Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.13
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.13
- Language
- French
v1.c2.13
Soutenu par la puissance du grand empereur bouddhiste, ou seulement par son propre zèle, le missionnaire du bouddhisme avait pris pied au Népal. L'Inde y montait avec lui. Sous l'influence de la religion nouvelle, les grandes familles cherchaient à se rattacher par des liens ou fictifs ou réels à la noblesse bouddhiste de l'Inde ; une d'entre elles gagna assez de crédit pour renverser les Kirâtas, un siècle environ après l'ère chrétienne, et pour fonder une dynastie qui devait durer près de huit siècles. Les successeurs des Kirâtas se prétendaient issus du clan Liččhavi qui dominait à l'époque du Bouddha sur la ville opulente de Vaiçâlt, et qui continuait à compter parmi les noms les plus glorieux de l'aristocratie indienne. Le Népal sous le régime des Ličchavis entre dans le système des États hindous, mais sans compromettre son indépendance. Le plus puissant des empereurs Guptas, suzerain de l'Inde presque entière, inscrit le Népal parmi les royaumes d'outre-marche qui entretiennent avec lui des relations d'amitié. Enfin, au début du VIe siècle, l'histoire positive commence avec l'épigraphie. Le premier document connu montre la civilisation de l'Inde parvenue déjà dans la vallée à son complet épanouissement. La langue littéraire, le sanscrit, qui atteint à ce moment même la perfection classique dans l'Inde des brahmanes, est maniée sans difficulté au cœur des montagnes par des poètes instruits, élégants, délicats, au service de la cour ou des simples particuliers. Le bouddhisme et le brahmanisme, séparés et depuis longtemps rivaux dans l'Inde, voisinent, se pénètrent, se confondent presque au Népal. Les moines ont consacré au culte des Bouddhas la colline de Svayambhû et ils y ont élevé un sanctuaire de forme antique que la tradition rapporte à l'empereur Açoka; dispersés dans la vallée, des hémisphères de terre et de briques, construits sur le type rudimentaire des monuments primitifs du bouddhisme indien, attestent la date déjà lointaine de la conversion du pays. Sur deux autres éminences, Çiva et Viṣṇu ont fixé leur séjour: Çiva, l'hôte reconnu des retraites et des sommets de l'Himalaya, est adoré ici sous le nom de Paçupati, Maître du Bétail; et ce vocable, heureusement adapté d'abord à une population de bergers, imposé ensuite par un long usage, désigne encore aujourd'hui le dieu comme le protecteur de la dynastie et le patron du Népal. Viṣṇu, populaire sous l'appellation de Nârâyaṇa, est uni moins intimement que son émule à la vie du pays. Autour d'eux, les divinités inférieures, communes en partie aux bonzes et aux brahmanes, avaient leurs temples, leurs prêtres et leurs fidèles. La royauté, héréditaire, se transmettait de père en fils; le pouvoir du roi s'étendait en dehors de la vallée, à l'Est et à l'Ouest; mais une féodalité remuante, indocile, réduisait presque à rien le domaine royal et l'autorité du suzerain. Pas encore de grandes villes; les villages où se groupent les cultivateurs et les marchands ne portent que des noms indigènes, purement névars. Les inscriptions et la chronique permettent de suivre le développement du Népal jusqu'au VIIe siècle, où il atteint son apogée. La fortune alors semble élargir brusquement l'horizon politique du petit royaume. Pétris et disciplinés par un de ces manieurs d'hommes que l'Asie centrale enfante par intervalles, les clans tibétains s'unissent; un État se crée, s'organise, qui menace, à peine né, le vieux colosse chinois. La Chine à son tour rappelée par ses agresseurs au souvenir des « Pays d'Occident » qu'elle avait presque oubliés depuis les Han, cherche par la ferveur de ses pèlerins et l'adresse de ses mandarins à se frayer une route vers l'Inde. L'Inde du Nord elle-même, unie un instant sous l'empire d'un monarque instruit et curieux, répond à l'appel de la Chine et tente de forcer le cordon de barbares qui ferme ses frontières : au Nord-Ouest, les tékins turcs sont installés en maîtres, tout près d'être supplantés par les Arabes.