Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.144
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.144
- Language
- French
v2.c7.144
tion d'installer les deux princes Yajña sena et Màdhava sena sur un double trône (*dvairàjya*). Que tous deux à part, ils gouvernent les rives de la Varadâ, au Nord et au Sud, comme l'astre froid et l'astre brûlant se partagent la nuit et le jour ! » Le roi envoie consulter sur ce projet le conseil des ministres, et le chambellan lui rapporte leur réponse : « Le conseil des ministres a les mêmes vues. Partageons entre eux deux la charge du pouvoir, comme le timon entre les chevaux du char, tenus par la même main ; ils resteront, Sire, sous ton autorité, sans en venir jamais à se nuire entre eux ». Le régime de « double-royauté » n'est donc point exactement un consortium, comme le donne à entendre la traduction de M. Bendall : « joint-regency ». C'est un régime bien défini dans la politique hindoue, où deux princes se partagent par moitié un seul état, sans en détruire pourtant l'unité organique. Ce régime semble supposer, comme dans le cas de Màlavikàgnimitra, un pouvoir étranger qui se superpose en modérateur et en suzerain au-dessus des deux princes. L'hégémonie tibétaine ne saurait plus être en question à cette époque ; d'autre part l'histoire de l'Hindoustan nous est mal connue. Il n'est pas impossible que la dynastie des Pâlas, arrivée vers ce moment à son apogée, maîtresse du Gange entre Bénarès et la mer, ait rangé le Népal sous son autorité tout au moins nominale. On s'expliquerait mieux ainsi la présence dans les collections népalaises de manuscrits copiés sous le règne des Pâlas, spécialement de Mahî pâla et de Naya pâla qui occupent la première moitié du xiᵉ siècle. La religion avait dû nouer des rapports étroits et fréquents entre le royaume montagnard et l'empire des plaines. Les Pâlas possédaient la Terre sainte du bouddhisme ; les deux sites saints entre tous, Bodhi-Gayâ et Sarnath (près Bénarès) ont conservé des inscriptions de Mahî pâla. Le couvent de Vikrama çîla, qui avait remplacé Nàlanda comme le foyer du savoir et de la piété bouddhique, s'élevait au milieu du domaine des Pâlas ; parmi les maîtres qui y brillaient au début du xiᵉ siècle, Târanâtha nomme trois Népalais : Ratna kîrti, Vairoćana Paṇḍita et Kanaka śrî. La mission chinoise dite « des trois cents samanéens » (cf. I, 166, note), après avoir visité le Magadha soumis aux Pâlas, s'en retourne par le Népal. La mission tibétaine envoyée à Vikrama śila, vers 1040 J.-C., pour en ramener le savant Atîça, rencontre à la frontière de l'Inde la compagnie d'un prince népalais qui se rendait au même monastère, et fait route avec elle. D'autre part, les savants de l'Inde montent volontiers au Népal : sous Deva pâla (xᵉ siècle), c'est Vajra deva ; arrivé au Népal, il y voit une sorte de mauvaise fée (tirthya-yogini) qui commettait des actes irréguliers ; il compose contre elle un poème de blâme. En retour elle le maudit et il attrape la lèpre ; mais un hymne qu'il écrit en l'honneur d'Avalokiteçvara, le Lokeçvara ćataka, le délivre de cette hideuse maladie¹. Un contemporain d'Atîça, Vâg îçvara Kîrti, magicien et sorcier, passe au Népal la seconde moitié de sa vie, occupé surtout de rites magiques (siddhi)². Sous les successeurs immédiats de Naya Pâla, Pham-mthin avec son frère et Jñâna vajra travaillent au salut des créatures dans le Népal³. Enfin, quand les Musulmans renversent Govinda Pâla et s'emparent du pays de Magadha, en 1197, Buddha śrî du Népal qui avait été le président (sthavira) des Mahâ-sàmghikas au couvent de Vikrama śila et qui avait publié au Népal beaucoup de Pâramitâs et de Mantras, reprend le chemin de sa patrie, escorté de ses disciples; et Ratna rakṣita l'ancien vient bientôt l'y rejoindre⁴.