Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s1.13
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s1.13
- Language
- French
v1.c2.s1.13
comme la célèbre Vaiçâlî au temps du Bouddha ; douze nobles (*Thâkurîs*) y exerçaient l'autorité à titre de râjas. Ratna Malla s'empara de la ville à la fin du xvᵉ siècle, grâce au pouvoir magique d'une formule qu'il avait déloyalement apprise de son père et surtout grâce à une perfidie sans scrupules ; il gagna le principal fonctionnaire (« *Kâji* », cadi) des Thâkurîs, les fit empoisonner au cours d'un banquet, assassina son complice et se proclama roi. Il fonda la dynastie Malla de Katmandou, qui dura jusqu'à la conquête Gourkha. Un siècle après Ratna Malla, sous le règne de Lakṣmî Narasimha Malla, un édifice miraculeux s'éleva dans la capitale : un simple particulier avait reconnu, dans la foule qui suivait la procession de Matsyendra Nâtha, l'Arbre-aux-Souhaits (*Kalpavṛkṣa*) en personne venu comme un vulgaire badaud pour admirer le spectacle ; il bondit sur le visiteur divin, le maintint prisonnier et réclama comme rançon une faveur singulière ; son ambition était de bâtir avec un seul arbre un abri pour les religieux errants. L'Arbre-aux-Souhaits donna sa parole et la tint ; avec le bois d'un seul arbre on put construire un édifice spacieux, qui subsiste encore aujourd'hui et reste affecté à son usage primitif ; il est voisin des temples élégants qui font vis-à-vis au Darbar, le long d'une rue pavée qui mène à la Bitsnumati. La célébrité légitime de ce hangar miraculeux valut à la ville un changement de nom ; on l'appela dès lors *Kâṣṭha-Maṇḍapa* (Halle-de-bois) en sanscrit, en langue vulgaire *Kâṭhmaṇḍo*, d'où les Européens ont tiré Cadmendu (Grueber), *Katmandù* (Georgi) *Khátmándû* (Kirkpatrick), Kathmandu (Hamilton), etc. En dehors des langues indiennes, la ville est désignée sous des noms tout différents. Les Névars l'appellent *Yin*(-daise), d'après Kirkpatrick ; *Tinya*, d'après Bhagvanlal¹ ; les Tibétains, d'après Georgi, Jang-bu ou Jà-he; j'ignore à quelle forme réelle correspond Jà-he; Jang-bu n'est qu'une transcription altérée de Yam-pu « nom de l'ancienne capitale du Népal, appliqué aussi dans l'usage du Tibet oriental à Katmandou¹ ». C'est ce nom que les Chinois ont transcrit par Yang pou². Katmandou est également désigné en tibétain sous le nom de Kho bóm³. En outre Jäschke cite comme une périphrase employée parfois au lieu de Kho-bóm : Klui pho-brán, « le palais du Nâga » ; il explique ce nom par les trésors de métaux précieux qu'on croit abonder dans la contrée ; mais, en étudiant la religion du Népal, nous verrons quelle place considérable les Nâgas occupent dans la légende et dans les croyances actuelles. Le souvenir des Nâgas reparaît dans le nom attribué par le Bodhimör mongol au palais d'Amçuvarman, roi du Népal au VIIe siècle : Kukum glui⁴ ; et le premier élément de cette désignation figure, dans une histoire chinoise, comme le nom même de Katmandou : Kou-k'ou- mou⁵. Ce mot peut être en rapport avec le nom de Gongool-putten (Gongul-pattana) qui désigne Katmandou « dans les anciens livres » d'après les informateurs de Kirkpatrick.