tout l'Orient des gnostiques, il a pénétré à Rome avec toutes ces sectes, cultes ou mystères originaires d'Égypte, de Perse ou de Syrie, parmi lesquels le Christianisme devait finir par l'emporter (2). Ainsi en va-t-il encore dans la suite; car le parallélisme des deux arts, dont nous nous bornions tout à l'heure à esquisser quelques aspects extérieurs, paraît se poursuivre dans l'évolution de leur idéal le plus intime. Après l'école symbolique, nous découvrons encore à Rome ou à Constantinople, comme au Gandhâra, une école quasi historique, abordant des scènes et des types d'un caractère franchement biographique et naturaliste. Mais bientôt l'art chrétien comme l'art bouddhique se lassent de l'antique réalisme et s'embarquent dans l'entreprise de représenter le sublime. Les voici maintenant qui grossissent, détachent, exaltent, la personne enseignante ou triomphante ou mourante du Christ-Roi et du Moine-Dieu, s'adonnent à la composition de paradis transcendantaux, et, dans un élan de mystique ferveur, s'efforcent de figurer des âmes. Cette fois encore notre conclusion sera forcément la même. Qu'un idéalisme pareil inspire tels vitraux de nos églises de France ou telles fresques de