Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.148
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.148
- Language
- French
v1.c4.148
Plus encore que les Kumârîs, les Yoginîs expriment l'inspiration des Tantras. La Yoginî est la compagne du Yogin, autrement dit du Sâdhaka, qui se propose de réaliser par l'union charnelle l'union de l'âme avec Dieu; soit insuffisance de ressources verbales, soit analogie réelle et profonde, l'amour divin et l'amour sexuel parlent volontiers la même langue et laissent parfois l'esprit embarrassé de les distinguer. La Vierge, étant compagne de Çiva, le grand ascète, devient naturellement la Grande Amoureuse; leur union féconde, éternellement nouvelle, éternellement renouvelée, montre l'exemple aux âmes éprises. Les Yoginîs du Népal sont quatre¹, comme les Kâlîs et les Kumârîs. Vajra-yoginî est la plus illustre; elle est la déesse du Vajra-yoga, de l'union de diamant, inestimable et infrangible comme lui; elle est aussi la patronne de la ville de Sankou. Son nom rappelle un épisode des luttes entre le Tantrisme bouddhique et le Tantrisme çivaïte; c'est Çankara Âçârya, l'invincible docteur de l'orthodoxie brahmanique qui a substitué ce vocable à l'antique désignation de Maṇi-Yoginî, consacrée par les traditions locales: Maṇi-Yoginî avait favorisé dans leurs œuvres magiques les vieux rois légendaires, Vikramajit et Vikmanti; elle avait décidé le roi Mâna deva à édifier en expiation d’un parricide le grand temple de Buddha-Nâtha (Budhnâth). Sous sa nouvelle appellation, Vajra-Yoginî n’en reste pas moins indulgente et même bienveillante au Bouddha. Quand le Bouddha s’est concilié à force de pénitences la faveur de Devî, elle lui apparaît sous la forme de Vajrayoginî¹. Elle continue à porter le nom d’Ugra-Târâ, qui l’associe aux Bouddhas et aux Bodhisattvas. Une autre des quatre Yoginîs, Nîla-Târâ-Devî, appartient à titre égal aux deux églises du Tantrisme. En plein xviiᵉ siècle, un roi d’une dynastie brahmanique, Pratâpa Malla, montre aux sacristains névars de Paçupati, sur les indications d’un Svâmin du Sud de l’Inde, « une Devî dans l’Âdi-Buddha », une déesse du çivaïsme dans le Dieu suprême du Bouddhisme népalais, et les Névars convaincus par la démonstration royale honorent la déesse d’un rite annuel. D’autre part le Svayambhû-Purâṇa, en exaltant la déesse appelée Khagâ-nanâ qui siège sur le diadème des cinq Bouddhas, la reconnaît pour une Çakti de Çiva, une des énergies féminines que les Tantras adorent. « Elle est la perfection de la sagesse et comme telle la mère des Bouddhas ; pour les Bouddhistes elle est Vajriṇî, pour les Yogins, Yoginî : elle est la mère multiforme de tous les êtres. Pour les Çivaïtes, c’est une forme de Çiva ; pour les Viṣṇuites, de Viṣṇu ; pour les Brahmanes, elle est Brahmâṇî². » Enfin Kumârî, la Vierge, et Kâlî, la Noire, apparaissent réunies dans une autre combinaison avec Mahâ-Lakṣmî, l’épouse même de Viṣṇu, sous le nom de Tripura-Sundarî : assise sur un taureau, un trident, une couronne et un crâne dans les mains, elle a le corps roux. Elle est le matin Kumârî, la vierge compatissante ; à midi, Mahâlakṣmî, la courtisane de grand amour; le soir, Kâlî, une vieille décrépite, de grande cruauté, mangeuse vorace d’hommes et de créatures vivantes¹.
Cites (1)
- Svayambhūpurāṇa — Sanskrit