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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s1.31

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s1.31

Language
French

v1.c2.s1.31

Un pont de briques jeté sur la Bagmati, au Sud de Katmandou, tout près de Thapatali, relie le faubourg de la capitale au faubourg de Patan. En face de Katmandou, active, rajeunie, grandissante, Patan est la capitale du passé, des splendeurs éteintes et des souvenirs mourants ; c'est la ville des Névars subjugués et du bouddhisme vaincu. Ses origines remontent à des siècles lointains. Le roi Vîra deva, qui passe pour l'avoir fondée, fut couronné, dit-on, en l'an 3 400 de l'ère Kali Yuga (= 300 J.-C.). Mais, dans la liste traditionnelle des rois népalais, Vîra deva suit Amçu varman qui régnait vers 630 de J.-C. et précède Narendra deva qui reçut des ambassadeurs chinois vers 646. Les détails du récit en valent la chronologie : Un brave homme, pieux et dévot, qui gagnait sa vie à vendre des herbes, s'en allait chaque jour les cueillir au Joli-Bois (Lalita-vana), puis il s'en retournait à la capitale, où régnait Vîra deva. Sa laideur l'avait rendu populaire ; on le saluait comme une connaissance au passage. Un beau jour, tandis qu'il cueillait ses herbes, il se sent pris d'une soif ardente ; il jette bas la perche où pendaient ses paniers, pour courir chercher de l'eau. Il aperçoit un petit étang frais et limpide ; il s'y abreuve, il s'y baigne, et, ragaillardi, reprend la besogne interrompue. Il tire à lui sa perche. Elle est collée au sol! Tant pis; il s'en passera. Il ramasse ses herbes dans les mains et rentre en ville. Vîra deva, qui le voit passer, ne le reconnaît plus. La laideur s'est muée en beauté merveilleuse. Le râja est ébahi: sois désormais le Joli (Lalita)! s'écrie-t-il, et il l'adopte pour favori. La même nuit, une vision prescrit à Vîra deva de fonder sur l'emplacement enchanté une ville qui sera nommée la Ville-Jolie (Lalita-pattana). Il obéit, remet à Lalita une somme énorme, et l'envoie fonder une ville assez grande pour loger 20 000 habitants. Mais la ville surpassa encore ces ambitieuses espérances: sous Vara deva, fils de Naren-dra deva, Lalita-pattana remplaça Madhyalakhu désertée comme capitale et comme résidence royale. Le viiᵉ siècle était alors un peu plus qu'à demi écoulé. La chronique semble avoir dédoublé les personnages et les événements. Vîra deva, qui fonde Patan, et Vara deva qui y établit sa capitale, ne doivent faire au total qu'un seul roi. La nouvelle ville atteignit le faîte de la gloire: elle perdit son nom; la ville de Lalita ne fut plus que la ville, la ville par excellence (Pattana, Pâtan). Les Névars, dans leur langue, lui donnent toutefois un autre nom: l'épitaphe en névari d'Horace de Penna, reproduite par Georgi, représente ce nom en caractères dévanagaris par Elâ desa; la transcription en lettres latines donnée par Georgi porte Helâ des; la traduction latine rétablit la désignation commune: in Civitate Patanæ. Kirkpatrick écrit: Yulloo daisi; Wright, Yellon-desi. Les Tibétains ont emprunté cette appellation, qu'ils écrivent Ye-ran¹; les Chinois, à l'imitation des Tibétains, emploient la forme Ye-leng. Bhagvanlal mentionne une autre désignation névarie: Tinya-la qu'il interprète ainsi : « dans la direction (*la*) de Katmandou (*Tinya*) [en venant de Bhatgaon]¹ ».