Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s1.34
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s1.34
- Language
- French
v1.c2.s1.34
Patan reste, à travers toute l'histoire du Népal, la forteresse d'une aristocratie turbulente et indocile. Vers le XIIe siècle, elle avait autant de rois que de *tols* (îlots de maisons). La dynastie des Mallas en expulsa l'oligarchie des Thâkurîs vers le milieu du XIVe siècle ; à la fin du XVIe siècle, elle eut une dynastie locale, issue des rois Mallas de Katmandou ; mais l'aristocratie qui avait longtemps gouverné la vieille cité resta fidèle à ses souvenirs et à ses espérances. Les luttes de la noblesse et du pouvoir royal, exaspérées au cours du XVIIIe siècle, aboutirent à la conquête gourkha. Maître de Katmandou, Prithi Narayan s'empara aussitôt de Patan sans coup férir, en 1768. A ce moment-là, Patan était encore la plus grande ville du Népal, et le royaume de Patan possédait le domaine le plus étendu dans l'intérieur de la vallée. Les Capucins, se conformant à l'estimation courante, attribuaient à la ville (avec ses dépendances, comme dans le cas de Katmandou) une population de 24 000 familles². Le bouddhisme y dominait. Tandis que le brahmanisme lui faisait équilibre à Katmandou, et le tenait en échec à Bhatgaon (d'après les informations de Georgi), à Patan les bouddhistes formaient les trois quarts de la population. Le pillage de la ville se recommandait en même temps à la rapacité et au fanatisme des Gourkhas. Patan ne s'est pas relevée du désastre qu'elle subit alors. La déchéance se lit sur le visage des habitants comme sur la façade des édifices. Le Névar bouddhiste, industrieux, délicat, affiné, courbe la tête sous le joug, et assiste impuissant, appauvri, à l'écroulement lamentable de ses temples, de ses monastères, de ses palais. Le temps achève l’œuvre des hommes. Mais les derniers restes d’un passé qui meurt évoquent encore des visions éblouissantes. La place du darbar est une merveille qui défie la description ; sous la vive clarté d’un ciel qui n’éblouit pas, le palais royal étale sa façade ouvragée, sculptée, bariolée à plaisir, où les ors, les bleus, les rouges éclairent le ton sombre des boiseries ; vis-à-vis, comme enfanté par un caprice d’artiste, un monde de pierre rayonnant de blancheur, piliers que couronnent des images de bronze, colonnades ajourées, temples de rêves, légers et frêles, sous la garde d’une armée de chimères et de griffons. Je reviendrai dans la suite aux monuments de Patan qui intéressent surtout l’histoire et l’étude du bouddhisme¹.