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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t2: II. — Documents chinois et tibétains

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c2.s3.t2

Language
French

II. — Documents chinois et tibétains

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Les voyages des Européens au Népal ont déjà mis en lumière les attaches qui lient ce royaume aux pays transhimalayens. C'est de la Chine, par la voie du Tibet, que les premiers voyageurs européens sont arrivés au Népal ; c'est Lhasa que la Congrégation de la Propagande avait désignée comme la métropole de la mission franciscaine au Népal ; c'est pour ouvrir des relations commerciales avec le Tibet

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est un récit de voyage sans intérêt pour la science, mais qui vaut par les illustrations.

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D'après un article anonyme des *Missions Catholiques*, XXXIII, 1901, p. 451-455, 464-466, 475 ; 485-492 ; 502-504 ; 514 sur la *Mission de Bettiah et du Népaul*, la Sacrée Congrégation de la Propagande a confié le 20 avril 1892 aux Capucins du Nord du Tyrol la mission de Bettiah, en y joignant les districts de Champaran, de Saran, de Mozaffarpur et de Darbhanga, et en partie ceux de Baghalpur et de Monghir ; le 19 mai 1893, elle y a encore adjoint le royaume du Népal. S'il faut en croire l'auteur de l'article, le Népal est à la veille de se convertir car « récemment le roi du Népaul a tout à fait renoncé aux faux dieux ». L'assertion est au moins inattendue ; mais la preuve suit. « En 1898, sa femme qu'il chérissait tendrement fut atteinte de la petite vérole. Elle guérit heureusement, il est vrai, mais son visage garda les traces indélébiles de cette affreuse maladie. Vaniteuse comme elle l'était, la reine ne put se résigner à être ainsi défigurée, et dans un moment de désespoir elle se donna la mort. Le roi en fut profondément affligé ; sa colère se déchaîna d'abord contre les médecins. Cela ne lui suffit point. Dans sa fureur il ordonna qu'on sortit toutes les idoles de leurs temples et qu'on les laissât exposées en plein air. Puis il fit amener des canons chargés et commanda le feu contre ces statues des faux dieux. Les canonniers devinrent pâles de stupeur en entendant cet ordre criminel. Ils refusèrent d'obéir. Alors le roi porta contre plusieurs d'entre eux la sentence de mort et les fit pendre sur-le-champ. La résistance des autres fut vaincue. On entendit une formidable détonation. Les idoles volèrent en miettes et retombèrent pulvérisées sur le sol. Cet événement est peut-être pour le Népal le premier pas de sa conversion au christianisme ». L'histoire est exacte, à un détail près : l'acte sacrilège raconté ici, et resté célèbre dans les traditions du Népal, ne date pas de 1898, mais de 1798 !

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et la Chine intérieure que la Compagnie Britannique des Indes Orientales envoyait à Katmandou son premier agent. La légende indigène exprime la même orientation: c'est de la Chine que les premiers colons du Népal arrivent sous la conduite du Bodhisattva Mañjuçrī. En fait, les premières relations positives entre le Népal d'une part, le Tibet et la Chine de l'autre datent du VIIe siècle; elles commencent le jour même où les peuplades du Tibet émergent à la civilisation et s'organisent en État. Suspendues, reprises, interrompues encore pour être à nouveau renouées, elles inscrivent régulièrement leur empreinte dans les Annales chinoises. Les notices sur le Népal insérées dans l'Histoire des T'ang et dans l'Histoire des Ming sont des modèles de précision et d'exactitude; elles réfléchissent le génie pratique de la race impériale qui a pétri et formé l'Extrême-Orient avec autant de vigueur et de bonheur que le génie romain a fait l'Occident. Les pèlerins, les fonctionnaires complètent par leurs observations les documents officiels. Tous ces textes, disséminés sur un espace de treize siècles, éclairent à la fois du dedans et du dehors l'histoire du Népal. Sans une indication expresse de Hiouen-tsang, la chronologie ancienne du Népal resterait encore le jouet des spéculations fantaisistes; il a suffi d'une date insérée dans l'histoire des T'ang pour renverser un échafaudage de combinaisons savantes. Aux temps modernes, la guerre de 1792 qui brisa l'expansion des Gourkhas au Nord de l'Himalaya n'est connue que par les sources chinoises; la chronique népalaise se garde bien d'entrer dans les détails d'une entreprise qui aboutit à une humiliation durable. Les rapports chinois révèlent les sourdes menées du gouvernement gourkha au cœur même du XIXe siècle, et trahissent les secrets d'État que le Darbar se flattait de dissimuler. La littérature tibétaine, si mal connue encore, réserve certainement de précieuses informations aux chercheurs à venir ; je n'ai pu lui emprunter que de trop rares données.

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Les rapports du Népal avec la Chine et le Tibet reflètent dans leur vicissitudes les grands mouvements de l'Asie Centrale. Le Népal, en effet, marque l'extrême limite où

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Le stûpa de Budhnâth, le grand temple des Tibétains au Népal.

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l'influence chinoise peut atteindre, à l'apogée de son expansion. Les grandes dynasties impériales, les T'ang, les Ming, les Mandchous, réussissent seules à inscrire le Népal parmi les royaumes tributaires. Dès que l'empire s'affaiblit, son action s'épuise et se perd sur la vaste étendue des plateaux tibétains. Pour rattacher les documents entre eux, j'ai dû par conséquent retracer sommairement dans ce chapitre les destinées du Tibet, dans la mesure où elles intéressent les destinées mêmes du Népal; mais cet exposé ne vise qu'à rétablir l'enchaînement des faits au point de vue de l'histoire népalaise; il n'est ni original, ni complet, et n'a pour objet que d'encadrer les données tirées des textes chinois ou tibétains sur le Népal.

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Le célèbre pèlerin Hiouen-tsang, qui visita les pays d'Occident de 629 à 644, paraît être le premier voyageur chinois qui ait recueilli des informations sur le Népal. Son devancier Fa-hien, venu deux siècles plus tôt dans l'Inde, ne mentionne pas le Népal dans sa brève Relation des Royaumes bouddhiques; et pourtant sa tournée pieuse l'avait conduit au pied même de l'Himalaya, dans ce Téraï, mi-hindou, mi-népalais, où foisonnent les souvenirs du Bouddha; il y avait adoré les « vestiges sacrés » à Kapilavastu, à Çrâvastî. Mais il avait laissé le Népal en dehors de son itinéraire et de ses recherches.

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Hiouen-tsang n'a pas visité lui-même le Népal¹, mais il a trouvé plus d’une fois l’occasion de s’en informer, soit auprès des moines qui lui servaient de guides entre Ayodhyâ et Vaiçâlî, dans la région qui borde l’Himalaya, soit au couvent de Nâlanda où il séjourna près de deux ans et où se rencontraient des religieux venus de l’Inde entière, soit auprès des princes qui briguèrent l’honneur de le recevoir, Harṣa Çîlâditya et Kumâra Bhâskara varman. Kumâra, roi du Kâmarûpa, touchait de près au Népal ; des rapports n’avaient pu manquer de s’établir entre les deux

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¹ Stanislas Julien (Préface de la Vie de Hiouen-tsang, p. xxxvii) a eu le mérite de signaler et de mettre en pleine lumière la phrase décisive du Ki-tsan, Éloge des Mémoires (de Hiouen-tsang) qui permet de distinguer avec certitude les pays que le pèlerin a visités en personne et ceux qu'il a décrits sur la foi d'autrui. « Quand le texte emploie le mot hing « marcher », c'est que Hiouen-tsang est allé lui-même dans le pays; quand il emploie tcheu « aller » c'est qu'il en parle d'après les traditions et les on-dit. » 書 行 者 親 遊 踐 也 舉 至 者 傳 聞 記 也 (éd. jap. XXXV, 7. p. 67a, col. 11). D'après la notice bibliographique sur le Si-yu-ki extraite du Catalogue de la Bibliothèque de K'ien-long que Julien a traduite en tête des Mémoires (I, xxiii sqq.) le Ki-tsan a pour auteur le moine Pien-ki, contemporain de Hiouen-tsang, qui vivait dans le même couvent, et que les catalogues désignent comme le « rédacteur » des Mémoires composés par Hiouen-tsang. Pien-ki était mieux qualifié que personne pour indiquer la valeur précise des conventions admises dans le texte. Or Julien, dans la liste qu'il a dressée à la fin de la Vie (p. 463 sqq.) et où il se fonde sur ce principe de critique pour distinguer les deux catégories de notices insérées dans les Mémoires, classe le Népal (nº 76) parmi les royaumes où Hiouen-tsang est allé en personne. Il ajoute cependant: « De Fo-li-chi Hiouen-tsang retourne à Fei-che-li et arrive à Mo-kia-t'o. » Fo-li-chi (nº 75), c'est-à-dire le pays des Vrjjis

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précède immédiatement le Népal, et Fei-che-li, c’est-à-dire Vaiçâlî (nº 74), précède Fo-li-chi. Si Julien avait cru que Hiouen-tsang était allé réellement au Népal, il n’aurait pas manqué de dire, par une formule analogue à celle qu’il emploie en pareil cas (nºs 94, 108, 113, 125, 127, 138) : « De là, Hiouen-tsang revient à Fo-li-chi et à Fei-che-li » ; il n’aurait pas repris l’itinéraire en arrière du Népal, à Fo-li-chi. Je suis donc porté à croire que Julien a péché par inadvertance, et qu’il se proposait en réalité de désigner le Népal, par des lettres capitales, comme un des pays que Hiouen-tsang n’avait pas visités. Comme toujours, l’erreur consacrée par la haute autorité de Julien a fait fortune ; Cunningham dans la liste qu’il a dressée à son tour (Ancient Geography of India, p. 563) conduit Hiouen-tsang au Népal du 5 au 15 février 637. J’ai à mon tour répété l’assertion si précise de Cunningham dans ma Note sur la chronologie du Népal (Journ. asiat., 1894, 2, p. 57) au risque d’ébranler par là même la chronologie rectifiée que je proposais (cf. p. ex. KIELHORN, A List of Inscriptions of Northern India, dans Epigraphia Indica, vol. V, Appendix, p. 73, note 3). L’examen du texte des Mémoires de Hiouen-tsang écarte définitivement ce semblant de difficulté. Tandis que la route de Vaiçâlî est indiquée en ces termes : « De là il marcha (hing) 140 à 150 li et arriva à Vaiçâlî » et celle de Vrjji de même : « De là il marcha (hing) 500 li et arriva à Vrjji », pour le Népal le mot caractéristique hing est omis : « De là, 1 400 li au Nord-Ouest, passant des montagnes, entrant dans une vallée, on arrive (tcheu) au Népal.’ » L’absence du mot hing atteste que Hiouen-tsang n’est pas allé au Népal.

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On peut observer au surplus que la Vie de Hiouen-tsang laisse de côté le Népal, et conduit directement le pèlerin du royaume des Čañčûs à Vaiçâlî, et de Vaiçâlî au Magadha. Julien lui-même signale cette omission et complète l’itinéraire, dans une note (p. 136) à l’aide des Mémoires, qu’il rend ainsi : « De là, à 1 400 ou 1 500 li au Nord-Ouest, on franchit des montagnes, on entre dans une vallée, et l’on arrive au Népal. » Je ne veux pas faire état en ma faveur de la forme employée ici par Julien : « On franchit..., on entre..., on arrive... » car il l’emploie également dans le cas du royaume de Vrjji, alors que le texte emploie formellement le mot hing.

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États. Quand Narendra deva, contemporain de Hiouen-tsang, installa au Népal le culte de Matsyendra Nâtha, il y amena le dieu « par le chemin du Kâmarûpa » selon le témoignage de la Chronique. La notice de Hiouen-tsang confirme pleinement par sa nature l’indication expresse du texte, qui la déclare fondée sur des informations de seconde main. Si Hiouen-tsang était monté au Népal, il y aurait vu davantage, et mieux ; il aurait constaté la prospérité du bouddhisme, que les inscriptions mettent hors de doute, et il aurait remarqué les anciens stûpas élevés dans la vallée, et tout d’abord le fameux stûpa de Syayambhû Nâtha. Comparée aux fragments de Wang Hiuen-ts’e, qui traversa le Népal au moment même où Hiouen-tsang quittait l’Inde, la notice du pèlerin manifeste plus clairement encore sa sécheresse et sa pauvreté. Elle réfléchit avec fidélité les préjugés malveillants de la plaine contre la montagne ; pour l’Hindou délicat, les rudes habitants de l’Himalaya sont des brutes épaisses, laides et grossières. Néanmoins, en dépit de ses imperfections, ce court chapitre est la clef de voûte de l’histoire népalaise, grâce au nom du roi Amçuvarman qui s’y trouve cité.

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« Le royaume de *Ni-po-lo* (Nepâla) a environ quatre mille *li* de tour. Il est situé au milieu des montagnes neigeuses. La capitale a une vingtaine de *li* de circuit. Ce pays offre une suite de montagnes et de vallées ; il est favorable à la culture des grains et abonde en fleurs et en fruits. On en tire du cuivre rouge, des yaks et des oiseaux du nom de *ming-ming* (jîvamjîva). Dans le commerce on fait usage de monnaies de cuivre rouge. Le climat est glacial ; les mœurs sont empreintes de fausseté et de perfidie ; les habitants sont d’un naturel dur et farouche ; ils ne font aucun cas de la bonne foi et de la justice et n’ont aucunes connaissances littéraires ; mais ils sont doués d’adresse et d’habileté dans les arts. Leur corps est laid et leur figure ignoble. Il y a parmi eux des hérétiques et de vrais croyants. Les couvents et les temples des Devas se touchent les uns les autres. On compte environ deux mille religieux qui étudient à la fois le Grand et le Petit Véhicule. On ne connaît pas exactement le nombre des brahmanes et des dissidents. Le roi est de la caste des T'sa-ti-li (Kṣatriyas) et appartient à la race des Li-tch'e-p'o (Liččhavis). Ses sentiments sont purs et sa science éminente. Il a une foi sincère dans la loi du Bouddha. Dans ces derniers temps il y avait un roi appelé Yang-chou-fa-mo (Amçuvarman) qui se distinguait par la solidité de son savoir et la sagacité de son esprit. Il avait composé lui-même un Traité sur la connaissance des sons (Çabda vidyâ çâstra). Il estimait la science et respectait la vertu ; sa réputation s'était répandue en tous lieux.

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« Au Sud-Est de la capitale, il y a un petit étang. Si l'on y jette du feu, une flamme brillante s'élève aussitôt à la surface de l'eau ; si l'on y jette d'autres objets, ils changent de nature et deviennent du feu¹. »

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¹ HIOUEN-TSANG. Mémoires sur les contrées occidentales. Trad. Stanislas Julien, t. I, p. 407.

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Tandis que Hiouen-tsang, lié par un engagement ancien, rentrait en Chine par la voie détournée du Pamir, une ambassade chinoise s'acheminait vers l'Inde à travers le Tibet². Li.I-piao la commandait, avec Wang Hiuen-ts'e pour second, et vingt-deux hommes d'escorte. Elle ramenait dans l'Inde un brahmane, venu comme hôte officiel de l'Empire. La route qu'elle suivait n'avait pas encore été frayée ; des événements récents, et considérables, l'avaient presque soudainement ouverte. A la fin du VIe siècle, le Tibet barbare et sauvage s'était organisé en nation ; le second roi du Tibet, Srong-tsan Gam-po, avait fondé Lhasa, étendu son empire au loin, passé l'Himalaya, essayé sur le Népal la force grandissante de ses armes ; vainqueur, il avait exigé du roi Amçuvarman la main de sa fille. Puis il s'était retourné contre les Chinois, avait osé réclamer à la famille des T'ang une princesse de sang impérial comme épouse, et avait fini par l'obtenir à force de victoires. Les deux reines, qu'une même fortune amenait des bouts de l'horizon à la cour d'un barbare de génie, avaient de commun un zèle ardent pour la foi bouddhique ; elles avaient l'une et l'autre apporté de leur patrie leurs idoles, leurs rites, leurs livres saints. Srong-tsan Gam-po se laissa gagner à leur influence, qui servait en réalité ses ambitions. Converti au bouddhisme avec son peuple, il frayait de pair avec ses voisins de l'Inde et de la Chine. Désormais une route continue, jalonnée de monastères et de chapelles, alla de l'Empire du Milieu à l'Hindoustan en passant par Lhasa. La mission de Li I-piao suivit d'abord la route qu'avait foulée en 641 le cortège de la princesse Wen-tch'eng ; après Lhasa elle rejoignit l'Himalaya et le franchit à la passe de Kirong par le chemin qu'avait pris le cortège de la princesse népalaise¹. Elle atteignit ainsi le Népal. Li I-piao et ses compagnons y furent accueillis, soit à l'aller, soit au retour, par le roi Narendra deva qui se plut à leur en montrer les curiosités, entre autres la source flambante dont la description avait émerveillé déjà Hiouen-tsang.

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² SYLVAIN LÉVI. Les missions de Wang Hiuen-ts'e dans l'Inde, dans le Journ. asiat. 1900, mars-avril et mai-juin.

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¹ Au témoignage du *Bodhimör*, « les grands Népalais accompagnèrent la princesse jusqu'à la ville de Dschirghalangtu du pays de Mangjul, et s'en retournèrent » (trad. Schmidt, p. 335). Mangjul est d'après Jäschke et Sarat Chandra Das, le pays où se trouve la passe de Kirong (*Tibet. Dict.* s. v. *Maṅ-yul*).

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La mission est à peine de retour que l'empereur T'ai-tsoung, satisfait des résultats obtenus, envoie une nouvelle mission au Magadha. Wang Hiuen-ts'e en est cette fois le chef, assisté de Tsiang Cheu-jenn comme second ; il dispose d'une escorte de trente cavaliers. Mais Harşa Çilâ- ditya meurt avant l’arrivée de l’ambassade ; le ministre qui a usurpé le trône vacant ne se soucie pas de demander l’investiture aux T’ang ; il se méfie du pouvoir lointain qui cherche à intervenir dans les affaires de l’Inde. Il attaque la mission, massacre l’escorte, pille le trésor ; l’envoyé et sons econd s’échappent à la faveur de la nuit. Heureusement pour Wang Hiuen-ts’e, et pour l’honneur de la Chine, le Népal est proche ; Srong-tsan Gam-po, l’allié de la famille impériale, est vite prévenu. Le Tibet donne à Wang Hiuen-ts’e 1 200 soldats, le Népal 7 000 cavaliers. A la tête de cette petite armée, l’envoyé chinois fond sur le Magadha, défait les troupes indiennes, emporte la capitale, s’empare de l’usurpateur et le ramène triomphalement en Chine, où il arrive en 648. Wang fut encore chargé d’une troisième mission dans « les pays d’Occident » (l’Inde) et passa encore une fois au Népal en 657. Rentré définitivement dans sa patrie, il publia vers 665 une Relation de ses voyages, malheureusement perdue. Parmi les rares fragments conservés par des citations, plusieurs ont trait aux merveilles du Népal et montrent avec quelle attention l’ambassade avait visité le pays.

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I. — « Le Si-kouo-hing-tchoan de Wang Hiuen-ts’e dit : La seconde année Hien-king (657) un ordre impérial envoya Wang Hiuen-ts’e et d’autres dans les royaumes d’Occident pour offrir au Bouddha un kaṣāya. Ils allèrent au Ni-po-lo (Nepâla) vers le Sud-Ouest. Arrivés à P’ouo-lo-tou, ils vinrent à l’Est du village au fond d’une dépression. Il y avait là un petit lac d’eau en feu. Si l’on prend en main du feu allumé pour l’éclairer, soudain à sa surface paraît un feu éclatant qui sort du sein même de l’eau. Si on veut l’éteindre en l’arrosant avec de l’eau, l’eau se change en feu et brûle. L’envoyé chinois et sa suite y déposèrent une marmite et firent cuire ainsi leur nourriture. L’envoyé interrogea le roi du pays ; le roi lui répondit : Jadis, en frappant à coups de bâton, on fit paraître un coffret d’or; ordre fut donné à un homme de le tirer au dehors. Mais chaque fois qu’on le retirait, il replongeait. La tradition dit que c’est l’or du diadème de Mi-le P’ou-sa (Maitreya Bodhisattva), lequel doit venir parfaire la voie. Le Nâga du feu le protège et le défend; le feu de ce lac, c’est le feu du Nâga du feu¹. »

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¹ Missions de Wang... Fragment IV, tiré du Fa-youen-tchou-lin, chap. xvi, p. 15b, col. 17. — J’ai depuis retrouvé le même passage reproduit littéralement dans le Tchou-king yao-tsi, par Tao-che, auteur du Fa-youen-tchou-lin, édit. japon., XXXVI, 1, p. 5a.

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II. — « Au Sud-Est de la capitale, à une petite distance, il y a un lac d’eau et de feu. En allant à un li vers l’Est, on trouve la fontaine A-ki-po-li [le Fa-youen-tchou-lin porte : A-ki-po-mi; même alternance que dans les deux rédactions de l’Histoire des T’ang]. Le tour en est de 20 pou (40 pas). Au temps sec comme à la saison des pluies, elle est profonde; elle ne s’écoule pas, mais bouillonne toujours. Si l’on tient en main du feu allumé, l’étang tout entier prend feu; la fumée et la flamme s’élèvent à plusieurs pieds de haut. Si l’on arrose alors ce feu avec de l’eau, le feu devient plus intense. Si on y lance de la terre en poudre, la flamme cesse et ce qu’on y a jeté devient de la cendre. Si l’on place une marmite au-dessus de l’eau pour y faire cuire des aliments, ils sont bien cuits. Il y avait jadis dans cette fontaine un coffre d’or. Un roi ordonna de tirer ce coffre au dehors. Quand on l’eut amené hors de la bourbe, des hommes et des éléphants le hâlèrent sans réussir à le faire sortir. Et dans la nuit une voix surnaturelle dit : Ici est le diadème de Maitreya Bouddha; les créatures ne peuvent assurément pas l’obtenir, car le Nâga du feu le garde.

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« Au Sud de la ville, à plus de 10 li, se trouve une montagne isolée couverte d’une végétation extraordinaire; des temples s'y disposent en étages nombreux qu'on prendrait pour une couronne de nuages. Sous les pins et les bambous, les poissons et les dragons suivent l'homme, apprivoisés et confiants. Ils approchent de l'homme et viennent recevoir à manger. Qui leur fait violence cause la ruine des siens.

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« Récemment les ordres de l'Empire passaient par ce royaume et de là se répandaient au loin. Maintenant il dépend du T'ou-fan (Tibet) ¹. »

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¹ Les fragments II et III ne sont pas cités expressément sous le nom de Wang Hiuen-ts'e, mais il est peu douteux qu'ils lui soient empruntés par le Fa-youen-tchou-lin, chap. XXIX, p. 96, col. 14 et le Cheu-kia-fang-tchi, chap. I, p. 97, col. 13. Cf. Missions de Wang..., p. 440 sqq. ; aussi pour les identifications. Je pense que la colline décrite est celle de Svayambhû. L'étang est peut-être représenté aujourd'hui par l'étang de Taudâh, au S.-O. de la vallée. Cf. WRIGHT, p. 178, n. « During the present reign an unsuccessful attempt was made to draw off the water with the view of getting the wealth supposed to be sunk in it. » Mais la superstition du trésor caché se retrouve partout au Népal.

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III. — « Dans la capitale du Népal il y a une construction à étages qui a plus de 200 tch'eu de hauteur et 80 pou (400 pieds) de tour. Dix mille hommes peuvent trouver place dessus. Elle est divisée en trois terrasses, et chaque terrasse est divisée en sept étages. Dans les quatre pavillons, il y a des sculptures à vous émerveiller. Des pierres et des perles les décorent ². »

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² Cheu-kia-fang-tchi, comme ci-dessus.

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En même temps que la Cour Impériale, l'Église bouddhique de Chine profitait de la voie qui venait de s'ouvrir sous les auspices de deux reines dévotes. Entraînés par l'exemple de Hiouen-tsang, que sa patrie avait salué au retour, après seize ans d'absence, comme un héros et comme un saint, emportés vers les Lieux Saints du Bouddhisme par un élan de ferveur qui évoque à la mémoire l'Europe des croisades, défendus contre les risques d'une longue route par le prestige encore récent d'une nouvelle dynastie, une multitude de pèlerins foulaient alors tous les chemins qui vont de la Chine à l’Inde, ouvriers obscurs de l’expansion chinoise. Le Népal en vit passer plusieurs, et leur fut hospitalier. Le plus mystérieux de tous et le plus considérable était Hiuen-tchao ; parti de Chine vers 640, il avait pris par le Tokharestan et le Tibet ; la princesse chinoise qu’avait épousée Srong-tsan Gam-po lui donna une escorte pour le conduire dans l’Inde du Nord. Wang Hiuen-ts’e, au cours d’une de ses missions, avait entendu vanter les vertus de ce religieux ; il les signala dans son rapport au trône, et il reçut mandat de ramener Hiuen-tch’ao à la capitale. Hiuen-tch’ao rappelé par l’empereur « passa par le royaume de Népal ; le roi de ce pays lui donna une escorte qui l’accompagna jusque chez les Tibétains ; il y retrouva la princesse Wen-tch’eng [la reine] qui lui donna beaucoup de présents, le traita avec honneur, et lui procura les moyens de revenir dans le pays des T’ang. » Il mit neuf mois pour se rendre de l’Inde du Nord à Lo-yang, où il arriva en 664-665.

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Il avait dû traverser le Népal à la fin de l’an 663. Un ordre de l’empereur le renvoya presque aussitôt dans l’Inde ; il passa cette fois sur les traces de Hiuen-tsang par le versant occidental du Pamir, franchit l’Indus, et s’en alla séjourner à la grande Université bouddhique de Nâlanda, en Magadha. C’est là qu’il fut rencontré, entre 675 et 685, par l’illustre émule de Hiuen-tsang, I-tsing, qui y poursuivait de laborieuses et fécondes études. Mais quand Hiuen-tch’ao songea au retour, l’Asie Centrale avait brusquement changé de face. L’Islam à peine fondé venait d’entrer en scène : « sur le chemin du Kapiça, les Arabes arrêtaient les gens. » Le Tibet s’était brouillé avec la Chine : « sur le chemin du Népal, les Tibétains s’étaient massés pour faire obstacle et empêcher de passer. » De toutes les routes de la veille, il ne restait plus que la voie de mer. Hiuen-tch’ao n’eut pas le temps de l’entreprendre. Il tomba malade et mourut dans l’Inde du Centre.

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D’autres religieux avaient encore réussi à passer en temps opportun. Entre 650 et 655, un moine natif d’outre-Chine, parti de Corée, Hiuen-t’ai, traversa le Népal pour atteindre l’Inde Centrale. Vers le même temps, Tao-fang se rend au Magadha par la voie du Népal ; il séjourne plusieurs années au couvent de Mahâbodhi, puis retourne au Népal où il se fixe. Il y demeurait encore vers 690. Peut-être il aimait à y retrouver le dieu de son berceau, Mañjuçrî, adoré sur les hauteurs de l’Ou-t’ai chan, dans l’arrondissement de Ping où il était né, et que le bouddhisme népalais vénère aussi comme une sorte de divinité patronale. C’est aussi du même arrondissement de Ping que venait le religieux Tao-cheng qui s’achemina vers Nâlanda, peu de temps avant l’an 650, par le Tibet et le Népal. Sur le chemin du retour, il ne revit le Népal que pour y mourir, à l’âge de 50 ans. Le Népal fut encore funeste à Matisimha, natif de Tch’ang-ngan, qui vint mourir au Népal à 40 ans, tandis qu’il rentrait dans sa patrie, et aussi à Hiuen-hoei, qui revenait du couvent de Mahâbodhi, et n’avait que 30 ans quand il mourut au Népal. Sans doute affaiblis déjà par le climat de l’Inde, ils contractaient au passage du Téraï des fièvres mortelles. Les couvents népalais reçurent encore comme hôtes deux Chinois à demi tibétains déjà ; leur mère était la nourrice de « la princesse tibétaine ». L’un, d’eux résidait encore au Népal dans le Çiva-vihâra, quand I-tsing était dans l’Inde¹.

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¹ V. sur ces divers personnages : I-TSING. *Les religieux éminents qui allèrent chercher la loi dans l’Occident sous la dynastie des T’ang*, trad. Édouard Chavannes. Paris, 1894 ; § 1 (Hiuen-tch’ao) ; § 6 (Hiuen-t’ai) ; § 11 (Tao-fang) ; § 12 (Tao-cheng) ; § 15 (Matisimha) ; § 16 (Hiuen-hoei) ; § 18 et 19 (les deux derniers).

v1.c2.s3.t2.33

Dès que le Népal avait connu la puissance de l’Empire Chinois, il s'était empressé de rechercher la protection du suzerain lointain qui pouvait le défendre contre les convoitises des Hindous et des Tibétains, sans menacer de trop près son indépendance. Le roi Narendra deva, qui avait accueilli avec déférence la mission de Li'l-piao vers 644, envoya en 651 une ambassade porter au Fils du Ciel ses présents respectueux. L'Inde et la Chine à ce moment semblaient se chercher, s'appeler, et vouloir se fondre pour élaborer en commun une forme supérieure de civilisation ; l'œuvre patiente des apôtres et des pèlerins qui sillonnaient depuis cinq siècles le centre de l'Asie allait porter ses fruits. Un voisin du Népal, un prince hindou qui prétendait sortir d'une dynastie vieille de quatre mille ans, le plus puissant vassal de l'empereur Harça Çilâditya, Kumâra Bhâskara varman, roi de Kâmarûpa, comblait de prévenances les Chinois qui passaient dans l'Inde, qu'ils fussent des envoyés officiels comme Li I-piao et Wang Hiuen-ts'e ou des moines comme Hiouen-tsang et Tao-cheng. Tout attaché qu'il était aux doctrines orthodoxes du brahmanisme, il sollicitait de la faveur impériale une traduction sanscrite des œuvres de Lao-tzeu¹. Le mysticisme métaphysique de l'Inde et le réalisme vigoureux de la Chine mis en contact pouvaient créer dans l'Extrême-Orient un monde harmonieux de croyance et d'action. Les Arabes et les Tibétains surgirent tout à coup pour anéantir à l'envi ce beau rêve. Un demi-siècle avait suffi pour porter la vague furieuse de l'Islam jusqu'au pied du Pamir, un demi-siècle avait suffi pour créer sur les plateaux glacés du Tibet une puissance rivale des T'ang. La Chine, humiliée, recule. C'est en vain que trois fois, entre 713 et 741, le Centre et le Sud de l'Inde sollicitent le secours de l'Empereur, qu'ils croient encore tout-puissant, contre les deux ennemis qui menacent leurs frontières. Le descendant de T'ai-tsong, Hiuen-tsong, se contente d'octroyer aux armées hindoues un titre d'honneur. L'Inde a compris cet aveu d'impuissance. « A dater de 760, les rois de l'Inde cessèrent de venir à la cour¹. »

v1.c2.s3.t2.34

¹ *Les missions de Wang Hiuen-ts'e*, p. 308, n. 1.

v1.c2.s3.t2.35

¹ MA TOAN-LIN, *Notice sur l'Inde*, trad. Stanislas Julien, dans *Journ. asiat.*, 1847, 2.

v1.c2.s3.t2.36

A la chute de la dynastie T'ang, vers le début du xe siècle, les relations entre le Népal et la Chine étaient suspendues depuis deux cent cinquante ans ; mais les archives impériales avaient conservé les informations qu'on avait pu recueillir sur le petit royaume de l'Himalaya, soit par les rapports officiels, soit par les récits des voyageurs. Quand la nouvelle dynastie entreprit, selon l'usage, d'écrire l'histoire des T'ang qu'elle avait remplacés, on y inséra dans la section géographique une notice sur le Népal, compilée à l'aide de ces matériaux. La Relation de Wang Hiuen-ts'e en a sans doute fourni la plus grande partie².

v1.c2.s3.t2.37

² Je reproduis ici la traduction que j'ai déjà publiée dans ma *Note sur la chronologie du Népal*, dans le *Journ. asiat.*, 1894, 2, p. 65. Les *Annales* des T'ang existent en deux rédactions, désignées respectivement comme l'Ancienne et la Nouvelle Histoire. J'ai traduit le texte que donne l'Ancienne histoire, chap. 221. Des *Annales*, la notice sur le Népal a passé avec quelques variantes dans le T'ong-tien et dans l'encyclopédie de Ma Toan-lin ; Rémusat a traduit le texte de ce compilateur dans ses *Nouveaux mélanges asiatiques*, t. 1, p. 193. J'indiquerai dans les notes les variantes de la Nouvelle histoire, et aussi celles du T'ong-tien rédigé au xe siècle et copié par Ma Toan-lin.

v1.c2.s3.t2.38

« Le royaume de Ni-po-io (Népal) est droit à l'Ouest du T'ou-fan (Tibet)³. Les habitants ont coutume de raser leurs cheveux juste au niveau des sourcils ; ils se percent les oreilles et y suspendent des tubes de bambou ou de la corne de bœuf⁴ ; c'est une marque de beauté que d'avoir les oreilles tombant jusqu'aux épaules. Ils mangent avec leurs mains, sans employer de cuillers ni de bâtonnets. Tous leurs ustensiles sont faits de cuivre. Les marchands, tant ambulants qu'établis, y sont nombreux ; les cultivateurs, rares¹. Ils ont des monnaies de cuivre qui portent d'un côté une figure d'homme, et au revers un cheval². Ils ne percent pas les narines des bœufs. Ils s'habillent d'une seule pièce de toile qui leur enveloppe le corps. Ils se baignent plusieurs fois par jour. Leurs maisons sont construites en bois ; les murs en sont sculptés et peints. Ils aiment beaucoup les jeux scéniques, se plaisent à souffler la trompette et à battre le tambour³. Ils s'entendent assez bien au calcul des destinées et aux recherches de philosophie physique. Ils sont également habiles dans l'art du calendrier⁴. Ils adorent cinq⁵ esprits célestes, et sculptent leurs images en pierre ; chaque jour ils les lavent avec une eau purifiante. Ils font cuire un mouton et l'offrent en sacrifice.

v1.c2.s3.t2.39

³ La *Nouv. hist.* insère ici : « Dans la vallée de Lo-ling, dans ce pays on trouve en abondance le cuivre rouge et le yak ». Cf. Hiouen-tsang, sup. p. 154.

v1.c2.s3.t2.40

⁴ Le *T'ong-tien* supprime « la corne de bœuf ».

v1.c2.s3.t2.41

¹ La *Nouv. hist.* ajoute : « Parce qu'ils ne savent pas labourer avec les bœufs. »

v1.c2.s3.t2.42

² La *Nouv. hist.* change le sens par suite d'une ponctuation erronée : « Ils ont des monnaies de cuivre qui portent d'un côté une figure d'homme, et au revers un cheval et un bœuf, et qui n'ont pas de trou au milieu. »

v1.c2.s3.t2.43

³ La *Nouv. hist.*, le *T'ong-tien* et MA TOAN-LIN suppriment cette dernière proposition.

v1.c2.s3.t2.44

⁴ La *Nouv. hist.* dit seulement : « Ils s'entendent à raisonner, à mesurer, à faire le calendrier. »

v1.c2.s3.t2.45

⁵ La *Nouv. hist.* omet le mot « cinq ».

v1.c2.s3.t2.46

« Leur roi *Na-ling ti-po* (Narendra deva) se pare de vraies perles, de cristal de roche, de nacre, de corail, d'ambre⁶ ; il a aux oreilles des boucles d'or et des pendants de jade, et des breloques à sa ceinture, ornées d'un *Fou-tou* (Buddha). Il s'asseoit sur un siège à lions (simhâsana) ; à l'intérieur de la salle on répand des fleurs et des parfums.

v1.c2.s3.t2.47

⁶ Le *T'ong-tien* remplace cette énumération par ces simples mots : « Le roi porte un grand nombre d'ornements, de pierres précieuses et de perles. »

v1.c2.s3.t2.48

Les grands et les officiers et toute la cour sont assis à droite et à gauche par terre ; à ses côtés sont rangés des centaines de soldats en armes.

v1.c2.s3.t2.49

« Au milieu du palais il y a une tour de sept étages, couverte de tuiles en cuivre. Balustrades, grilles, colonnes, poutres, tout y est orné de pierres et de pierreries. A chacun des quatre coins de la tour est suspendu un tuyau de cuivre ; en bas il y a des dragons d’or qui jettent l’eau. En haut de la tour on verse de l’eau dans des auges ; de la bouche des dragons elle sort en jaillissant comme d’une fontaine.

v1.c2.s3.t2.50

« Le père de *Na-ling ti-po* fut renversé du trône par son frère puîné¹ ; *Na-ling ti-po* s’enfuit pour échapper à son oncle. Les T’ou-fan lui donnèrent refuge et le rétablirent sur son trône ; il devint en conséquence leur vassal. Dans la période Tcheng-koan (627-649) Li I-piao, officier militaire de l’empereur envoyé en ambassade dans l’Inde, passa par ce royaume. *Na-ling ti-po* le vit avec une grande joie ; il sortit avec Li I-piao pour visiter l’étang *A-ki-po-li*² ; cet étang a environ vingt pas de circonférence ; l’eau y bouillonne constamment. Quoiqu’elle s’écoule en courant, elle entraîne pêle-mêle les pierres brûlantes et le métal échauffé. Elle n’a jamais de crues ni de maigres. Si on y jette un objet, il en sort de la vapeur et de la flamme ; si on y met un chaudron, la cuisson se fait en un instant. Dans la suite³, quand Wang Hiuen-ts’e fut pillé par les Indiens, le Népal envoya de la cavalerie avec les T’ou-fan ;

v1.c2.s3.t2.51

¹ Le texte de la *Nouv. hist.* prouve qu’il s’agit du frère puîné du père de Narendra deva. La *Nouv. hist.* substitue à *tchouen* « rebelle usurpateur » le mot « *cha* » « mettre à mort ».

v1.c2.s3.t2.52

² Le *T’ong-tien* porte *A-ki-po-mi*. Cf. Wang Hiuen-ts’e, sup. p. 158.

v1.c2.s3.t2.53

³ La *Nouv. hist.* passe sous silence l’affaire de Wang Hiuen-ts’e et intercale ici : « La 21e année (647) il envoya un ambassadeur présenter (des objets que je ne puis identifier, 7 caractères). Dans la période Yong-hoei..., etc. »

v1.c2.s3.t2.54

ensemble ils mirent les Indiens en déroute et remportèrent un succès. La seconde année de la période Yong-hoei (651) leur roi Chi-li Na-lien-to-lo (Çrî Narendra) envoya de nouveau une ambassade offrir ses hommages et ses présents. »

v1.c2.s3.t2.55

Isolé de la Chine¹ dès la fin du VIIe siècle, le Népal reste attaché au Tibet comme vassal et comme précepteur religieux. Converti à la doctrine du Bouddha, le Tibet en son zèle veut la connaître et l'étudier tout entière ; il demande aux couvents népalais des traducteurs (lotsavas) initiés aux arcanes des Tantras. Mais la littérature tibétaine est presque inexplorée encore ; son histoire est tout entière à faire. Elle ne saurait manquer d'enrichir un jour nos connaissances sur le passé du Népal. Le seul missionnaire dont nous puissions suivre l'itinéraire à travers le Népal est le célèbre pandit Atîça qui passa de l'Inde au Tibet vers le milieu du XIe siècle. Atîça, le premier en date des fondateurs du lamaïsme tibétain, venait du monastère de Vikrama çila, en Magadha. Mandé par le roi Lha Lama Jñâna raçmi (ou Gurei), qui régnait sur la province de Ngari, à l'extrême Occident du Tibet, Atîça choisit la route du Népal, malgré le détour qu'elle lui impose afin d'adorer le très saint sanctuaire de Svayambhû Nâtha, dans le voisinage de Katmandou. Il franchit la frontière entre l'Inde et le Népal près de Čindila krama, monte au Népal ; puis il se dirige à l'Ouest vers Palpa, pour aller y saluer le roi souverain du Népal, qui y tenait sa cour. Le roi le reçoit en grande pompe, lui fait cadeau de son propre éléphant, et lui donne une escorte de 425 personnes pour l'accompagner jusqu'au lac Mânasa (Manasarovar), probablement par les passes de Mastang¹.

v1.c2.s3.t2.56

¹ Peu de temps encore après la chute des T'ang, vers la fin du Xe siècle (964-976) une dernière mission de prêtres chinois passa encore au Népal. Ki-ye, parti en compagnie de trois cents çramaṇas pour chercher dans l'Inde des textes sacrés, se rendit à Pâṭaliputra, Vaiçâlî, Kuçinagara ; puis du bourg de To-lo franchissant plusieurs rangées de montagnes, il arriva au royaume de Népal. De là il passe au royaume de Mo-yu-li (le pays de Mayûratò de l'inscription de Svayambhû Nâtha, Wright, p. 230), franchit les montagnes neigeuses, arrive au temple San-ye, et rejoint la route de Khotan et Kachgar. V. Édouard HUBER, *l'Itinéraire du pèlerin Ki-ye dans l'Inde* dans le *Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient*, II, 3, 256 sqq.

v1.c2.s3.t2.57

¹ *Life of Atīça*, trad. Sarat Chandra Das, dans *Journ. Buddhist Text Soc.*, I, 25-30.

v1.c2.s3.t2.58

L'anarchie qui déchira le Tibet jusqu'au XIIIe siècle avait interrompu les relations politiques avec le Népal ; l'organisation du lamaïsme vers le milieu du XIIIe siècle consomma la séparation religieuse des deux pays. Le clergé népalais, jaloux de ses privilèges et de ses prérogatives, repoussait avec énergie la suprématie du Grand-Lama du couvent de Sa-skya que le petit-fils de Gengis khan voulait imposer aux bouddhistes. L'intérêt monarchique avait pu décider le Mongol Khoubilai khan à créer une sorte de pape ; le Népal était assez loin pour sauvegarder son indépendance religieuse avec son indépendance politique. La ruine des Mongols et l'avènement d'une dynastie nationale en Chine en 1368 anéantirent le système de politique religieuse inauguré par Khoubilai. Les Ming travaillèrent avec vigueur à supprimer un pouvoir qui finissait par faire échec à la puissance temporelle ; ils multiplièrent les dignités et les honneurs à côté du Grand-Lama pour affaiblir son prestige et lui susciter des concurrents. Le fondateur de la dynastie, Hong-wou (1368-1399), semble avoir élevé au même rang que le Lama lui-même trois autres patriarches tibétains ; le second de ses successeurs, Young-lo (1403-1425), conféra le titre de roi (wang) à huit lamas du Tibet.

v1.c2.s3.t2.59

Le Népal pouvait servir les desseins de la politique chinoise : les relations directes entre les deux pays avaient, il est vrai, cessé depuis de longs siècles, mais le panbouddhisme mongol avait rappelé l'attention sur le dernier survivant des royaumes bouddhiques de l'Inde. Justement le bruit courait que « ses souverains étaient tous des bonzes » ; c'était une rivalité de plus à provoquer contre Lhasa. Seize ans après l'expulsion des Mongols, l'empereur Hong-wou « ordonna au bonze Tcheu-koang d'aller au Népal porter au roi un sceau qui lui conférait l'investiture officielle, une lettre, et des soieries, et de se rendre également dans le royaume de (Ti) Yong-ta, vassal du Népal ».

v1.c2.s3.t2.60

Il fallait de sérieuses et graves raisons pour décider le Fils du Ciel à prendre les devants et à honorer un petit potentat d'une amitié qui n'avait pas été sollicitée. « Grâce à la connaissance profonde qu'il avait des livres bouddhiques, Tcheu-koang sut répondre aux intentions de l'empereur et manifester sa vertu. Le roi du Népal nommé Ma-ta-na lo-mo envoya un ambassadeur à la cour porter des présents consistant en petites pagodes d'or, livres sacrés du Bouddha, chevaux renommés et productions du pays. Cet ambassadeur arriva à la capitale la vingtième année de Hong-wou (1387). L'Empereur en fut très content et lui conféra un sceau d'argent, un cachet de jade, une lettre, des amulettes et des soieries. » L'arrière-pensée de Hong-wou se marquait clairement au titre de « lo-mo » Lama, que les Annales accolent au nom du roi Ma-ta-na ; mais le souverain du Népal dut en être surpris, car la dynastie à laquelle il appartenait se piquait d'orthodoxie et de pureté brahmanique. En 1390 un autre ambassadeur vint apporter le tribut. L'Empereur lui fit cadeau d'un cachet de jade et d'un dais rouge. Pendant les dernières années de Hong-wou, il ne vint qu'un seul ambassadeur pour une période de plusieurs années. L'empereur Young-lo suivit l'exemple de son aïeul. « Il ordonna au bonze Tcheu-koang de retourner en ambassade au Népal ; ce pays envoya son tribut la septième année (1409). La onzième année, l'Empereur ordonna à Yang San-pao d'aller offrir en présent au nouveau roi du Népal Cha-ko-sin-ti et au roi de (Ti) Yong-t'a, Ko-pan, des lettres, des cadeaux en argent et en soie. L'année suivante (1414) Cha-ko-sin-i ayant envoyé son ambassadeur porteur de son tribut, l'empereur lui conféra le titre de roi du Népal (*Ni-pa-la kouo-wang*) et lui fit présent d'un diplôme contenant cette investiture, un sceau en or et un sceau en argent. La seizième année (1418) Cha-ko-sin-ti ayant envoyé de nouveau un ambassadeur porteur de son tribut, l'Empereur ordonna à l'eunuque Teng-tch'eng de se rendre au Népal et d'offrir au roi un cachet et des pièces de soie et de satin. Teng-tch'eng distribua des présents aux princes des différents pays qu'il traversa. » Le second successeur de Young-lo, Hiuen-te (1426-1435), essaya de continuer la tradition. « La seconde année (1427) l'eunuque Heou-hien fut envoyé de nouveau faire au roi du Népal des cadeaux consistant en pièces de soie et de lin. » Mais la cour de Pékin attendit en vain une politesse de retour. « Dès lors nul ambassadeur ne vint à la cour et nul tribut n'y fut envoyé¹. »

v1.c2.s3.t2.61

¹ Depuis le passage « les souverains du Népal étaient tous des bonzes », les extraits cités sont tirés des *Annales des Ming*, chap. cccxxi (= *Pien-i-tien*, ch. lxxxv). Je reproduis en général la traduction donnée par M. C. IMBAULT-HUART, dans une note de son *Histoire de la conquête du Népal*, dans le *Journ. asiat.*, 1878, 2, p. 357, n. 1. — M. BRETSCHNEIDER a également donné une traduction de cette notice dans *Mediæval researches from Eastern Asiatic sources*. 1888 (Londres, Trübner's series), vol. II, p. 222.

v1.c2.s3.t2.62

C'est que l'Asie Centrale, perpétuellement en effervescence, recommençait à traverser une série de crises. Le descendant spirituel d'Atiça, Tsong kha pa (1355 à 1417 environ), venait de réformer l'Église tibétaine en créant la secte des Bonnets Jaunes ; héritier accompli des deux civilisations qui l'avaient formé, il avait fondé sur le dogme métaphysique de la transmigration une constitution hiérarchique du clergé qui combinait dans un compromis harmonieux les avantages contradictoires de l'élection et de l'hérédité : deux papes, l'un à Lhasa, l'autre à Ta-chi-loun-po, se partageaient à des titres divers l'autorité suprême sur le clergé tout entier. L'organisation tentée par Khoubilaï, renversée laborieusement par les Ming, se reconstituait en dehors du contrôle impérial, prête à s'insurger contre lui. Les Ming, affaiblis déjà, durent pactiser avec cette nouvelle puissance. Le huitième empereur de la dynastie, Tch'eng-hoa (1465-1487), conféra le diplôme et le sceau aux deux pontifes des Bonnets Jaunes, et leur reconnut un droit de suprématie sur les autres dignitaires de l'Église. Il pensait acheter à ce prix leur concours ou leur neutralité, tandis qu'une rébellion sévissait sur les confins septentrionaux du Tibet, au bord du Fleuve Jaune. Mais la souveraineté accordée aux deux Grands-Lamas souleva des résistances ; la secte des Bonnets-Rouges, éclipsée par l'École de Tsong kha pa, n'avait pas cependant disparu devant sa jeune rivale ; elle recourut au bras séculier, et n'eut pas de peine à gagner la féodalité tibétaine, menacée par le même adversaire. La guerre civile se déchaîna sur toute l'étendue de la contrée : elle durait encore quand le Jésuite d'Andrada arriva à Chaparangue, en 1625, et quand les Pères Grueber et Dorville passèrent à Lhasa en 1661 ; elle se prolongeait encore quand les premiers Capucins arrivèrent à Lhasa en 1709. Mais elle s'était alors compliquée d'interventions étrangères.

v1.c2.s3.t2.63

Les Mongols, soumis par les Ming et chassés dans la Terre des Herbes, n'avaient pas oublié leur grandeur passée ; ils attendaient la revanche : l'appui du clergé tibétain leur parut un appoint décisif ; ils se rangèrent solennellement sous l'autorité du Grand-Lama en 1577, et se déclarèrent les champions de l'Église à la fois contre les rebelles et contre les Chinois. L'empereur Wang-li (1573- 1620) s'empressa d'adresser au Grand-Lama une ambassade, des titres et des honneurs considérables ; sa précipitation trahissait sa faiblesse. En 1644, le dernier des Ming, traqué dans son propre palais, se donnait la mort. Depuis dix ans déjà, le chef des Mandchous, T'ai-tsong, avait usurpé le titre impérial. Le Dalai-Lama de Lhasa suivait avec intérêt les progrès du nouveau pouvoir qui surgissait à l'horizon dans le voisinage des Mongols déchus. En 1642, avant la chute même de Pékin, une ambassade venait à Moukden saluer T'ai-tsong le Mandchou (Manju) sous le nom de Mañjuçrî : la flatterie prenait un tour ingénieux. Un jeu de mots, qui semblait l'écho de la destinée, élevait le triomphateur au plus haut rang du panthéon bouddhique.

v1.c2.s3.t2.64

Les relations entre le Grand-Lama et les premiers Mandchous se bornèrent longtemps à un échange de politesses ; les nouveaux maîtres de la Chine étaient trop occupés chez eux pour se soucier du Tibet. Un ministre audacieux alla même jusqu'à dissimuler pendant quinze ans la mort du Dalai-Lama, engagé, disait-il, dans une méditation surnaturelle, et sous ce couvert il exerça sans être inquiété un pouvoir absolu (1682-1697). Il en profita pour exciter les Mongols à la guerre sainte contre la Chine et pour soutenir sans se compromettre la grande rébellion des Dzoungares. Mais l'empereur K'ang-hi, l'illustre contemporain de Louis XIV (1662-1722), réussit à réduire ces ennemis redoutables. Toutefois, avant d'intervenir en personne au Tibet, il lança sur la capitale des Lamas le prince des Khoskhotes, son allié, Latsan khan. La ville fut prise et le ministre usurpateur tué (1706). Peu d'années après, les Capucins fondaient leur mission népalaise (1707-1709). Un nouveau mouvement des Dzoungares amena l'intervention directe de l'Empire : les troupes de K'ang-hi, au nombre de 130 000 hommes, occupèrent Lhasa. Le pouvoir spirituel fut laissé au Dalai-Lama ; mais un conseil de gouvernement fut chargé de l’administration sous le contrôle chinois. Le Tibet perdait son autonomie ; la Chine s’étendait jusqu’aux frontières du Népal.

v1.c2.s3.t2.65

Les trois rois qui se partageaient le Népal crurent sage de se concilier au plus vite un voisin dangereux. « Durant la neuvième année Yong-tcheng (1731), les trois tribus qui composaient le pays de Pa-lo-pou (Népal), celles de Ye-leng (Patan), de Pou-yen (Bhatgaon) et de K’ou[-kou]-mou (Katmandou) adressèrent chacune à l’Empereur une pétition écrite sur feuilles d’or et offrirent en tribut des productions du pays¹. » Le résident chinois au Tibet informa la cour de Pékin que « les trois khans d’outre-Tibet désiraient envoyer le tribut ». L’Empereur répondit que, vu la longueur du voyage, les choses devaient se faire au Tibet². Sept ans plus tard, un nouveau rapport officiel annonce « que les trois khans du Népal sont en guerre³ ».

v1.c2.s3.t2.66

¹ Histoire de la conquête du Népal, trad. Imbault-Huart, loc. laud.

v1.c2.s3.t2.67

² Nepaul and China, by E.-H. Parker; dans Asiat. Quart. Review, 1899, p. 64-82.

v1.c2.s3.t2.68

³ Ib. Cf. Vamçāv., 197 : « At this time [Nepal Sam. 857 = 1737 A. D.] the Rājās of Bhātgāon, Lalit-patan, and Kāntipur were on bad terms with each other. »

v1.c2.s3.t2.69

Des relations commerciales unissaient le Népal et le Tibet depuis le début du XVIIe siècle. Vers l’an 1600, quand Çiva Simha Malla régnait à Katmandou, le voyage du Népal à Lhasa passait encore pour une entreprise difficile. Mais sous son successeur, Lakṣmī Narasimha Malla, Bhīma Malla, membre de la famille royale et ministre d’État, envoya des trafiquants au Tibet, puis il y alla en personne, et il en expédia des quantités d’or et d’argent à Katmandou. Il négocia même une sorte de traité de commerce en vertu duquel les biens des Népalais décédés à Lhasa devaient faire retour au gouvernement du Népal. Enfin il rangea la ville de Kuti sous la juridiction du Népal⁴.

v1.c2.s3.t2.70

⁴ Vamçāv., 209 et 211.

v1.c2.s3.t2.71

Le trafic devint si actif que vers 1650 le pieux Siddhi Narasimha Malla, roi de Patan, se préoccupa d'assurer par un règlement spécial la purification des marchands indigènes qui revenaient du Tibet souillés par un voyage hors des pays orthodoxes et par le contact d'une

v1.c2.s3.t2.72

Stûpa de Svayambhû Nâtha. Entrée de la terrasse.

v1.c2.s3.t2.73

race que les brahmanes déclaraient impure¹. Le Népal devint le monnayeur du Tibet : Mahendra Malla, roi de Katmandou, avait obtenu des Mogols de Delhi (vers 1550-1560) l'autorisation de battre monnaie en argent ; les pièces frappées à son effigie ou copiées sur ce type devinrent, sous le nom de *Mahendra-malli*, la seule monnaie en cours au Tibet. Le Népal échangeait sa monnaie contre des espèces brutes, et y gagnait gros. Le dernier roi de Bhatgaon, Ranajita Malla, « qui était prudent et entendu, envoyait à Lhasa de grandes quantités d’argent monnayé, et recevait en échange de grandes quantités d’or et d’argent¹ ». Tenté par l’appât d’un gain facile, il ne craignait pas d’altérer le titre de ses monnaies.

v1.c2.s3.t2.74

¹ Ib., 237.

v1.c2.s3.t2.75

¹ *Ib.*, 196.

v1.c2.s3.t2.76

La conquête du Népal par les Gourkhas (1765-1768) interrompit tout à coup ce commerce lucratif. Les nouveaux maîtres du royaume se méfiaient de leurs sujets autant que des étrangers ; il leur fallait rester sous les armes, et les ressources naturelles du pays ne suffisaient pas à entretenir une multitude de soldats. Prithi Narayan établit des taxes écrasantes sur les transactions ; sous les prétextes les plus frivoles, les marchands étaient frappés de lourdes amendes. Les religieux errants (*Gosains*) qui colportaient les marchandises entre l’Hindoustan et le Tibet furent chassés du royaume ; les plus gros trafiquants du Népal s’empressèrent de chercher ailleurs une patrie plus accommodante. Il ne restait plus en 1774 au Népal, pour commercer avec le Tibet, que deux maisons tenues par des Cachemiriens ; pour les empêcher de déserter à leur tour, le roi Gourkha ne les laissait sortir du pays que sous caution. Les rares marchands qui osèrent se risquer désormais au Népal en pâtirent : Prithi Narayan leur fit couper les oreilles ; puis, il les expulsa. Le Teshu-Lama de Ta-chi-loun-po, le second du Dalai-Lama, pouvait écrire au roi du Népal : « Tous les marchands, Hindous aussi bien que Musulmans, ont peur de toi ; personne ne veut entrer dans ton pays ». On chercha d’autres voies entre l’Inde et le Tibet ; on en revint à la route du Sikkim, que le commerce avait désertée depuis que le Népal s’était ouvert ; mais elle était décidément trop insalubre ; il fallut y renoncer. Au surplus, le Sikkim à son tour tomba sous la domination des Gourkhas. Le Bhoutan était en proie à des dissensions et ne se prêtait pas à un trafic régulier. Warren Hastings, qui voulait faire du Bengale le marché maritime de l’Asie Centrale, envoya en 1774 George Bogle en mission à Ta-chi-loun-po pour négocier un arrangement commercial entre la Compagnie, le Bhoutan et le Tibet.

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