Pramāṇa · Search · About · API

Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.72

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.72

Language
French

v2.c6.72

Outre les sacrifices, la promenade du char (*ratha-yâtrâ*) est un article régulier du programme des fêtes. Le char, destiné à transporter le dieu et ses acolytes, ou ses représentants humains, est une énorme construction massive en bois. Un assemblage de fortes poutres, longues de trente à quarante pieds, est monté en plate-forme sur des roues de bois épaisses et larges. La plate-forme supporte un échafaudage de dix à quinze mètres. L’ensemble rappelle assez nos chars de mi-carême. L’appareil est traîné à force de bras, sans attelage d’animaux ; sur le long parcours qu’il fournit, il doit résister aux secousses les plus formidables ; le sol alluvial de la vallée est haché de ruisseaux et de rigoles que ne traverse aucun pont, et, à la montée comme à la descente, les berges s’écrasent ou s’éboulent sous le poids du char. Le moindre accroc menace la procession d’un jour de retard, car le char et la divinité doivent nécessairement passer une nuit à des étapes fixes : le soleil vient-il à se coucher sans qu’on ait atteint la halte prescrite, la course du lendemain ne dépassera pas l’étape manquée, si proche qu’elle puisse être. La foule guette avec anxiété les incidents du parcours, prompte à les interpréter comme des présages. Après deux siècles et demi, on raconte encore les aventures de la procession du char, en l’an 1654, sous le règne du mystérieux Siddhi Narasimha, à Patan. Mis en branle sous de fâcheux auspices, le char de Matsyendra Nâtha n'avança le premier jour que d'une porté de flèche ; le lendemain, la marche resta aussi lente. Le septième jour, les roues s'enlisèrent encore ; le huitième, un cahot brusque brisa l'avant. Cinq semaines plus tard, le char poursuivait encore les étapes de son pénible itinéraire, quand la roue droite s'enlisa ; un jour après, l'autre roue se brisa. On procéda toute une journée aux réparations ; le trajet, à peine repris, les deux roues craquèrent en même temps ; nouveau retard. Le char réparé traverse le ruisseau de Nikhu ; la roue droite reste engagée dans le sable ; ensuite, le timon casse. On se décida douloureusement à retirer du char l'image divine, et on la transporta sur un brancard pour la ramener à son domicile. L'inquiétude s'aggrava encore quand on vit transpirer la face d'un des Ganeças. Un sacrifice spécial fut alors offert en vue d'écarter les dangers menaçants.