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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.2

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.2

Language
French

v1.c4.2

C'est là le trait capital, et qui déroute si souvent l'Européen. Héritiers de la logique grecque et du monothéisme juif, nous appliquons d'instinct aux croyances religieuses le principe de contradiction ; dieux et dévots se classent à nos yeux en groupes fermés, exclusifs jusqu'à l'antagonisme. Des statisticiens, sérieux à en mourir de rire, calculent le total des Bouddhistes, des Confucéens, des Shintoistes. Un Hindou, un Chinois, un Japonais n'arriveraient pas à les comprendre ; cette rigueur des rubriques ne répond à rien dans l'Extrême-Orient. L'homme, en présence de la nature, y sent confusément une multitude infinie de forces prêtes à s'exercer aux dépens de sa faiblesse ; son panthéon, toujours ouvert, a toujours place pour de nouveaux hôtes. Le prêtre n'est pas un médecin d'âmes, c'est un spécialiste de rites ; comme le dieu qu'il sert, il a son ressort de compétence où il excelle, et laisse volontiers le champ libre aux voisins. Le culte des saints de l'Église catholique offre en Occident un phénomène du même genre, mais inférieur de degré. Et comme l'Église peut s'enrichir indéfiniment de nouveaux saints, l'Inde peut s'enrichir de nouveaux dieux. La doctrine des avatars permet d'introduire un peu d'ordre dans la confusion de ce polythéisme luxuriant. Le Bouddha, qui passa longtemps pour une sorte d'Antéchrist brahmanique, a fini cependant par prendre rang dans les dix avatars totaux de Viṣṇu. Obligé de céder aux exigences de l'opinion, le brahmane se vengea par l'exégèse ; il enseigna que Viṣṇu avait pris la forme du Bouddha pour éprouver les vrais fidèles en prêchant l'erreur ! D'autres docteurs, plus loyaux ou moins malveillants, assignèrent à l'avatar une raison plus respectable, et plus conforme à l'histoire : Viṣṇu, sous l'avatar du Bouddha, serait venu prêcher l'horreur des sacrifices sanglants, recommandés par le rituel védique.