Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.51
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.51
- Language
- French
v2.c6.51
La population des vihâras a tristement changé; l’antique communauté des moines célibataires, instruits et studieux, a disparu; elle a cédé la place à des héritiers indignes, les banras. Si les monastères ont été l’asile du recueillement et de la prière, ils servent maintenant de logis à une multitude grouillante et tapageuse d’hommes, de femmes, d’enfants entassés au défi de l’hygiène dans des chambres étroites et basses où s’exercent des professions toutes mondaines, l’orfèvrerie, la sculpture, les arts décoratifs; d’autres parmi les banras s’emploient au dehors comme charpentiers, comme fondeurs, comme plâtriers. La science se meurt, ou plutôt elle est morte : un misérable pûjârî, chargé par la communauté du culte quotidien, vient marmonner chaque jour devant la statue de Çâkyamuni des hymnes (*stotras*) en sanscrit barbare qu'il ne comprend pas, ou réciter une section de la Prajñâ-pâramitâ en Huit Mille stances (*Aṣṭa-sāhasrikā*) qu'il comprend moins encore ; c'est lui qui détient les vieux manuscrits tracés jadis par de pieux copistes et qui laisse avec une indifférence ahurie le temps et les insectes consommer sur ces reliques leur œuvre de destruction. La tradition du vieux savoir disparaît ; au début du XIXe siècle Hodgson trouvait encore de véritables érudits pour l'instruire. Amṛtânanda, le pandit qui lui servit d'initiateur et de guide, maniait le sanscrit avec aisance ; ses cahiers, conservés par ses descendants au couvent de Mahâbuddha, à Patan, montrent à son honneur tout ce que Hodgson lui dut. Son petit-fils, son arrière-petit-fils ont dû pour vivre s'engager comme traducteurs à la Résidence britannique. Le vieux pandit Kulamâna, de Patan, gagne sa vie à enseigner des rudiments de catéchisme et à copier des manuscrits. Derrière eux on ne voit plus même poindre un successeur.
Linked texts (1)
- Aṣṭasāhasrikā Prajñāpāramitā — Sanskrit