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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.51

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.51

Language
French

v1.c4.51

Enfin la rencontre à la cour du roi tibétain Srong-tsan Gam-po, de deux reines également dévotes, l'une népalaise, l'autre chinoise d'origine, dut activer les échanges religieux entre le Népal et la Chine ; l'une et l'autre avaient apporté au palais de leur barbare époux des livres saints et de saintes images². La gloire du Mañjuçrî d'Ou-t'ai-chan ne tarda pas à descendre du Népal jusqu'aux plaines du Gange. L'exact et véridique Hiouen-tsang, pendant son séjour dans l'Inde, à la veille même des événements qui mirent en étroit contact les deux grandes nations de l'Extrême-Orient, n'a jamais entendu parler de Mañjuçrî comme d'un Bodhisattva de Chine; autrement il n'aurait pas manqué de signaler à ses lecteurs chinois un trait si propre à flatter leur vanité nationale. Personnellement, il semble bien le considérer comme le patron spécial des Chinois dans l'Inde; c'est Mañjuçrî qui veille sur lui comme une sorte d'ange gardien, qui l'avertit en songe des dangers imminents et qui le presse de rentrer dans sa patrie; mais aucun des docteurs de l'Inde, dans leurs entretiens avec Hiouen-tsang, ne songe à évoquer Mañjuçrî à propos de la Chine. Un demi-siècle plus tard, quand I-tsing visite l'Inde, il en va tout autrement : « Les gens de l'Inde disent maintenant, à l'éloge de la Chine : Le sage Mañjuçrî est à présent à Ping-tcheou, où sa bénédiction se répand sur le peuple. Aussi nous devons respecter et admirer ce pays, etc. » Malheureusement I-tsing interrompt brusquement ici son récit, et il se contente d'ajouter en manière de conclusion : « Ce qu'ils racontent là-dessus est trop long pour le rapporter en détail¹. » Hiouen-tsang n'aurait ni éprouvé ni exprimé ce scrupule de littérateur. Après le voyage d'I-tsing, la Chine reste désormais considérée comme le séjour de Mañjuçrî, et les pèlerins hindous qui veulent l'adorer prennent la route de Chine ; témoin, entre tant d'autres, Vajrabodhi, le maître glorieux de l'illustre Amogha-vajra, qui s'en alla de Ceylan dans l'Empire du Milieu, vers l'an 700, sur la foi d'une vision qui lui ordonnait de s'y rendre pour adorer Mañjuçrî² ; ou encore Prâjña, traducteur du Mahâyâna-buddha-ṣaṭ-pâramitâ-sûtra, collaborateur du missionnaire nestorien King-tching, qui se mit en route vers la Chine (où il arriva en 782) parce que Mañjuçrî se trouvait, disait-on, dans le pays de l'Est³. Les temps modernes ont renoué la tradition antique : l'ambassade qui va tous les cinq ans porter à la cour de Pékin le tribut du Népal salue officiellement dans l'empereur mandchou le Bodhisattva Mañjuçrî incarné ; une flatterie du Dalai-Lama a permis aux Mandchous d'exploiter à leur profit la croyance de l'Inde ancienne.