Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c6.8
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c6.8
- Language
- French
v2.c6.8
La sainteté incomparable du čaitya de Svayambhû le condamnait à subir des réparations fréquentes. Élevé sur le site même où s'épanouissait jadis la fleur de lotus merveilleuse qui portait la divinité (I, 333), le čaitya primitif passe pour l'œuvre de Pračaṇḍa deva; roi du pays de Gauḍa (Bengale), il avait abdiqué pour entrer dans les ordres ; sous le nom de Çântikara bhikṣu, qu'il avait adopté désormais, il vint au Népal adorer Svayambhû. Par-dessus la pierre qui recouvrait l'image miraculeuse, il installa un immense joyau, et le divin Vajrasattva y fora treize conduits pour amener jusqu'à la divinité les offrandes de ses adorateurs. Le bhikṣu royal s'adressa ensuite à l'architecte des dieux, Viçvakarman, et lui demanda d'édifier un čaitya. En ce temps-là, le prédécesseur du Bouddha Çâkyamuni, le Bouddha Kâçyapa vivait encore sur la terre. Le nom du bhikṣu Çântikara se retrouve dans un autre récit du Svayambhû-Purâṇa, associé à l'institution des rites en l'honneur des Nâgas, sous le roi Guṇakâma (v. sup. I, 322). Mais je ne voudrais pas serrer de trop près cette indication, et moins encore m'en autoriser pour dater la fondation du čaitya de Svayambhû. Il ne subsiste pas d'inscriptions antérieures à la fin du xviᵉ siècle ; la première commémore une réparation exécutée en 1593, sous Çiva Simha Malla. Depuis longtemps le zèle religieux des Tibétains semble avoir pris à sa charge l'entretien du monument. En 1639 un Lama de Lhasa fit plaquer de cuivre doré le clocheton avec son soubassement, et fit installer au faîte un parasol doré. En 1751 « année 871 du Nepâla-Samvat, du nom de Prajâpati [dans le cycle de Jupiter], année Kedâ pour les Tibétains, année Simu-u pour les Chinois » un Lama nommé Karmapa « qui avait l'esprit aussi lumineux que le soleil et la lune, vint du Nord pour assurer le bonheur du roi, des fonctionnaires et du peuple », et « à un jour d'heureux augure, il commença la réparation du čaitya que le mal du Kali-Yuga avait rendu inhabitable ». Une longue inscription bilingue, encore dressée sur la plate-forme de Svayambhû, commémore les détails de cette réparation, entreprise avec le concours des dieux Mahâdeva, Gaṇapati, Kumâra, Viṣṇu, et aussi des râjas népalais. Le roi de Katmandou, Jaya Prakâça, avait pris à son compte les réparations ; le roi de Gourkha, le futur conquérant du Népal, Pṛthvî Nârâyaṇa, avait promis de faire hâler jusqu'à pied d'œuvre la poutre maîtresse. Une guerre interrompit le travail qui fut achevé seulement en 1758. Il avait fallu changer la forte pièce de bois qui partait de la base, traversait toute la masse du čaitya et dépassait le faîte. La dépense à cette occasion fut considérable ; on y employa 39 kilogrammes d’or (soit une valeur de 120 000 francs en monnaie actuelle) et presque 3 500 kilogrammes de cuivre. La quantité de musc consommée dans les cérémonies valait 1 000 roupies, somme énorme chez un peuple où la vie moyenne coûte environ une roupie par semaine. En 1816, un violent ouragan jeta bas tout le couronnement du čaitya, et brisa la grande poutre verticale si laborieusement installée en 1758. Les temps du bouddhisme népalais étaient passés. Il fallut attendre jusqu’à 1825 pour recueillir les fonds nécessaires aux réparations. L’importance du désastre imposait une restauration complète ; on dut éventrer l’hémisphère du čaitya, ouvrir la chambre centrale pour en arracher les débris de l’axe brisé. L’occasion était unique pour un archéologue ; l’inspection des menus objets renfermés dans le reliquaire aurait fixé la date de la construction primitive. Personne ne se rencontra qui sût en profiter.
Linked texts (1)
- Svayambhūpurāṇa — Sanskrit