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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.73

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.73

Language
French

v2.c6.73

La yâtrâ, qui commémore un épisode de l'histoire religieuse ou légendaire, et qui prétend l'évoquer à l'imagination des fidèles, portait un embryon d'art dramatique, que les croyances du tantrisme ont vivifié. Les Tantras, où le Bouddhisme et le Çivaïsme communient, prescrivent des cérémonies brutalement réalistes où les fidèles assemblés adorent un des couples divins sous la figure d'un garçonnet et d'une fillette, consacrés par des opérations préalables. Le mysticisme sexuel qui préside à ces rites équivoques aime à s'exprimer dans les visions troublantes de la chair divinisée. Sous cette inspiration, les yâtrâs ont provoqué au Bengale un renouveau du théâtre indien. Au Népal aussi, elles paraissent s'être transformées de bonne heure en tableaux vivants : la Lâkhyâ-yâtrâ, instituée par Gunakâma deva le Thâkuri pour fêter la victoire du Bouddha sur le tentateur Mâra, représentait les dieux en adoration devant Çâkyamuni triomphant. Aujourd'hui encore, sur l'échafaudage du char de la Mâghî Pûrṇimâ, des personnages truculents figurent les aventures du démon Hiraṇya kaçipu et de son fils Prahlâda, l'un ennemi, l'autre dévot de Viṣṇu. De bonne heure aussi, les Kumârîs, les Vierges qui incarnent les Énergies (çakti) du Tantrisme, ont été représentées par des fillettes, laborieusement choisies pour ce rôle glorieux. A les voir siéger sur leurs trônes, hiératiques et graves, le regard fixe, les traits fardés, chargées de joyaux et d'accoutrements somptueux, la narine enflée d'un orgueil surhumain, belles comme des idoles, enfants par la grâce frêle, femmes par le charme fascinant, on ne s'étonne pas qu'un peuple entier les adore. La charge n'est pas sans profit. La kumârî qui figure à la procession de l'Indrayâtrâ est logée plusieurs années dans un édifice spécial, et reçoit une donation importante. Mais aussi quelle épreuve il lui faut d'abord subir ! On ramasse dans une salle mal éclairée, à la fin du Daçâhra, les têtes sanguinolentes des buffles sacrifiés. C'est là qu'on introduit et qu'on enferme les petites concurrentes, âgées de six à sept ans, et recrutées dans un petit groupe de familles banras. Du dehors on épie leur attitude. La moindre expression de crainte élimine l'enfant ; la vraie kumârî, qui chevauche sur un tigre et fréquente les cimetières, n'a pas peur du sang ni du charnier. La fillette qui tient bon mérite bien de recevoir l'hommage du roi, comme la déesse en personne, et d'être escortée par le sabre de l'État. A l'occasion, Kumârî se sert de ces figurantes pour manifester ses volontés : quand Prithi Narayan, jeune homme encore, vivait en hôte à la cour de Bhatgaon, chez le roi Raṇajit Malla, les deux princes s'assirent côte à côte pour voir défiler la procession de la Vijaya-daçamî. La kumârî, qui devait remettre une fleur au roi, la tendit à Prithi Narayan ; le Bhairava qui l'assistait fit de même. Le suffrage divin désignait les Gourkhas à l'empire.