Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c3.s3.5
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c3.s3.5
- Language
- French
v1.c3.s3.5
En face du roi et de la cour, exposés aux vicissitudes des révolutions qui balaient par intervalles une dynastie et ses partisans, la population garde une organisation immuable, dans ses cadres traditionnels. Que les Thâkuris supplantent les Liččhavis ou que les Mallas montent sur le trône, que le pouvoir souverain se concentre aux mains d'un empereur ou se disperse entre des chefs rivaux, la commune, *grâma*, demeure toujours aux yeux du peuple la véritable et la seule unité politique, au Népal aussi bien que dans l'Inde. Le village indien forme une république à part, un système administratif régulier et complet, sous la direction du maire (*paṭṭa-kîla, grâma-kûṭa, grâma-pati, pradhâna*), assisté généralement du secrétaire, du garde champêtre, du chef d’irrigation qui règle la distribution d’eau entre les champs, de l’astrologue (*jyotiṣa*, joṣî) qui fixe les époques de la culture et qui connaît les jours ou fastes ou néfastes. Les besoins du village exigent encore comme éléments intégrants un charpentier, un forgeron, un potier, un blanchisseur, un barbier ; le maître d’école et le bijoutier sont des utilités sans caractère indispensable. Les maîtres de maison (*kuṭumbin*), qu’ils soient propriétaires de maisons (*gṛhin*) ou de champs (*kṣetrin*) sont les citoyens de cet État élémentaire. L’administration souveraine n’intervient guère qu’en matière d’impôts et de justice criminelle, ou de conflit entre plusieurs villages. Les villages du Népal sont, à l’époque ancienne, groupés en districts (*adhikaraṇa*); district de l’Ouest (*paççimādhikaraṇa*), district du Nord (? *kubervatî*) etc., sous l’autorité d’officiers de la couronne (*adhikṛta*) qui semblent exercer les fonctions de fermiers-généraux (*vṛttibhuj*, *vārtta*). Ces officiers commandent à des forces de police armée (*caṭabhaṭa*), qui prêtent leur concours à l’exécution des ordres. Mais la tradition, aussi forte et plus respectée qu’une charte, défend la commune contre l’envahissement du pouvoir central. Les officiers et la police du roi ne doivent pénétrer sur le territoire communal que pour lever les impôts (*kara-sādhana*), remettre des documents écrits (*lekhya-dāna*), instruire les cinq grands crimes qui relèvent directement de la justice souveraine (*pañcāparādha*)¹.