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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.241

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.241

Language
French

v2.c6.241

Le Népal n’eut pas à subir le contre-coup de cette crise ; l’empire des Guptas n’avait pas réussi à l’absorber ni à l’entamer. Le panégyrique de Samudra Gupta classe le Népal, avec son voisin ordinaire le Kâmarûpa, avec le Samataṭa (Bouches-du-Gange) et les pays énigmatiques de Ḍavâka et Karṭrpura, dans le groupe des royaumes frontières (*pratyanta*) « qui payaient le tribut en totalité, exécutaient les ordres et venaient se prosterner devant le souverain pour satisfaire son autorité impérieuse ». C’est un groupe à part, distinct des rois qui furent « pris et relâchés », des rois qui furent « vigoureusement exterminés », et des princes étrangers ou barbares qui échangèrent des ambassades avec l’empereur Gupta. Le rang attribué aux royaumes « frontières » dans la classification impériale marque un lien de vassalité très lâche, une soumission amiable consentie sans résistance, qui laisse l’autonomie intacte. Au temps des Grands Mogols, les mêmes conditions établirent des relations du même genre entre le darbar népalais et la cour de Delhi. Le roi de Katmandou donnait tous les ans un éléphant comme tribut à l’empereur ; il lui offrait à l’occasion de menus présents, allait même parfois jusqu’à lui rendre visite. L’empereur, en retour, autorisait la frappe d’une monnaie d’argent népalaise; mais l’action du Mogol ne s’exerça jamais sur le territoire du Népal. Les Gourkhas, à leur tour, entretiennent aujourd’hui avec l’empire de Chine des relations analogues ; leurs ambassades vont tous les cinq ans porter le tribut au Fils du Ciel; chaque nouveau souverain sollicite respectueusement de son suzerain chinois une investiture nominale ; la Cour de Pékin expédie en retour de politesse des brevets et des titres d’honneur ; mais un fonctionnaire chinois serait mal venu s’il prétendait s’immiscer dans les affaires du pays. Les Liččhavis ne se comportèrent pas autrement avec les Guptas ; ils se prêtèrent à des formalités vaines, mais ils ne cédèrent rien. Il aurait fallu d’autres circonstances pour introduire au Népal l’ère des Guptas ; l’adoption d’une ère étrangère exprime pour l’Hindou la soumission définitive et la perte de la liberté.