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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.83

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.83

Language
French

v1.c4.83

Matsyendra Nâtha est-il une création des cultes locaux ? Sa fonction initiale de distributeur des pluies semble au premier abord concorder avec le sens de son nom : Prince-des-Poissons-Protecteur. Le Prince des Poissons doit être une divinité aquatique, et comme tel il est assez naturellement en relation avec la pluie. Mais la légende locale elle-même assigne à Matsyendra Nâtha une origine étrangère. Les Bouddhistes qui y reconnaissent une forme d’Avalokiteçvara le font venir du mont Kapotala, en dehors du Népal, par delà le pays de Kâmarûpa. J’ignore si le mont Kapotala a jamais existé en réalité et dans quelle région il pouvait se trouver ; je suis tenté d’y voir une désignation de fantaisie née d’une confusion facile entre deux des séjours préférés d’Avalokiteçvara : le Kapota-parvata, mont de la Colombe, au Magadha, et le Potala-parvata, dans le Malabar. D’où qu’il vienne, Avalokiteçvara sous la forme de Matsyendra Nâtha, se distingue par un détail caractéristique : il est rouge, tandis qu’Avalokiteçvara est d’ordinaire blanc. La poupée qui figure aujourd’hui Matsyendra Nâtha dans les processions est rouge ; et M. Foucher a déjà signalé cette particularité dans une peinture népalaise qui représente expressément « le Lokeçvara de Bugama au Népal » et qui se rencontre dans un manuscrit du VIIIe ou du XIe siècle¹. Les détails groupés par la légende autour du fait essentiel : introduction d’une divinité nouvelle au Népal, sont empruntés au répertoire courant de ces récits. On peut y comparer, par exemple, un épisode conté par l’historien tibétain du bouddhisme indien, Târanâtha : comment le roi de Puṇḍra-vardhana, Çubhasâra, averti par un songe, chargea le laïque Çântivarman d’aller chercher Avalokiteçvara au mont Potala, afin d’assurer le bonheur de ses sujets : comment Çântivarman triompha des obstacles accumulés sur sa route, aidé par un serpent qui lui servit de pont sur les rivières, et comment il ramena le Lokeçvara Khasarpaṇa. L’histoire se passait un siècle avant Narendra deva, puisque Çântivarman est le contemporain de Dignâga, le grand logicien qui florissait au VIe siècle¹. Khasarpaṇa, au reste, devait rejoindre au Népal Matsyendra Nâtha qui l’y avait devancé. Le roi Guṇa kâma deva l’introduisit à Katmandou, précisément pour faire concurrence au Matsyendra Nâtha de Patan, la capitale abandonnée, et il institua en son honneur une procession annuelle. Comme Matsyendra Nâtha, Khasarpa était rouge. Le Svayambhû-Purâṇa, qui prédit son entrée au Népal, a soin de marquer expressément sa couleur (ch. VIII).

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