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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s1: La vallée du Népal

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s1

Language
French

La vallée du Népal

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La vallée du Népal (*Nepāla*) s'ouvre à mi-chemin entre les plaines de l'Hindoustan et les hauts sommets de l'Himalaya. Elle dessine un ovale assez régulier, allongé dans le même sens que la chaîne ; le grand axe, de l'Est à l'Ouest, mesure environ vingt-cinq kilomètres ; le petit axe, du Nord au Sud, seize kilomètres. Les pentes septentrionales s'arc-boutent contre une arête transversale de l'Himalaya projetée par le Gosainthan (7 714 m.) et qui culmine au Dayabang ou Jibjibia (7 244 m.) à distance égale des passes de Kirong et de Kuti, entre les eaux des Kosis et les eaux des Gandakis. Jadis un vaste lac couvrait, dit-on, toute la vallée ; l'intervention d'une divinité aurait ouvert une brèche aux eaux et livré le sol aux hommes. L'aspect du Népal explique la légende. Les montagnes, dressées à l'entour en cirque continu, dissimulent même la passe étroite qui laisse échapper au Sud le drainage local. Leurs sommets, comparés aux géants de l'Himalaya, n'ont qu'une altitude modeste de 2 000 à 3 000 mètres. Une puissante végétation les couvre jusqu'au faîte : les arbres d'Europe, et surtout les chênes, s'y étagent au-dessus des arbres tropicaux. Le mont Manichur (*Maṇicūḍa*) occupe l'extrémité Nord-Est de la vallée ; une chaîne de hauteurs secondaires le relie vers l'Ouest au mont Sheopuri (*Çivapurī*) haut de 2 500 mètres, et par delà, au mont Kokni ou Kukani ; derrière ce rideau se creusent des vallées inexplorées que couronne au loin la ligne blanche des neiges et des glaces. La masse imposante du Nagarjun (*Nāgārjuna*) se dresse vis-à-vis du Kokni, vers l’Ouest-Sud-Ouest ; la dépression qui se creuse dans l’intervalle offre un chemin commode entre le Népal et la vallée de Nayakot (*Navakūṭa*), son annexe naturelle. A l’Ouest, le Dhochôk, rangée de collines onduleuses, qui n’atteint pas 1 800 mètres, réunit les contreforts occidentaux du Nagarjun aux épaulements du Chandragiri (*Candragiri*). Les affluents de la Tirsuli Gandaki, qui descendent de son versant occidental, ouvrent une seconde voie de communication entre Nayakot et le Népal. Le Chandragiri élève ses pentes abruptes à l’angle Sud-Ouest de la vallée ; la route de l’Inde gravit ses escarpements, franchit la ligne de faîte à peu de distance du sommet (un peu moins de 2 500 m.) et redescend sur le versant méridional au village de Chitlaung, dans la vallée du Petit-Népal. Le Chandragiri se soude vers le Sud-Est au Champadevi (*Campādevī*). La vallée latérale qui longe leur revers méridional a été fréquemment parcourue par les voyageurs européens jusqu’à la fin du XVIIIe siècle ; leur témoignage unanime la représente comme une gorge étroite, pénible, misérable. Entre le Champadevi et le mont Mahabharat (*Mahābhārata*) s’ouvre la brèche de Kotpâl (ou Kotvâl), unique fissure de ce vaste mur de montagnes, et juste assez large pour donner passage à la rivière Bagmati. Le Mahabharat n’est lui-même qu’un contrefort du Phulchôk. Le Phulchôk est la plus élevée des cimes qui regardent la vallée ; son altitude est exactement de 3 000 mètres. Enfin, du côté de l’Est, le mont Mahadeo-pokhri (*Mahādeva-puṣkariṇī*) s’étale entre le Phulchôk et le Manichur. Une passe facile, qui se creuse entre le Phulchôk et le Mahadeo-pokhri, mène du Népal oriental à la vallée de Banepa, que les souvenirs historiques rattachent directement, comme Nayakot, à l’histoire du Népal.

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La vallée du Népal (vue de Changu-Narayan).

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La Bagmati (*Vâgmatî*) recueille toutes les eaux qui descendent de ces pentes pour arroser le Népal. Elle naît sur le versant septentrional du Sheopuri, coule d'abord dans une gorge profonde entre le Sheopuri et le Manichur, tombe en cascade dans la vallée, y serpente ; puis, grossi de nombreux affluents, le torrent se transforme en rivière, force une première fois le passage au pied des collines qui portent Chobbar, se dirige vers le renflement méridional da la vallée, s'échappe par la brèche étroite de Kotpal, et pénètre alors dans une région entièrement inconnue, que des rapports contradictoires représentent tantôt comme impraticable, tantôt comme aisément accessible ; elle atteint les Collines de Grès à Hariharpur, traverse le Téraï, entre en territoire britannique, traîne ses eaux ralenties en des canaux inconstants, et va s'unir au Gange en aval de Monghyr, entre le confluent de la Gandaki et le confluent de la Kosi.

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Le principal des affluents népalais de la Bagmati est la Bitsnumati (*Viṣṇumatî*) qui naît sur le flanc méridional du Sheopuri, suit assez fidèlement le pied des montagnes et va se déverser dans la Bagmati presque au centre de la vallée. Les autres cours d'eau ne sont, pendant la saison sèche, que d'humbles ruisselets ; leur importance religieuse oblige pourtant à les mentionner : sur la rive droite le Dhobi-Khola et le Tukhucha, sur la rive gauche la Manhaura (*Manoharâ*) ou Manmati (*Maṇimatî*) qui sort du mont Manichur, la Hanmatî (*Hanumatî*) qui sort du Mahadeo-pokhri, et la Nikhu qui vient du Phulchôk.

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Tous ces cours d'eau présentent le même caractère ; nés en dehors de la région des neiges, nourris par des sources, ils s'enflent brusquement à la saison des pluies ; le ruisseau de la veille devient alors un torrent impétueux qui se fraie sans effort un vaste lit dans le sol d'alluvions ; à la longue, le lit, creusé toujours plus profondément, prend l'aspect d'un fossé, bordé sur ses deux rives de hautes parois. Les pluies passées, il ne reste plus qu'un filet d'eau perdu dans les sables. Seule la Bagmati remplit toute l'année son lit de ses flots bruyants qui lui ont valu son nom, « la Parlante. »

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Sur ce terrain heureux, l'humanité pullule. Des passes qui découvrent brusquement la vallée, l'œil surpris contemple un immense jardin égayé de constructions pittoresques. Parmi les champs riants et les bosquets touffus, les hameaux, les bourgs, les villes étalent leurs toitures aux angles retroussés que dominent les pyramides étagées des temples en bois, avec leur flèche d'or éblouissante. Le charme du spectacle est inoubliable. Les missionnaires capucins du XVIIIe siècle paraissent eux-mêmes l'avoir ressenti. Le P. Marco della Tomba, qui n'avait pas visité le pays, mais qui avait recueilli les informations et les impressions de ses confrères, écrit : « Passé d'autres petits monts couverts d'arbres, on découvre la vallée du Népal « valle bellissima » qui semble au premier regard être d'or, avec toutes ses pagodes et ses palais dorés... La vallée jouit d'un air doux et très sain, elle abonde en toutes sortes de vivres ; on y trouve à peu près tous les fruits que nous avons en Europe¹. » Un siècle plus tôt le jésuite Grueber s'était contenté d'observer, en esprit pratique, que le Népal « abonde en toutes les choses qui sont nécessaires pour soutenir la vie ». Sur une surface de 700 kilomètres carrés, le chiffre de la population approche de 500 000 âmes², soit une densité de 700 habitants par kilomètre carré, dans une région sans industrie. Une moitié de la population vit rassemblée dans les villes et les bourgs ; l'autre moitié est dispersée dans d'innombrables hameaux, qu'il serait fastidieux et vain de prétendre énumérer.

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¹ Gli Scritti..., p. 50 sq.

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² Le Cheng-ou-ki attribue au Népal une population de 54 000 familles estimation que M. Rockhill (Tibet from Chinese sources, p. 129) juge beaucoup trop basse. Mais il ne s'agit évidemment dans ce nombre que des habitants du Népal proprement dit, et le chiffre semble avoir une origine officielle, car il correspond exactement au total des 3 nombres donnés séparément par les Capucins pour la population des trois villes (autrement dit, des trois royaumes) : Katmandou 18 000 + Patan 24 000 + Bhatgaon 12 000 = 54 000. Kirkpatrick d'autre part admet un

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La ville principale du Népal est Katmandou, séjour du gouvernement et capitale du royaume. Katmandou n'est pas la plus ancienne des villes du Népal ; sans parler des capitales antérieures qui ont disparu, Patan dépasse en antiquité sa rivale triomphante. La tradition fixe la fondation de Katmandou en l'an 3824 écoulé du Kali-yuga = 724 J.-C.); et cette date semble plausible. Un jour, à en croire la chronique, comme le roi Guṇakâma jeûnait en l'honneur de Mahâ-Lakṣmî, la déesse lui apparut en songe, et lui prescrivit de bâtir une ville au confluent de la Viṣṇumatî et de la Vâgmatî, sur un emplacement qu'avait consacré déjà la présence de nombreuses divinités. La ville devait avoir la forme recourbée du « khaḍga », le cimeterre que la sanguinaire Devî brandit dans une de ses multiples mains contre ses ennemis terrifiés¹ ; elle contiendrait 18 000 maisons, et tous les jours il devait s'y traiter un chiffre d'affaires de 100 000 roupies ! La nouvelle cité reçut d'abord le nom de Kânti-pura « Ville de Grâce »². Elle eut à souffrir de la longue période d'anarchie féodale que le Népal traversa durant le moyen âge, et forma pendant plusieurs siècles une sorte de fédération oligarchique,

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¹ Les Bouddhistes prétendent que le cimeterre proposé comme modèle au roi était celui de Mañjuçrî.

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² La Bṛhat-Saṃhitâ de Varâha-Mihira mentionne une ville du même nom, mais située dans le Dekkhan, car elle parait dans la même énumération que Koṅkaṇa, Kuntala, Kerala, Daṇḍaka (XVI, 11). — Le Kârtika-mâhâtmya du Padmapurâṇa cite également une ville de Kântipura ; Aufrecht (Ox. Mss. 16b) substitue par correction Kâñci-pura « Conjeveram ».

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moyenne de 10 personnes par maison ou famille. L'évaluation officielle du siècle dernier parait donc bien se rapprocher de la vérité.

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comme la célèbre Vaiçâlî au temps du Bouddha ; douze nobles (*Thâkurîs*) y exerçaient l'autorité à titre de râjas. Ratna Malla s'empara de la ville à la fin du xvᵉ siècle, grâce au pouvoir magique d'une formule qu'il avait déloyalement apprise de son père et surtout grâce à une perfidie sans scrupules ; il gagna le principal fonctionnaire (« *Kâji* », cadi) des Thâkurîs, les fit empoisonner au cours d'un banquet, assassina son complice et se proclama roi. Il fonda la dynastie Malla de Katmandou, qui dura jusqu'à la conquête Gourkha. Un siècle après Ratna Malla, sous le règne de Lakṣmî Narasimha Malla, un édifice miraculeux s'éleva dans la capitale : un simple particulier avait reconnu, dans la foule qui suivait la procession de Matsyendra Nâtha, l'Arbre-aux-Souhaits (*Kalpavṛkṣa*) en personne venu comme un vulgaire badaud pour admirer le spectacle ; il bondit sur le visiteur divin, le maintint prisonnier et réclama comme rançon une faveur singulière ; son ambition était de bâtir avec un seul arbre un abri pour les religieux errants. L'Arbre-aux-Souhaits donna sa parole et la tint ; avec le bois d'un seul arbre on put construire un édifice spacieux, qui subsiste encore aujourd'hui et reste affecté à son usage primitif ; il est voisin des temples élégants qui font vis-à-vis au Darbar, le long d'une rue pavée qui mène à la Bitsnumati. La célébrité légitime de ce hangar miraculeux valut à la ville un changement de nom ; on l'appela dès lors *Kâṣṭha-Maṇḍapa* (Halle-de-bois) en sanscrit, en langue vulgaire *Kâṭhmaṇḍo*, d'où les Européens ont tiré Cadmendu (Grueber), *Katmandù* (Georgi) *Khátmándû* (Kirkpatrick), Kathmandu (Hamilton), etc. En dehors des langues indiennes, la ville est désignée sous des noms tout différents. Les Névars l'appellent *Yin*(-daise), d'après Kirkpatrick ; *Tinya*, d'après Bhagvanlal¹ ; les Tibétains, d'après Georgi, Jang-bu ou Jà-he; j'ignore à quelle forme réelle correspond Jà-he; Jang-bu n'est qu'une transcription altérée de Yam-pu « nom de l'ancienne capitale du Népal, appliqué aussi dans l'usage du Tibet oriental à Katmandou¹ ». C'est ce nom que les Chinois ont transcrit par Yang pou². Katmandou est également désigné en tibétain sous le nom de Kho bóm³. En outre Jäschke cite comme une périphrase employée parfois au lieu de Kho-bóm : Klui pho-brán, « le palais du Nâga » ; il explique ce nom par les trésors de métaux précieux qu'on croit abonder dans la contrée ; mais, en étudiant la religion du Népal, nous verrons quelle place considérable les Nâgas occupent dans la légende et dans les croyances actuelles. Le souvenir des Nâgas reparaît dans le nom attribué par le Bodhimör mongol au palais d'Amçuvarman, roi du Népal au VIIe siècle : Kukum glui⁴ ; et le premier élément de cette désignation figure, dans une histoire chinoise, comme le nom même de Katmandou : Kou-k'ou- mou⁵. Ce mot peut être en rapport avec le nom de Gongool-putten (Gongul-pattana) qui désigne Katmandou « dans les anciens livres » d'après les informateurs de Kirkpatrick.

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¹ *Ind. Ant.* IX, 171, n. 29.

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¹ SARAT CHANDRA DAS, Tibetan-English dictionary, s. v. Yam-pu.

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² M. Parker a rapproché, avec plus d'ingéniosité que de vraisemblance, le nom Yang-pou du sanscrit Svayambhû. C'est sans doute le même nom qui se retrouve dans le colophon du ms. du Piṅgalâ mata, Br. Mus. 550, écrit en sam. 313 sous le règne de Lakṣmikâma deva « çrî Yambu-kramāyām ». Cf. la désignation « Lalita-kramāyām » qui se rapporte sans doute à Lalita-Pattana dans un ms. du règne de Çivadeva sam. 240. Le nom de Yang-pou (Yaṅ-pu) rappelle, au moins par une ressemblance frappante, le nom de Yāpu-nagara donné à une ville du royaume de Campâ, en Indo-Chine (aujourd'hui Po-Nagar, sans doute) ; cf. BERGAIGNE, Inscrps. sanscrites du Campâ, nos XXVIII, XXXI-XXXIII.

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³ Kho-bóm rappelle d'assez près le nom névar de Bhatgaon : Khôpô (daise) dans Kirkpatrick, Kui-pò dans Georgi.

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⁴ V. inf. vol. II, [Histoire.]

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⁵ ROCKHILL, Tibet from Chinese sources, p. 129. — M. Parker, qui reproduit le même passage, relatif à l'ambassade de 1732, écrit seulement : Kou-mou.

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Sous les Mallas, Katmandou s'enrichit et s'étendit rapidement. Au XVIIIe siècle les Capucins lui attribuent un total de 18 000 maisons ou familles¹ ; c'est exactement, trop exactement même, le chiffre prédit par la déesse Lakṣmî. Kirkpatrick rapporte sans l'admettre un chiffre plus élevé encore : sous le dernier Malla de Katmandou, Jaya Prakâça, la ville aurait compté 22 000 maisons. Si on tient compte du grand nombre des enfants dans les familles népalaises, et des habitants dans chaque maison, il faudrait multiplier les nombres donnés par 10 (c'est la moyenne qu'accepte Kirkpatrick) ; mais il est évident qu'une population aussi considérable n'aurait pu vivre à l'intérieur d'une ville qui couvre à peine un kilomètre carré et qui est encombrée de temples innombrables : les habitants des bourgs et villages (au nombre de 97², sans compter les lieux subalternes) soumis à Katmandou et situés dans la vallée ont été certainement compris dans ce recensement approximatif.

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¹ Georgi et le P. Marc donnent exactement les mêmes chiffres (Cf. sup., p. 51, n. 2). Le P. Marc spécifie « 18 000 fuochi o siano famiglie ».

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² *Gli Scritti*.., p. 51.

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A l'heure présente, la population de Katmandou peut s'élever à 40 000 âmes ; adoptée comme capitale par les rois Gourkhas, depuis le fondateur de la dynastie, elle a gagné au nouveau régime tout ce qu'y perdaient ses anciennes rivales. La ville des Mallas n'a pas cependant changé d'aspect dans l'intérieur de son enceinte blanche : elle a gardé le vieux darbar qui forme une ville au centre de la ville avec ses bâtiments restaurés ou agrandis, les hautes pagodes dorées qui s'en dégagent et les dominent, ses cinquante cours séparées par des portes basses et par des corridors obliques, affectées chacune en propre aux princes, aux femmes, aux chevaux, aux éléphants, aux spectacles, aux cérémonies, aux prêtres, aux serviteurs ;

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elle a gardé les temples pittoresques élevés par les Mallas ou sous leur règne ; elle a gardé ses ruelles étroites, obscures, malpropres et grouillantes, où la chaussée n'est guère qu'un sentier entre deux fossés d'immondices stagnantes. La seule rue pavée de pierres traverse en oblique la ville de l'Est à l'Ouest, jusqu'au pont de la Bitsnumati, en longeant le darbar. Les maisons décrépites étalent encore sur leur façade de briques nues leurs balcons et leurs loges de bois ouvragé, où la verve truculente d'une imagination joyeuse a prodigué les paons, les nymphes, les nâgas, les éléphants, les fleurs, les feuillages et les monstruosités érotiques. Au rez-de-chaussée, surélevé, les boutiques, ouvertes à même sur la rue ; le marchand ou l'artisan, accroupi, en attendant la clientèle, cause, travaille, fume sa courte pipe ; au-dessus, deux ou trois étages, que desservent en guise d'escalier des échelles et des trappes ; là, des chambres surbaissées qu'éclaire et qu'aère une étroite fenêtre, avec un volet de bois plein qui la calfeutre dans les temps froids ; pêle-mêle, dans la confusion de ces intérieurs misérables, des familles nombreuses, sordides, en loques, nourries d'ail et de radis fermenté. La ville garde aussi ses monastères d'autrefois, construits en rectangle autour d'une cour intérieure, prudemment reliée à la rue par un corridor étroit et bas. Enfin la voirie a conservé la division traditionnelle en « tols », îlots de maisons groupés sous un seul nom et qui formaient jadis une unité de combat ; chacun des tols était chargé d'une porte de la cité en temps de guerre. Comme jadis, et plus sévèrement encore, les basses castes et les hors-castes sont exclus de la ville ; bouchers, corroyeurs, balayeurs, et tout le groupe des corporations méprisées entourent la ville d'une ceinture nauséabonde.

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Le nouveau Katmandou a poussé plus loin, dans les faubourgs et la banlieue. A l'angle Nord-Est, le roi (Dhiráj = adhirája) demeure dans un palais neuf, stuqué, peinturluré, combinaison hybride de la Grèce, de Rome, de l'Angleterre et de l'Inde. Le maire du palais (mahárája) s'est fait élever, à côté du prince qu'il tient en tutelle, un palais du même goût, éclairé à l'électricité; de vastes jardins enclos de murs dérobent ces édifices aux regards indiscrets. A l'angle Sud-Est s'étendent les bâtiments compliqués de Thapathali, le palais édifié par le célèbre ministre Jang Bahadur au milieu du XIXe siècle. Entre ces deux groupes de constructions, un immense terrain découvert: c'est le champ de manœuvres où tous les jours, et la journée entière, les recrues gourkhas font l'exercice, initiés à des commandements soi-disant anglais par des instructeurs qui ne sont pas linguistes; au Nord de ce Champ-de-Mars hindou, l'étang de Rani-Pokhri, creusé au XVIIe siècle et jadis bordé de petits temples; Jang les a rasés, a emprisonné l'étang dans une maçonnerie profonde; une étroite chaussée mène du bord Ouest au pavillon central, qui découvre une des plus belles perspectives du monde. Des pagodes, des chapelles, des čaityas, anciens ou récents, monumentaux ou rudimentaires, s'égrènent au long de ce quadrilatère énorme. Le nouveau régime a marqué ici en traits éloquents son empreinte bienfaisante; en face de Rani-Pokhri, vers l'Ouest, le Darbar a fondé une sorte de collège népalais (Darbar School) où sont enseignés côte à côte le sanscrit et l'anglais, la tradition et la vie moderne. En arrière et au Nord l'hôpital. Les casernes, les ateliers militaires, l'arsenal font pendant, vers le Sud, aux institutions d'éducation et de charité; dans l'intervalle se dresse la blanche colonne de pierre, haute de 75 mètres, que le ministre Bhim Sen fit élever vers 1835; on y monte par un long colimaçon; mais la vue qui s'offre brusquement au sommet paie largement l'ennui de la montée.

v1.c2.s1.26

La route qui longe le champ de manœuvres mène, vers le Nord, à la résidence britannique par le faubourg de Thamel et par une grande prairie où les jeunes Gourkhas aiment à exercer leurs chevaux. La résidence est située sur un plateau qui s'incline doucement à l'Est vers le Tukhucha, à l'Ouest vers la Bitsnumati. La maison du résident, une sorte de cottage en style indo-gothique, est entourée d'un parc magnifique où domine la verdure sombre de pins gigantesques; sur ce terrain que les Népalais avaient tenu pour insalubre, stérile et hanté, la persévérance britannique a su créer un coin d'Europe : le potager même donne en abondance tous les légumes de l'Occident. Le médecin de la résidence demeure dans un autre cottage, plus petit, à côté du résident. Une compagnie de cipayes au service du gouvernement britannique est installée dans des baraquements ; elle est chargée de protéger la personne et les biens du résident et de défendre l'accès du territoire concédé. Les bureaux de la résidence, logés dans une petite annexe, emploient un personnel restreint : deux scribes hindous et un interprète névar, qui traduit en hindoustani les pièces et les documents rédigés dans les langues indigènes du Népal. Le poste eut jadis pour titulaire Amṛtânanda, le célèbre pandit bouddhiste qui instruisit Hodgson et l'assista dans ses recherches ; depuis, ses descendants l'ont occupé de père en fils, mais sans hériter du savoir de l'aïeul ; j'ai seulement entrevu en 1898, dans le camp du colonel Wylie qu'il accompagnait, Indrânanda, fils de Guṇânanda ; le bonhomme n'a pas même essayé de me donner le change sur ses connaissances. Son fils, son coadjuteur et son successeur désigné, Mitrânanda (Maitreyânanda) est certainement plein de zèle et de bonne volonté ; il a même étudié l'alphabet latin ! Mais pour porter le titre de pandit, il a bien fait de naître au Népal et dans la communauté bouddhiste.

v1.c2.s1.27

La résidence possède encore trois dépendances : l'hô- pital, la poste, le bangalow. L'hôpital, destiné en principe au personnel de la résidence, s'ouvre cependant aux malades du dehors ; le médecin britannique y a pour assistant un docteur bengali, qui concilie dans un large éclectisme la science occidentale et les méthodes ayourvédiques.

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Un hameau népalais : Haltsok.

v1.c2.s1.29

Le bureau de poste est l'unique intermédiaire entre le Népal tout entier et les pays de l'union postale ; il est dirigé par un babou hindou qui se débrouille à merveille dans la confusion presque inextricable des adresses polyglottes et polygraphiques. Des coureurs à grelots (dâk-runners), disposés de relai en relai, transportent journellement dans un sac le courrier entre Katmandou et Segauli, le dernier bureau du territoire britannique sur le chemin du Népal. Le Darbar a toujours refusé l'autorisation d'installer le télégraphe¹. Le bangalow, modeste, mais suffisant, loge les hôtes de passage, indianistes en mission ou fonctionnaires envoyés de la plaine pour les besoins accidentels de la résidence : ingénieurs, architectes, etc. Un corps de garde gourkha surveille l'entrée de la résidence, à l'entrée du seul chemin carrossable qui y mène.

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¹ Dernièrement encore (1902), faute d'être avisé en temps opportun, le Népal a célébré par les salves de canon usuelles le couronnement d'Édouard VII au jour primitivement fixé. Le Darbar n'a su qu'après coup la remise de la cérémonie, et a tenu la politesse pour faite.

v1.c2.s1.31

Un pont de briques jeté sur la Bagmati, au Sud de Katmandou, tout près de Thapatali, relie le faubourg de la capitale au faubourg de Patan. En face de Katmandou, active, rajeunie, grandissante, Patan est la capitale du passé, des splendeurs éteintes et des souvenirs mourants ; c'est la ville des Névars subjugués et du bouddhisme vaincu. Ses origines remontent à des siècles lointains. Le roi Vîra deva, qui passe pour l'avoir fondée, fut couronné, dit-on, en l'an 3 400 de l'ère Kali Yuga (= 300 J.-C.). Mais, dans la liste traditionnelle des rois népalais, Vîra deva suit Amçu varman qui régnait vers 630 de J.-C. et précède Narendra deva qui reçut des ambassadeurs chinois vers 646. Les détails du récit en valent la chronologie : Un brave homme, pieux et dévot, qui gagnait sa vie à vendre des herbes, s'en allait chaque jour les cueillir au Joli-Bois (Lalita-vana), puis il s'en retournait à la capitale, où régnait Vîra deva. Sa laideur l'avait rendu populaire ; on le saluait comme une connaissance au passage. Un beau jour, tandis qu'il cueillait ses herbes, il se sent pris d'une soif ardente ; il jette bas la perche où pendaient ses paniers, pour courir chercher de l'eau. Il aperçoit un petit étang frais et limpide ; il s'y abreuve, il s'y baigne, et, ragaillardi, reprend la besogne interrompue. Il tire à lui sa perche. Elle est collée au sol! Tant pis; il s'en passera. Il ramasse ses herbes dans les mains et rentre en ville. Vîra deva, qui le voit passer, ne le reconnaît plus. La laideur s'est muée en beauté merveilleuse. Le râja est ébahi: sois désormais le Joli (Lalita)! s'écrie-t-il, et il l'adopte pour favori. La même nuit, une vision prescrit à Vîra deva de fonder sur l'emplacement enchanté une ville qui sera nommée la Ville-Jolie (Lalita-pattana). Il obéit, remet à Lalita une somme énorme, et l'envoie fonder une ville assez grande pour loger 20 000 habitants. Mais la ville surpassa encore ces ambitieuses espérances: sous Vara deva, fils de Naren-dra deva, Lalita-pattana remplaça Madhyalakhu désertée comme capitale et comme résidence royale. Le viiᵉ siècle était alors un peu plus qu'à demi écoulé. La chronique semble avoir dédoublé les personnages et les événements. Vîra deva, qui fonde Patan, et Vara deva qui y établit sa capitale, ne doivent faire au total qu'un seul roi. La nouvelle ville atteignit le faîte de la gloire: elle perdit son nom; la ville de Lalita ne fut plus que la ville, la ville par excellence (Pattana, Pâtan). Les Névars, dans leur langue, lui donnent toutefois un autre nom: l'épitaphe en névari d'Horace de Penna, reproduite par Georgi, représente ce nom en caractères dévanagaris par Elâ desa; la transcription en lettres latines donnée par Georgi porte Helâ des; la traduction latine rétablit la désignation commune: in Civitate Patanæ. Kirkpatrick écrit: Yulloo daisi; Wright, Yellon-desi. Les Tibétains ont emprunté cette appellation, qu'ils écrivent Ye-ran¹; les Chinois, à l'imitation des Tibétains, emploient la forme Ye-leng. Bhagvanlal mentionne une autre désignation névarie: Tinya-la qu'il interprète ainsi : « dans la direction (*la*) de Katmandou (*Tinya*) [en venant de Bhatgaon]¹ ».

v1.c2.s1.32

¹ JÄSCHKE, Tib. Dict. s. v. Ye-ran: name of a city next to Kho-bom (Katmandu) the first in Nepal. Et il cite comme référence Milaraspa.

v1.c2.s1.33

¹ *Ind. And.* IX, 171, n. 29. Cette désignation semble bien contenir les mêmes éléments que les précédentes : [*Tin*] Ya-la (*E-lâ*, *Ye-rañ*, etc.).

v1.c2.s1.34

Patan reste, à travers toute l'histoire du Népal, la forteresse d'une aristocratie turbulente et indocile. Vers le XIIe siècle, elle avait autant de rois que de *tols* (îlots de maisons). La dynastie des Mallas en expulsa l'oligarchie des Thâkurîs vers le milieu du XIVe siècle ; à la fin du XVIe siècle, elle eut une dynastie locale, issue des rois Mallas de Katmandou ; mais l'aristocratie qui avait longtemps gouverné la vieille cité resta fidèle à ses souvenirs et à ses espérances. Les luttes de la noblesse et du pouvoir royal, exaspérées au cours du XVIIIe siècle, aboutirent à la conquête gourkha. Maître de Katmandou, Prithi Narayan s'empara aussitôt de Patan sans coup férir, en 1768. A ce moment-là, Patan était encore la plus grande ville du Népal, et le royaume de Patan possédait le domaine le plus étendu dans l'intérieur de la vallée. Les Capucins, se conformant à l'estimation courante, attribuaient à la ville (avec ses dépendances, comme dans le cas de Katmandou) une population de 24 000 familles². Le bouddhisme y dominait. Tandis que le brahmanisme lui faisait équilibre à Katmandou, et le tenait en échec à Bhatgaon (d'après les informations de Georgi), à Patan les bouddhistes formaient les trois quarts de la population. Le pillage de la ville se recommandait en même temps à la rapacité et au fanatisme des Gourkhas. Patan ne s'est pas relevée du désastre qu'elle subit alors. La déchéance se lit sur le visage des habitants comme sur la façade des édifices. Le Névar bouddhiste, industrieux, délicat, affiné, courbe la tête sous le joug, et assiste impuissant, appauvri, à l'écroulement lamentable de ses temples, de ses monastères, de ses palais. Le temps achève l’œuvre des hommes. Mais les derniers restes d’un passé qui meurt évoquent encore des visions éblouissantes. La place du darbar est une merveille qui défie la description ; sous la vive clarté d’un ciel qui n’éblouit pas, le palais royal étale sa façade ouvragée, sculptée, bariolée à plaisir, où les ors, les bleus, les rouges éclairent le ton sombre des boiseries ; vis-à-vis, comme enfanté par un caprice d’artiste, un monde de pierre rayonnant de blancheur, piliers que couronnent des images de bronze, colonnades ajourées, temples de rêves, légers et frêles, sous la garde d’une armée de chimères et de griffons. Je reviendrai dans la suite aux monuments de Patan qui intéressent surtout l’histoire et l’étude du bouddhisme¹.

v1.c2.s1.35

² La Vamçâvalî donne le même chiffre au temps de Siddhi Narasimha Malla, au XVIIe siècle (WRIGHT, p. 238).

v1.c2.s1.36

¹ Les Bouddhistes de Patan prétendent que la forme originale de la ville représentait le čakra « roue » du Bouddha.

v1.c2.s1.37

Bhatgaon, la troisième ville du Népal, est située à quatorze kilomètres Est de Katmandou. Elle est construite sur un plateau onduleux qui s’incline au Nord-Est vers la Kansavati, au Sud-Ouest vers la Hanmati, un peu en amont du confluent des deux ruisseaux. Une grande et large route, trop irrégulière et trop raboteuse pour être praticable aux voitures, la relie à Katmandou. Elle est la dernière en date des grandes villes népalaises. Elle eut pour fondateur Ànanda Malla, frère de Jaya Deva Malla qui régnait sur Patan et Katmandou, et que la tradition associe à l’institution de l’ère népalaise, en 880 J.-C. Mais la date d’Ànanda Malla soulève de graves difficultés chronologiques. M. Wright, sans indiquer la source de son information, place la fondation de Bhatgaon en 865, quinze ans avant le point de départ de l’ère népalaise. En tout état de cause, c’est là une date vraisemblable. Le fondateur de Bhatgaon passe pour avoir fondé en outre sept autres villes, toutes situées dans la vallée de Banépa, l'annexe orientale du Népal ; la fondation de la nouvelle capitale marque donc l'expansion de la civilisation indo-névare vers l'Est de la vallée ; Bhatgaon est la métropole d'une sorte de colonie orientale. Elle a conservé ce rôle à travers toute l'histoire du Népal. Pendant que l'anarchie sévissait à Katmandou et à Patan, Bhatgaon restait le siège de dynasties régulières qui étendaient leur autorité à l'Est, en dehors de la vallée. La famille de Nânya deva, qui exerça la suzeraineté sur le Népal du XIIe au XIVe siècle, passe pour avoir régné à Bhatgaon ; mais il est probable que le pouvoir réel appartenait aux Mallas comme vassaux tandis que Nânya deva et ses successeurs régnaient à Simraun-garh dans le Téraï. Après la mort de Yakṣa Malla (1472) qui avait réuni sous son sceptre le Népal tout entier, Bhatgaon et Banépa devinrent les capitales de deux royaumes ; le royaume de Banépa n'eut qu'une existence éphémère, et s'absorba au bout d'une génération dans le royaume de Bhatgaon. Les rois de Bhatgaon s'aperçurent par la force des circonstances qu'ils devaient renoncer à s'étendre dans la vallée ; ils n'y possédaient qu'une seule bourgade (Timi), mais ils poussèrent leur domaine en dehors de la vallée jusqu'à la Dudh-Kosi à l'Est, et au Nord jusqu'à la passe de Kuti (que Katmandou leur enleva au commencement du XVIIe siècle). Quand le Népal fut conquis par les Gourkhas, Bhatgaon eut moins à souffrir que ses deux rivales : la ville livrée par trahison n'eut pas à soutenir de siège ; Prithi Narayan qui avait vécu plusieurs années à la cour du roi Raṇajit Malla le traita avec respect et lui proposa même de conserver le trône ; enfin la population aux trois quarts brahmanique avait au moins les sympathies religieuses des Gourkhas. Aussi la ville a gardé un aspect florissant et prospère. Les rues sont propres, bien entretenues, régulièrement pavées de briques ; les bazars sont achalandés ; les places décorées de temples splendides ; le darbar, moins grand qu’à Katmandou, est plus somptueux ; la célèbre « porte d’or » qui en orne l’entrée est un pur chef-d’œuvre de l’orfèvrerie népalaise.

v1.c2.s1.38

Bhatgaon porte dans la langue littéraire le nom de *Bhaktapura* ; on l’appelle aussi *Dharma-pattana* « la Ville de la Loi ». L’un et l’autre nom fait sans doute allusion à l’orthodoxie brahmanique des habitants. Les Névars la nomment *Kui-pò* (Georgi), *Khôpô[daise]* (Kirkpatrick)¹. Le plan de Bhatgaon reproduit, soit le « damaru », le tambourin de Mahâ-Deva ; soit le « çaṅkha » la conque de Viṣṇu. Son fondateur entendait en faire une ville de 12 000 maisons ; les Capucins, au xviiiᵉ siècle, répètent le même chiffre, qui doit s’interpréter comme dans les cas précédents. La population réelle de la ville est estimée à 30 000 ou 40 000 âmes.

v1.c2.s1.39

¹ Ce nom rappelle étroitement le nom de *Kho-bóm* que Jäschke et Sarat Chandra Das donnent comme l’équivalent tibétain de Katmandu (v. sup. p. 54). On est tenté de croire que les lexicographes ont par erreur substitué Katmandou à Bhatgaon. — Si *Ye-leng* est Patan, et *Kou-k’ou-mou* Katmandu, *Pou-yen* cité comme le troisième royaume du Népal dans le Wei-tsang t’ou ki doit représenter Bhatgaon.

v1.c2.s1.40

Outre ces trois grandes villes, la vallée du Népal contient encore une soixantaine de fortes bourgades, sans parler des simples villages. Cependant, malgré l’activité des relations dans la vallée, le nombre des routes y est dérisoire. De Katmandou, une chaussée carrossable de 14 kilomètres mène à Thankot, au pied de la passe du Chandragiri ; une autre, d’une lieue environ, mène à Balaji, au pied du mont Nagarjun, et permet au roi de se rendre en voiture à la villa et aux tirés qu’il y possède ; une autre encore va jusqu’au pied de Syambunath ; une chaussée empierrée conduit au temple de Paçupati ; j'ai déjà signalé la route qui relie Katmandou à Bhatgaon. Le reste des chemins se réduit, en général, à des sentiers, à des foulées dans l'herbe, à des levées de terre entre les champs : les meilleurs ne sauraient se comparer à nos plus humbles chemins vicinaux.

v1.c2.s1.41

La plus occidentale des bourgades du Népal est Thankot, où la route de l'Inde entre dans la vallée. A droite de la route qui joint Thankot à Katmandou se dresse sur une hauteur abrupte la petite ville de Kirtipur qui a trop bien mérité par ses malheurs la célébrité que lui promettait son nom (*Kirti-pura*, Ville de Gloire). Fondée au milieu du IXe siècle par le roi Sadâ Çiva deva, elle dépendait du royaume de Patan, mais elle avait sans aucun doute son roitelet local ; le sommet de la colline porte encore les débris d'un darbar ruiné de fond en comble. Prithi Narayan voulut, pour préluder à la conquête du Népal, s'emparer de Kirtipur ; les habitants, soutenus par des contingents accourus du reste de la vallée, repoussèrent tous les assauts ; un des chefs gourkhas fut tué ; le frère de Prithi Narayan eut un œil crevé ; le roi même ne dut son salut qu'à la fuite. Renouvelée trois ans de suite, l'attaque échoua toujours ; enfin la trahison livra la ville aux Gourkhas ; mais retranchés dans la citelle, les gens de Kirtipur tenaient encore : il fallut leur promettre une amnistie générale pour les décider à cesser le combat. Puis le Gourkha, parjure une fois de plus, ordonna de couper le nez et les lèvres à toute la population ; on recueillit, dit-on, près de 80 livres de ces dépouilles sanglantes. Un pillage féroce dévasta la ville (1767). Après un siècle et demi, Kirtipur ne s'est point relevé de sa ruine ; ni la fraîcheur de l'air, ni la pureté des sources n'ont pu ramener la prospérité sur ce champ des martyrs. Kirtipur, qui comptait jadis 6 000 familles sous sa juridiction, n'a plus que 4 000 habitants à peine. Près de Kirtipur, Chaubahal ou Chobbar (1 000 habitants environ) occupe le sommet d’un plateau qui surplombe la gorge de la Bagmati. En aval, à une lieue, sur la rive gauche, Bugmati, une des localités les plus populaires de la religion népalaise. Plus au Sud, dans le fond de la vallée, Phirphing, au débouché de l’ancienne route de l’Inde.

v1.c2.s1.42

De Patan partent deux routes : l’une se dirige vers le Sud et mène par Sonagutti et Thecho à Chapagaon ; l’autre, vers le Sud-Est, traverse Harsiddhi, Thyba, Bandegaon et aboutit à Godavari, au pied du mont Phulchôk.

v1.c2.s1.43

La route qui conduit de Katmandou à Bhatgaon passe par Nadi, Budi et Timi, petite ville qui doit sa richesse à la fabrication des objets en terre cuite. La route de Katmandou à Paçupati dessert Navasagar, Nandigaon, Harigaon, Chabahil et Deo-Patan (*Deva-pattana*) la plus vieille des villes du Népal, car elle se flatte d’avoir été fondée au temps d’Açoka, par le gendre même du puissant monarque qui gouvernait l’Inde entière. La sainteté de Paçupati, consacrée par une tradition immémoriale, a dû, en effet, grouper de bonne heure dans le voisinage immédiat du temple les premiers habitants de la Ville des Dieux.

v1.c2.s1.44

De Paçupati un chemin de six kilomètres mène vers l’Est à la colline et au village de Changu-Narayan, presque aussi vénéré que Paçupati même. Au Nord-Est de Changu-Narayan, et à une petite lieue, la ville de Sanku fondée au début du VIIIe siècle par Çankara deva ou par son successeur Vardhamâna deva ; la route du Tibet par la passe de Kuti quitte la vallée à Sanku. En retournant de Sanku vers l’Ouest, on trouve à une lieue et demie le village de Gokarna fréquenté par les pèlerins et situé sur la Bagmati, non loin de son entrée au Népal. Entre Gokarna et Paçupati, le village de Budhnath groupe ses maisons autour de son temple tibétain. En continuant à longer le bas des montagnes, on rencontre d'abord au pied du Sheopuri Barâ-Nilkanth « le Grand Nilkanth » et au pied du Nagarjun Bâla-Nilkanth ou Bâlaji « le Petit Nilkanth », lieux de pèlerinages célèbres. Bâlaji fait pendant à Sanku ; le chemin du Tibet par la voie de Kirong part de là. Enfin, sur un contrefort du Nagarjun, à une demi-lieue de Katmandou, Syambunath (*Svayambhû-nâtha*), l'honneur et la gloire du bouddhisme népalais, appartient par excellence à l'histoire religieuse de la vallée.

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