Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v1.c4.95
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v1.c4.95
- Language
- French
v1.c4.95
L’accumulation de tous ces faits semble éclaircir les origines de la divinité népalaise. Les premiers yogis qui montèrent de l’Inde au Népal, appelés peut-être par la piété enfantine de Narendra deva, y trouvèrent sans doute une divinité consacrée par l’usage, mais étrangère aux cadres réguliers. Peut-être elle portait le nom de Buga⁴, dont les Névars se servent encore pour désigner Matsyendra Nâtha, tandis que l’élément hindou emploie la désignation vulgaire de Maččhîndra Nâth. Fidèles à la méthode d’adaptation pratiquée toujours par les religieux hindous en contact avec les peuples barbares, ils affirmèrent y reconnaître le Lokeçvara du mont Kapota ; les petites dimensions de l’image adorée au Népal, et que la tradition a fidèlement préservées jusqu’ici, constituaient au moins un trait de ressemblance avec l’idole du mont Kapota, remarquable par sa petite taille¹. C'est sous le nom de Lokeçvara, sans l'addition de Matsyendra Nâtha, que l'image est figurée dans le manuscrit étudié par M. Foucher. Plus tard, quand le brahmanisme envahissant put lutter à armes égales contre le bouddhisme, les yogis de Gorakṣa Nâtha qui suivaient la fortune et qui passaient au çivaïsme, comme Tàranâtha les en accuse, imposèrent à la divinité locale un nouveau baptême, et la saluèrent comme leur maître Matsyendra Nâtha, tandis qu'ils installaient à côté du Népal, dans un royaume voisin et rival, le culte parallèle de Gorakṣa Nâtha. La mainmise des yogis sur les cultes locaux apparaît plus clairement encore dans le cas de Paçupati qui servit en quelque sorte de succursale aux sectes civaïtes de l'Inde, et particulièrement de l'Inde méridionale; mais déjà l'histoire de Matsyendra Nâtha laisse entrevoir l'action insinuante de ces yogis çivaïtes qui parurent longtemps se mettre au service du bouddhisme, mais qui s'employèrent avec autant de constance que de bonheur à le désorganiser, à le rapprocher du civaïsme pour finir par l'absorber et le détruire. L'apparente anarchie des confréries hindoues n'exclut ni la méthode, ni l'esprit de suite.