Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c3.s2.50
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c3.s2.50
- Language
- French
v1.c3.s2.50
Les appréciations sur leur caractère varient jusqu'à la contradiction. Hamilton, qui vécut un an parmi eux au début du XIXe siècle, en trace un portrait terrible : « Ils sont perfides et traîtres, cruels et arrogants contre les plus faibles, platement bas quand ils attendent une faveur. Les hautes classes passent leurs nuits en compagnie de danseurs, de danseuses, de musiciens et de musiciennes, et ont bientôt fait de s'épuiser à force d'excès. Leur matinée se passe à dormir et la journée à accomplir des rites, et il leur reste peu de temps pour les affaires ou pour s'instruire. A part, quelques brahmanes, ils sont ivrognes, et de plus extraordinairement soupçonneux² ». Trois quarts de siècle plus tard, le Dr Wright ne les juge pas avec plus de bienveillance ou de sympathie. « Ils n'ont pas d'affaire, excepté de jouer au soldat ; ils n'ont pas de jeux de grand air ; ils n'ont pas de littérature pour les occuper à la maison. En somme ils n'ont rien pour remplir leurs longues heures de loisir; en conséquence ils s'adonnent aux potins, au jeu, à la débauche sous toutes les formes¹». En revanche, le capitaine Vansittart apprécie et exalte, en soldat, les qualités des recrues Gourkhas. « Comparés aux autres Orientaux, les Gourkhas sont hardis, endurants, fidèles, francs, indépendants, confiants en soi... Ils méprisent les natifs de l'Inde, et fraternisent avec les Européens, qu'ils admirent pour leur supériorité de connaissances, de force et de courage et qu'ils cherchent à imiter... Il peut paraître étrange, mais c'est un fait indubitable, que chaque année un grand nombre de recrues déclarent s'enrôler uniquement pour apprendre à lire, à écrire et à calculer dans nos écoles de régiment². » Il convient d'observer que M. Vansittart juge le peuple sur les recrues d'humble condition qui viennent annuellement s'engager sous les drapeaux britanniques et qui consistent plus en indigènes Magars et Gurungs qu'en Thâkurs et en Khas, tandis que Hamilton et le Dr Wright avaient surtout en vue la haute société Gourkha du Népal. Je dois avouer cependant que mes impressions, au Népal même, ont concordé avec le sentiment de M. Vansittart. Les préventions défavorables que j'apportais des plaines se sont évanouies à mesure que mon séjour se prolongeait; et j'ai dû constater que si les Gourkhas sont en effet soupçonneux et méfiants, comme on le leur reproche, dans les relations officielles aussi bien que dans les rapports privés, les Européens (et je ne dis pas seulement les Anglais) ont rendu le soupçon et la méfiance trop légitimes. Moins affinés, moins bien doués que les Névars, ils ont au plus haut degré l'amour de la liberté et l'amour de la patrie, deux sentiments que l'Inde n'a pas connus. Leur héros national, Prithi Narayan, a donné l'exemple, trop facilement suivi par ses descendants, de l’astuce, de la déloyauté, du parjure, de la rapacité, de la barbarie ; les grands hommes de la politique occidentale seraient mal venus à lui en faire grief. La vertu Gourkha par excellence, c’est l’honneur militaire. « Plutôt la mort qu’une lâcheté », dit leur proverbe ; et de fait un Khas qui fuit devant l’ennemi dans la bataille est rejeté de sa caste ; ce n’est plus qu’un paria, sa femme même ne peut plus manger avec lui.