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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.65

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.65

Language
French

v1.c4.65

Comment s'explique un pareil succès ? Est-ce une coïncidence étrange, apparemment merveilleuse, de sons qui a valu à Mañjuçrî sa popularité chez les Tartares, comme elle valut plus tard à l'empereur des Mandchous (= Mañju) l'honneur de passer pour une incarnation du dieu? Mais le nom des Mandchous semble être moderne, et le rapport se réduit sans doute à une coïncidence de hasard. Les interprétations traditionnelles des traducteurs et des glossateurs chinois n'aident en rien à la solution de l'énigme. Préoccupés d'expliquer l'idée plus que le mot, ils ont forgé, ou reproduit à l'imitation des docteurs indiens, des étymologies infidèles, mais plus honorables à leur goût que le sens littéral de « voix harmonieuse ». Ils ont traduit mañju par « merveilleux », et mañju-çrî par « vertu merveilleuse », ou plus audacieusement encore par « tête merveilleuse », en confondant le substantif çrî (siri en prononciation vulgaire de l'Inde, chi-li en transcription chinoise) avec çiras (vulgairement siro, en transcription chinoise chi-lo) ; grâce à cette étymologie fantaisiste, le nom de Mañju-çrî marquait bien qu'il était « à la tête » des Bodhisattvas. D'autres encore traduisirent mañju-çrî par « bénédiction admirable », puisque son nom était en effet le meilleur des présages ¹. Tous ces jeux d'esprit attestent les efforts faits pour mettre le nom indien de Mañjuçrî à la hauteur de son rôle réel en Chine. En fait le nom de Mañjuçrî est assez déconcertant; il se range bien en apparence dans la même série que tant d'autres noms connus : Jinaçrî, Jayaçrî, Padmaçrî, Dharmaçrî, etc... ; mais tous ces noms ont un caractère commun qui les différencie de Mañjuçrî ; le premier élément, auquel est ajouté le mot çrî, est un substantif. Dans Mañjuçrî, ce premier élément est un adjectif; c'est assez, du point de vue grammatical, pour donner à ce mot une physionomie étrange. La forme Mañju-ghoṣa, au contraire, s'explique aisément ; elle entre dans la même catégorie que les noms de Buddha-ghoṣa, Açva-ghoṣa, etc... ; et quoique le premier terme y soit encore par exception un adjectif, l'analyse du composé ne soulève aucune difficulté. Mañju-ghoṣa paraît bien être la forme primitive du nom, dont Mañjuçrî serait une adaptation plus honorifique que correcte.