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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.74

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.74

Language
French

v2.c6.74

Les danses et les cortèges de masques complètent d'ordinaire la procession ; la fantaisie baroque et plutôt effrayante des travestissements rappelle de près les danses diaboliques du chamanisme et du bouddhisme lamaïque. Les acteurs, coiffés de têtes de tigres, d'ours, de lions avec d'abondantes crinières trépignent, bondissent, et crient. Des plates-formes permanentes, construites en maçonnerie et en briques, sur les grandes places, servent de scène à ces divertissements. Un témoin qui connut ces spectacles au temps de leur splendeur, sous les derniers Mallas, en a laissé une description détaillée¹. « Les gens du pays ont l'habitude, à leurs fêtes, de représenter une histoire tirée de leurs livres sacrés ou une comédie satirique, dans laquelle ils tournent en ridicule les manières d'être d'une certaine personne. On représente ces pièces sur une des places publiques ; à cet effet on y a élevé des plates-formes carrées de vingt pieds environ, et hautes d'environ trois pieds. Les spectateurs s'installent sur des nattes qu'ils étendent sur la terre nue des places ou des rues. Ils n'ont ni théâtre, ni mise en scène ; mais si la pièce doit se passer près d'une rivière, ils étendent sur la plate-forme où jouent les acteurs une étoffe où est peinte une rivière ; si elle se passe dans l'intérieur d'une (barcareccia), quelques-uns tiennent alors avec leurs mains quatre ou six branches d'un arbre quelconque ; si elle se passe dans un temple, on pose au milieu une idole ; et ainsi du reste pour le changement de scène. Les acteurs de ces comédies-là ont très peu de récitatif, et au contraire énormément d'action, tellement que le principal acteur ne récite pas, dans une comédie de deux ou trois heures, huit ou dix phrases en diverses scènes ; mais ce sont des chœurs qui chantent le tout, comme dans les comédies grecques ; les Népalais ont au moins deux chœurs dans chaque pièce, et le troisième chœur est formé par le chœur au complet, c'est-à-dire par les deux chœurs ensemble. L'acteur, en deux ou trois vers qu'il récite, exprime, par exemple, une extrême douleur où il se trouve ; les chœurs, alternativement, chantent tristement l'amertume de la douleur, les diverses passions qui sont déterminées par une telle douleur au cœur du personnage, comme d'espérance, d'abandon, de crainte, etc., et ainsi de toutes les autres passions ; et dans le même temps que le chœur chante, l'acteur, du visage, des pieds, des mains, comme en dansant constamment, accorde ses gestes au sens des paroles qui sont chantées. L'orchestre de ces comédies est formé de quelques petits tambours, de trompettes et d'un instrument qui consiste en deux petits vases de métal, qu'on bat l'un contre l'autre selon la note qu'ils donnent, et dans chaque comédie il y a au moins huit paires de ces instruments lesquels bien touchés font un harmonieux carillon : quatre trompettes et trois tambours composent l'orchestre. Le tambour dirige la symphonie, et on le bat avec les mains. »