Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.86
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.86
- Language
- French
v1.c4.86
Matsyendra Nâtha vient de l’Inde. Cependant son nom ne figure pas dans le panthéon brahmanique ou bouddhique de l’Inde ; mais il se rencontre dans la tradition d’une secte mystique, où il brille même aux premiers rangs. Les adeptes du Haṭha-yoga, qui prétend enseigner les moyens pratiques de réduire le corps, de s’unir à Dieu, et d’exécuter les prodiges suspects des fakirs hindous, révèrent comme leurs premiers maîtres Matsyendra Nâtha et Gorakṣa Nâtha², qui se retrouvent ainsi encore une fois associés. L'Histoire des Triomphes de Çaṅkara (Saṃkṣepa-Çaṅkara-vijaya) les rapproche également dans un épisode qui rappelle par quelques traits le récit népalais. Matsyendra Nâtha entré par enchantement dans le corps d'un roi qui vient de mourir laisse son propre corps à la garde de son disciple Gorakṣa Nâtha. « Comme l'excellent Yogin prenait les meilleures postures magiques, la prospérité ne connaissait plus de sommeil dans ce royaume: les nuages répandaient la pluie en temps opportun, et les blés donnaient d'inestimables moissons. » Mais au milieu des femmes du sérail, Matsyendra Nâtha incarné dans le roi perd sa vertu ; heureusement Gorakṣa Nâtha qui veille sur lui le rappelle à son devoir et le décide à rentrer dans son véritable corps¹. Souvent aussi, dans les listes des maîtres du Haṭha-yoga, Matsyendra Nâtha est remplacé par Mîna Nâtha, qui en est un simple synonyme². Le bouddhisme népalais connaît aussi ce nom; mais il considère Mîna Nâtha comme le cadet de Matsyendra Nâtha³. La tradition bouddhique du Tibet semble ignorer Matsyendra Nâtha⁴, mais elle connaît Gorakṣa Nâtha comme un ascète thaumaturge ; c'est ainsi que dès sa jeunesse il se fait repousser par enchantement les mains et les pieds qu'une marâtre barbare avait ordonné de lui couper. On croit même entendre encore le bruit du tambour qu'il bat dans ses rudes exercices¹. Les ascètes aux oreilles percées (*Kânphaṭâs*) qui se réclament de Gorakṣa Nâtha ont laissé au bouddhisme un souvenir qui ne leur fait pas honneur ; à la chute de la dynastie des Senas, quand l’Église indienne perdit son dernier appui, les yogis qui suivaient la règle de Gorakṣa Nâtha, étant d’esprit fort simple, se firent dévots d’Îçvara, pour obtenir des rois hérétiques quelques honneurs ; ils disaient même qu’ils ne feraient pas d’opposition aux Turuṣkas². Dans la société orthodoxe de l’Inde, les noms de Matsyendra Nâtha et de Gorakṣa Nâtha servent encore d’éponymes à deux clans des Jugis du Bengale, caste équivoque qui se prétend d’origine brahmanique, malgré le mépris dont elle est entourée³.