Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.63
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.63
- Language
- French
v2.c6.63
Les fêtes. — Les religions passent, les fêtes demeurent. Le Népal d'autrefois survit encore dans les yâtrâs. Le yâtrâ est proprement une procession, une pompe solennelle, avec un déploiement de danse et de musique, et sous l'aspect d'un sacrifice une ripaille liturgique. Le goût des Névars s'est trouvé d'accord avec leur superstition pour multiplier ces fêtes ; le pouvoir royal les a en partie créées, en partie adoptées, et les a sanctionnées comme des institutions d'état. Des règlements exprès, émanés de l'autorité souveraine, répartissent l'organisation des yâtrâs entre des groupements fixes et stipulent la part de contribution qui leur incombe respectivement. En retour de ces charges pécuniaires, l'ancien régime accordait des privilèges, des indemnités, des donations. Le gouvernement Gourkha a supprimé les subventions, directes ou indirectes, et par ses confiscations il a tari une des sources qui alimentaient le budget des yâtrâs. Néanmoins, les yâtrâs subsistent, maintenues par la coutume et par la loi. Qui tente de se dérober à une des obligations héréditaires est puni d'une amende et frappé par la caste. Bon gré mal gré, les uns doivent fabriquer le char de procession ; d'autres façonner les masques ; d'autres encore, colorier, danser, officier. C'est un service d'État, et qui tire à conséquence, car la solennité constitue un rite magique, laborieusement combiné à son origine en vue d'un objet précis. La procession de Matsyendra Nâtha, qui passe pour la plus ancienne, amène la pluie de printemps ; sans son action efficace, le ciel refuserait ses eaux à la culture. La yâtrâ de Devî, à Nayakot, a pour but de chasser l' « aoul », la malaria, dans les terres basses, loin du Népal. Le roi Çankara deva de la dynastie Vaiçya institua une yâtrâ annuelle en l'honneur de Nava-Sâgara-Bhagavatî pour apaiser cette déesse effroyable. La forme de la yâtrâ n'est pas immuable ; mais il n'y faut toucher qu'avec précaution. Au xvi siècle, Amara Malla de Katmandou rétablit la danse de Harasiddhi, introduite jadis par Vikramâditya d'Ujjayinî, renouvelée par Vara deva le Thâkuri, et tombée plus tard en désuétude ; mais un des personnages de la danse, l'éléphant, risquait par sa vertu magique de causer une pénurie de grains ; afin de neutraliser cette influence fâcheuse, Amara Malla importa la danse de Mahâ-Lakṣmî de Khokhna. La danse de Kaṅkeçvarî a disparu, par une mesure de prudence analogue : un jour, un des danseurs déguisé en bête fut mangé par Kaṅkeçvarî ; pour déférer au goût que témoignait ainsi la déesse, il aurait fallu désormais lui offrir régulièrement une victime humaine ; il parut plus sage de suspendre *sine die* la pratique du rite.