Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t2.76
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t2.76
- Language
- French
v1.c2.s3.t2.76
La conquête du Népal par les Gourkhas (1765-1768) interrompit tout à coup ce commerce lucratif. Les nouveaux maîtres du royaume se méfiaient de leurs sujets autant que des étrangers ; il leur fallait rester sous les armes, et les ressources naturelles du pays ne suffisaient pas à entretenir une multitude de soldats. Prithi Narayan établit des taxes écrasantes sur les transactions ; sous les prétextes les plus frivoles, les marchands étaient frappés de lourdes amendes. Les religieux errants (*Gosains*) qui colportaient les marchandises entre l’Hindoustan et le Tibet furent chassés du royaume ; les plus gros trafiquants du Népal s’empressèrent de chercher ailleurs une patrie plus accommodante. Il ne restait plus en 1774 au Népal, pour commercer avec le Tibet, que deux maisons tenues par des Cachemiriens ; pour les empêcher de déserter à leur tour, le roi Gourkha ne les laissait sortir du pays que sous caution. Les rares marchands qui osèrent se risquer désormais au Népal en pâtirent : Prithi Narayan leur fit couper les oreilles ; puis, il les expulsa. Le Teshu-Lama de Ta-chi-loun-po, le second du Dalai-Lama, pouvait écrire au roi du Népal : « Tous les marchands, Hindous aussi bien que Musulmans, ont peur de toi ; personne ne veut entrer dans ton pays ». On chercha d’autres voies entre l’Inde et le Tibet ; on en revint à la route du Sikkim, que le commerce avait désertée depuis que le Népal s’était ouvert ; mais elle était décidément trop insalubre ; il fallut y renoncer. Au surplus, le Sikkim à son tour tomba sous la domination des Gourkhas. Le Bhoutan était en proie à des dissensions et ne se prêtait pas à un trafic régulier. Warren Hastings, qui voulait faire du Bengale le marché maritime de l’Asie Centrale, envoya en 1774 George Bogle en mission à Ta-chi-loun-po pour négocier un arrangement commercial entre la Compagnie, le Bhoutan et le Tibet.