Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.180
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.180
- Language
- French
v2.c6.180
Les Purâṇas brahmaniques n'ont pas enregistré le nom de Liččhavi ni sa filiation. Ils ont à l'envi organisé le silence autour d'un souvenir trop populaire chez les hérétiques pour n'être pas compromis. Mais les textes bouddhiques et jainas, ont, en dépit des brahmanes, sauvé de l'oubli le nom de la famille illustre qui gouvernait Vaiçâlî, la plus opulente cité de l'Inde, au temps du Bouddha et du Jina. Les Liččhavis y avaient établi une constitution qui rappelle un peu les institutions consulaires de Rome ; le roi, secondé par un vice-roi et par un général en chef, était en outre assisté par les Anciens du clan, réunis en assemblée générale. Située entre le Magadha et le pays des Mallas, la Vaiçâlî des Liččhavis combinait harmonieusement les institutions de ses voisins, monarchiques au Sud, oligarchiques au Nord. Bouddhistes et Jainas se sont disputé, dans leurs légendes comme dans leur activité réelle, l'honneur de compter les Liččhavis au nombre de leurs patrons et de leurs zélateurs. Les Liččhavis sollicitent et reçoivent des reliques du Bouddha après la crémation ; d'autre part, en apprenant la mort du Jina, ils expriment leur deuil par une illumination, comme un hommage symbolique à « la lumière de l'intelligence qui était partie' ». Le canon jaina énumère les Liččhavis parmi « les gotras (familles) renommés² » au même rang que le clan même du Jina, que les Brahmanes, que les descendants de Kuru et d'Ikṣvâku, la race Lunaire et la race Solaire¹. Les documents ne permettent pas de suivre en détail les vicissitudes du clan Liččhavi; mais au IVe siècle de l'ère chrétienne, la famille reparaît brusquement dans l'histoire sans avoir rien perdu de son prestige. Čandra Gupta I, le fondateur de la dynastie impériale des Guptas, le prédécesseur et le père du glorieux empereur Samudra Gupta, obtient une épouse du clan des Liččhavis, et tout puissant qu'il est, il tire de cette alliance un orgueil qu'il étale à plaisir : ses monnaies d'or représentent le roi et la reine côte à côte, désignés chacun nommément par la légende : Čandra Gupta, Kumâra-Devi, et au revers la légende, qui accompagne une figure de la Fortune assise, porte : Liččhavayaḥ « les Liččhavis ». Samudra Gupta à son tour se glorifie d'être « le fils d'une fille des Liččhavis » (Liččhavi-dauhitra), et cette mention est scrupuleusement ajoutée au nom de Samudra Gupta dans le protocole épigraphique de toute la dynastie. M. Fleet, suivi par M. Vincent Smith, avait cru que les Liččhavis alliés aux Guptas étaient les rois Liččhavis du Népal ; il partait de là pour supposer que l'ère des Guptas était d'origine népalaise. Rien n'autorise une pareille conjecture, ni du côté népalais, ni du côté hindou².