Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7: Les rois du Népal depuis Amçuvarman jusqu'aux Mallas
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7
- Language
- French
Contents
- v2.c7.134 — 3 parts
- v2.c7.246 — 3 parts
- v2.c7.s1 Dynastie de Nânya Deva — 68 parts
- v2.c7.s2 Royaume de Bhatgaon — 20 parts
- v2.c7.s3 Royaume de Katmandou — 39 parts
- v2.c7.s4 Royaume de Patan — 14 parts
- v2.c7.s5 Prithi Narayan et la dynastie Gourkha — 87 parts
Les rois du Népal depuis Amçuvarman jusqu'aux Mallas
v2.c7.1
[Dynastie Thâkuri. W. V. B.]
v2.c7.2
| 1. | (Amçuvarman | 68 ans. B. V. (W.). |
| | Unghoo Burmah | 42 ans. K. |
| 2. | Krtavarman | 87 ans. B. V. (W.). |
| | Kirtoo Burmah | 18 ans. K. |
| 3. | Bhimârjuna | 93 ans. B. V. (W.). |
| | Bheem Arjoon Deo | 39 ans. K. |
v2.c7.3
∗ W. Vamçâvali bouddhique de Wright. — B. Vamçâvali de Bhagvanlal. — V. Vamçâvali brahmanique (mon manuscrit). — K. Kirkpatrick. — Bd. Vamçâvalis de Bendall (Journ. As. Soc. Beng., 1903).
v2.c7.4
4. { Nanda deva 25 ans. B. » 95 ans. V. (W.). { Nund Deo 13 ans. K.
5. Vira deva 95 ans. B.V. (W.). [5] Seo Deo 16 ans. K.
6. Čandraketu deva B. W.
7. { Narendra deva 98 ans. V. » 7 ans. W. B. [6] { Nurrender Deo 37 ans. K.
8. { Vara deva 8 ans. W. B. Vala deva 23 ans. V. [7] { Bul Deo 17 ans. K.
9. { Čaṅkara deva 12 ans. B. V. W. [8] { Sunker Deo 12 ans. K.
10. Vardhamâna deva 13 ans. B. V. W. [9] Bhem Arjoon Deo (the 2d) 16 ans. K.
11. { Bali deva 13 ans. W. B. » 12 ans. V. • [11] { Sree Bull Deo 16 ans. K.
12. { Jaya deva 15 ans. W. B. V. [10] { Jye Deo 19 ans. K. [12] Condur Deo 27 ans. K. [13] Jye Deo (the 2d) 42 ans 7 m. K. [14] Bul Deo (the 3d) 11 ans. K.
13. { Bâlârjuna deva 17 ans. B. W. V. [15] { Ballunjoon Deo 36 ans 7 m. K. [16] { Ragheeb Deo 63 ans. K. { Râghava deva 46 ans 3 m. Bd. Jaya deva 10 ans. Bd. [17] Seeker Deo 88 ans 6 m. K. [18] Soho Deo 33 ans 9 m. K.
14. { Vikrama deva 12 ans. B. W. V. » 8 ans 9 m. Bd. [19] { Bickrum Deo 1 an. K. [20] { Nurrender Deo 1 an 6 m. K. { Narendra deva 1 an 6 m. Bd.
15. { Guṇakâma deva 51 ans. W. B. » 65 ans 5 m. Bd. Guṇadeva 51 ans. V. [21] { Goonakam Deo 85 ans 6 m. K. [22] { Oodoy Deo 6 ans. K { Udaya deva 5 ans 5 m. Bd. [23] Nurbhoy Deo 7 ans. K.
16. { Bhojadeva 8 ans. W. B. V. [24] { Bhaj Deo Budro 9 ans 7 m. K.
17. { Lakṣmikâma deva 22 ans. W. B. V. » 21 ans. Bd. [25] { Letchmi Camdeo Dutt 21 ans. K.
v2.c7.5
18. { Jayakâma deva 20 ans. W. B. V. [26] { Jye Deb 20 ans. K. { Vijaya 31 ans. Bd.
v2.c7.6
[Thâkuris de Nayakot. W. B. V.]
v2.c7.7
1. { Bhâskara deva W. B. V. 13 ans. V. 3 ans. Bd. { Bhaskur Deo K. [2] Oodoy Deo 7 ans 1 mois. K.
2. { Bala deva W. B. V. 12 ans. V. Bd. [3] { Bul Deo K. 12 ans. V. Bd.
3. { Padma deva W. B. V. 11 ans. V. { Puddiem Deo K. 6 ans. [4] { Pradyumnakâma deva Bd. ?
4. { Nâgârjuna deva W. B. V. 3 ans. V. 2 ans. Bd. [5] { Naug Arjoon. K, 3 ans.
5. { Çaṅkara deva W. B. V. 11 ans. V. 15 ans. Bd. [6] { Sunker Deo K. 17 ans.
v2.c7.8
[Thâkuris de Patan, de la famille d'Amçuvarman. W. B. V.]
v2.c7.9
6. { Vâma deva W. B. V. 3 ans. V. Bd. { Bam Deo K. 3 ans.
7. { Harşa deva W. B. V. 15 ans. V. 14 ans. Bd. { Sree Hurkh Deo K. 16 ans.
8. { Sadâ Çiva deva W. B. V. 21 ans. V. { Seo Deo K. 27 ans 7 mois. { Çiva deva Bd. 27 ans 5 mois. [9] { Indro deo K. 12 ans. { Indra deva Bd. 12 ans.
9. { Mâna deva W. B. V. Bd. 10 ans. 4 ans 7 mois. Bd. [10] { Maun Deo K. 4 ans 7 mois.
10. { Nara simha deva W. B. V. 22 ans. [11] { Nurrender Deo K. 6 ans 4 mois.
11. { Nanda deva W. B. V. 21 ans. { Ânanda deva Bd. 20 ans.
12. { Rudra deva W. B. V. Bd. 19 ans. B. V. 7 ans. W. 8 ans 1 mois. Bd. { Rudro Deo K. 80 ans.
13. { Mitra deva W. B. V. 21 ans. { Amṛta deva Bd. 3 ans 11 mois. { Omret Deo K. 3 ans 11 mois. (Rudra deva.) [14] { Someçvara deva Bd. 4 ans 3 mois. { Soomeesur Deo K. 6 ans 3 mois.
v2.c7.10
| [15] | Guṇakāma deva Bd. (Lakṣmikāma deva) | 3 ans. |
| [16] | Vijaya kāma deva Bd. (Buz Caum Deo) | 17 ans. ? |
v2.c7.11
Le successeur de Çivadeva, Aṃçuvarman, est parmi les rois anciens du Népal l'enfant gâté de la fortune. Il est monté sur le trône sans y être appelé par la naissance : il a fondé une dynastie, il a introduit une ère nouvelle; les Chinois ont enregistré son nom, les Tibétains l'ont associé à leurs légendes. Au témoignage des Vaṃçavalis (sauf Kirkpatrick), Aṃçuvarman était le gendre de son prédécesseur; il quitta le palais de Deo Patan que Çivadeva le Liččhavi avait élevé, et transporta sa résidence à Madhyalakhu, un peu plus au Sud; il y éleva un grand « darbar » avec des cours (čauka) ravissantes; il y fit aussi construire des maisons pour ses ministres et ses fonctionnaires. Il était vigoureux, actif, redouté, infatigable à la poursuite des fins humaines¹. Il s'en fut à Prayāga-tīrtha, et décida le Bhairava local, Prayāga-Bhairava, à le suivre et à demeurer auprès de son palais; en récompense il lui attribua une offrande de viande par an. Les dieux, qui jusqu'alors se montraient aux yeux des mortels, cessèrent après son règne de se manifester sous leur forme réelle. Les Vaṃçavalis de Wright et de Bhagvanlal placent son avènement en l'an 3 000 du Kaliyuga (101 av. J.-C.).
v2.c7.12
¹ Le texte parbatiya de la Vaṃçavali de Bhagvanlal, tel qu'il est cité dans son article (p. 44, n. 35) est exactement identique au texte de ma Vaṃçavali brahmanique (V.) sur Aṃçuvarman.
v2.c7.13
L'épigraphie nous permet de suivre la carrière d'Aṃçuvarman. Il paraît d'abord dans les inscriptions de Çivadeva, en 518, 519, et 520 S., comme « le grand marquis » conseiller privilégié et dispensateur unique des faveurs royales; le panégyrique des mâles vertus du ministre, savamment greffé sur l'éloge officiel du roi, y prend un air de menace.
v2.c7.14
Sous le maire du palais, l'usurpateur perce déjà: Amçuvarman a vaincu d'innombrables ennemis: il est le héros; il a le *pratâpa*, ce rayonnement éblouissant de majesté qui est la marque de la personne royale. Avec les inscriptions de Harigaon, la révolution est accomplie. Çivadeva a disparu; Amçuvarman seul occupe la scène. Il a déserté, comme l'indiquent exactement les Vamçavalis, le vieux palais de Mânagṛha consacré par le souvenir des Liččhavis; il s'est établi à Kailâsa-kūṭa, le Madhya-lakhu des chroniqueurs, et c'est là qu'il organise sa cour. Cependant il n'a pas pris encore le titre royal; il continue à se désigner comme le grand marquis; c'est seulement en l'an 39 qu'il laisse tomber ce titre, mais sans oser s'en attribuer un autre; il est simplement Çry-Amçuvarman, avec la plus banale des appellations honorifiques (*çrī*). Il reçoit pour la première fois, dans les documents qui nous sont connus, le titre majestueux de *mahārājādhirāja* dans une inscription du roi Jiṣṇugupta datée de l'an 48. La gêne d'une position mal définie se trahit encore à d'autres détails de protocole. Çivadeva, comme ses prédécesseurs, déclarait au début de ses inscriptions que « son père adoré le suivait de sa pensée » et affirmait par cette formule ses droits de naissance sur le trône qu'il occupait. Amçuvarman n'ose pas tout d'abord employer cette formule, quand le souvenir du coup d'état est encore trop proche, mais il l'adapte par une légère modification. Il substitue au père dont il ne peut se réclamer un personnage plus considérable et dont l'autorité suffit à couvrir tout : « le saint Paçupati, le souverain », c'est ce dieu qui veille sur Amçuvarman. Le père n'intervient qu'au second plan, dans l'expression: *bappa-pāda-parigṛhita* remarquable par la précision de la nuance. Le verbe *pari-grah*, tiré de la racine *grah* « prendre » s'applique à l'introduction solennelle et légale d'une personne étrangère dans la famille, dans la maison, etc... Si Amçuvarman a, comme l'indiquent les Vamçâvalîs, épousé la fille de Çivadeva qui n'avait point de fils, il est entré par une sorte d'adoption en qualité de beau-fils dans la famille royale. Tandis que la femme suit d'ordinaire le mari, ici le mari a suivi la femme pour s'élever au trône. Au reste Amçuvarman se débarrasse bien vite de cette formule compromettante ; à partir de l'an 32 peut-être, de l'an 34 certainement, il n'emploie plus que le libellé banal, reproduit fidèlement dans la suite par tous ses successeurs : *bhagavat-Paçupati-bhaṭṭāraka-pādānugṛhita bappa-pādānudhyāta*. « Le saint Paçupati le favorise ; son père adoré le suit de sa pensée. » Un exercice assez long du pouvoir a, dès l'an 34, transformé l'occupation en possession légitime.
v2.c7.15
Le panégyrique d'Amçuvarman subit à travers ses inscriptions des oscillations du même genre. Maire du palais, il étale pompeusement ses louanges en concurrence avec le roi, et il exalte par l'office des scribes ses vertus militaires et ses victoires éclatantes ; maître du pouvoir il change de ton et proclame que le nouveau régime, c'est la paix : « Son activité ne se plaît qu'au bien d'autrui ». Passé l'an 30, l'éloge disparaît du protocole ; mais, encore en l'an 32, dans un vers postiche attaché en queue à l'inscription, Amçuvarman proteste à nouveau de ses préoccupations sociales : « Mon cœur purifié n'a d'autre ambition que le bien du peuple... Comment mon peuple pourrait-il être heureux? me dis-je... » L'éloge ne reparaît plus à sa place propre qu'en 39 ; mais le personnage a une fois encore changé de peau. Amçuvarman se présente à la postérité comme un érudit et comme un philosophe : « Il a passé ses jours et ses nuits sur un grand nombre de traités techniques (*çāstras*), il a réfléchi sur leur sens, et il a ruiné les doctrines d'erreur. » L'éloge, pour inattendu qu'il est, semble mérité cependant. Hiouen-tsang, qui passa près du Népal au temps d'Amçuvarman, avait entendu vanter ce prince « qui se distinguait par la solidité de son savoir et la sagacité de son esprit. Il avait composé lui-même un Traité sur la connaissance des sons (*Çabdavidyâçâstra*); il estimait la science et respectait la vertu. Sa réputation s'était répandue en tous lieux¹ ». Les pandits de Bhatgaon, au temps de Kirkpatrick, conservaient encore une tradition qui « datait l'introduction de la première grammaire sanscrite au Népal du temps d'Unghoo Burmah (Amçuvarman) de la postérité de Pussoopûsh Deo »². Les recherches que j'ai poursuivies pour retrouver la Grammaire d'Amçuvarman sont restées jusqu'ici sans résultat; la tradition même consignée en 1793 par Kirkpatrick semble entièrement tombée dans l'oubli. Les inscriptions d'Amçuvarman semblent porter la trace manifeste des préoccupations grammaticales du roi. Avant Amçuvarman, les Liččhavis ont pour pratique constante de redoubler la consonne qui suit immédiatement la lettre *r* soit à l'intérieur du même mot, soit à la rencontre de deux mots. Pânini (VIII, 4, 46) enseigne que cette pratique est facultative; elle est cependant suivie le plus souvent dans les textes épigraphiques. Amçuvarman, au contraire, s'abstient constamment dans ce cas de redoubler la consonne en combinaison. Le changement apparaît dans son nom même. Çivadeva le Liččhavi écrit Amçuvarmman avec une *m* redoublée: Amçuvarman, dans ses chartes, écrit Amçuvarman avec une *m* simple. Son successeur, Jiṣṇu Gupta demeure fidèle à cette graphie ; mais les simples particuliers restent attachés par négligence ou par routine à l'usage ancien. Dans une inscription datée des dernières années d'Amçuvarman, mais qui commémore une fondation privée, le nom du roi est écrit Amçuvarmman avec l'*m* double, comme aussi le nom du donateur, Vibhuvarmman.
v2.c7.16
¹ Mémoires, I, 408. — La mention du *Çabda-vidyâ-sûtra* d'Amçuvarman dans *Vie et Voyages de Hiouen-Thsang*, p. 50, est une addition purement arbitraire de St. Julien; le texte désigne simplement le *Çabda-vidyâ-çâstra* en général, *çâstra* et non pas *sûtra*, qui est une faute d'inadvertance; Julien transcrit lui-même l'expression chinoise *Ching ming-lun*.
v2.c7.17
² KIRKPATRICK, p. 220. — La graphie *Unghoo Burmah* de Kirkpatrick prouve que ses informateurs se fondaient sur une tradition écrite, et de date ancienne. La confusion des lettres *çu* et *gu*, impossible dans l'écriture népalaise moderne, est au contraire difficile à éviter dans l'écriture ancienne. (Cf. l'erreur exactement parallèle que j'ai dénoncée: *gomin* lu *çvâmin* par M. Bendall).
v2.c7.18
La première inscription personnelle d'Amçuvarman, en l'an 30, le montre sans doute au lendemain de son avènement, réclamé par l'organisation de sa cour ; c'est le moment où il installe son personnnel à l'entour du palais neuf. Le site, que les Vamçâvalīs appellent Madhyalakhu, porte dans les inscriptions le nom de Kailâsa-kūṭa « la cime du Kailâsa » par allusion à la montagne où Çiva aime à résider, sur le haut plateau tibétain, vers les sources de l'Indus. Ce nom de Kailâsa-kūṭa reste encore attaché à une butte située au Nord et juste au-dessus du temple de Paçupati. Harigaon, où j'ai trouvé cette inscription dressée contre une chapelle, avec l'inscription de l'an 32 qui lui fait pendant, est situé à l'Ouest de Paçupati, séparé par le « Ruisseau des Blanchisseurs » (*Dhobi Khola*) du plateau qui porte Deo Patan, la ville de Paçupati, et qui retombe en pente abrupte à l'Est sur la Bagmati. Madhyalakhu, d'après Wright, est situé sur la route au Sud de Deo Patan ; pour ma part, je n'ai pas réussi à m'en faire désigner l'emplacement. Dans tous les cas, la nouvelle résidence royale était, soit au Nord, soit au Sud, soit à l'Ouest, dans le voisinage immédiat de Deo Patan, la capitale de Çivadeva et dans le voisinage immédiat du palais des Liččhavis, Mânagṛha, puisqu'une des portes indiquées dans la répartition d'Amçuvarman est appelée « la porte de Mâna-gṛha ».
v2.c7.19
L'inscription, en assez bon état, a cependant souffert un peu : elle règle un certain nombre de donations, mais l'énoncé des circonstances manque. Il apparaît qu'Amçuvarman institue des *jagirs* en faveur de ceux qui ont à des titres divers concouru à son sacre : le temple de la déesse Saṣṭhī, une des formes de Durgā, l'inspecteur général des armées, le préfet des donations, les éléphants du sacre, le cheval du sacre, le porteur de l'émouchoir, le porte-bannière, l'ouvrier de l'eau, le surveillant des *pīṭhas*, le porteur du Puṣpapatāka, le sonneur de conque, la balayeuse même, les portes, la grande rue reçoivent une somme, à litre de rente sans doute, évaluée en *pu* et *pa*, probablement en purāṇas et en paṇas.
v2.c7.20
La seconde charte, de l'an 32, attribue des donations à des institutions et des organisations religieuses, et aussi à des individus. Elle présente un tableau intéressant du Népal religieux au cours du VIIe siècle quand le Çivaïsme et le bouddhisme se partageaient sans se les disputer les faveurs royales. Paçupati occupe la place d'honneur, mais son *jagir* ne dépasse point les autres ; derrière lui vient Dolā-çekhara-svāmin, le dieu de Changu Narayan. Puis les couvents bouddhiques, en tête le Gum-vihāra, nom névar du Maṇi-çaitya situé à l'extérieur de la ville de Sanku ; le Māna-vihāra, probablement le couvent fondé par Mānadeva ; le Kharjurikā-vihāra, et à leur suite les couvents de moindre importance, qui ne sont pas désignés nommément et qui reçoivent trois fois moins que les premiers. Les temples secondaires viennent après les vihāras de second ordre et sont traités comme eux : le Rāmeçvara, le Hamsagṛhadeva, le Māneçvara, le Sâmbapura, le Vāgvatī-pāra-deva, le Parvateçvara, le Narasimhadeva, le Kailāseçvara, le Jalaçayana de Bhumḷakkikā reçoivent chacun 3 pu(rāṇas) et 1 pa(ṇa). Les autres temples des dieux (*devakula*) ne reçoivent que 2 purāṇas et 2 paṇas. Enfin l'édit se termine par quelques attributions peu claires : Bhaṭṭāraka-pādāḥ, la confrérie (Pāñcālī) de Sapelâ (?), la confrérie en général, un des serviteurs du palais, les gauṣṭhikas, les serviteurs en général.
v2.c7.21
De l’an 34, il reste deux chartes; l’une du mois de jyaiṣṭha (Bendall, 2), se trouve à Palan; elle attribue à la confrérie (pāñcālikās) du village de Mâtiṅ les revenus de plusieurs terrains pour être affectés à l’entretien d’un édifice, un temple, sans doute, qu’Aṃçuvarman a fait restaurer et qui était construit en briques et en bois; il avait fallu en remplacer les portes, les panneaux, les fenêtres. Aṃçuvarman confie l’exécution de son ordre à Vindusvâmin, l’inspecteur général de l’armée. L’autre inscription de l’an 34 est datée du mois de pauṣa (Bhagv. 6); elle a été trouvée à Bugmatī, la petite bourgade qui passe pour le berceau de Matsyendra Nâtha (en névar : Bug) et qui garde six mois par an l’image du dieu en dépôt. La teneur de l’édit est à peu près indéchiffrable. Le délégué du roi paraît être un fonctionnaire du nom de Vikramasena. Un kṣatriya (rājaputra) de ce nom est désigné comme délégué royal dans une charte mutilée de l’an 535, postérieure de dix-sept ans à la charte de Bugmatī.
v2.c7.22
La première des deux inscriptions de l’an 34 marque un nouveau progrès de l’autorité d’Aṃçuvarman. Çivadeva, son prédécesseur, introduisait, selon l’usage consacré, à la fin de ses donations une prière et une menace : « Qu’on le sache et que désormais personne entre ceux qui vivent de mes faveurs ou tout autre n’agisse autrement. Et si quelqu’un au mépris de cet ordre agit ou fait agir autrement, je ne le supporterai absolument pas. Et les rois qui viendront après moi, respectueux de la loi et attachés aux faveurs accordées par leurs prédécesseurs royaux devront observer exactement cet ordre » (Bendall, 1). Aṃçuvarman, dans son premier édit de l’an 30 se contente de faire appel à la fidélité de ses fonctionnaires et des rois à venir; en 32, il supprime même cet appel. Mais en 34 il reprend avec des variations insignifiantes de détail la formule de conclusion de Çivadeva; la seule différence qui vaille d’être signalée
v2.c7.23
Mahârâja Bir Sham Sher Jang Rana Bahadur.
v2.c7.24
est la substitution de la première personne du pluriel « Nous » (vayam) au singulier « Moi » (aham) qu’employait Çivadeva.
v2.c7.25
Le dernier édit d’Amçuvarman daté de l’an 39 (Bhagv. 7)
v2.c7.26
étend et développe cette formule. Cet édit, qui se trouve à Deo Patan, près du temple de Paçupati, confie à la confrérie d’Adhaḥçâlâ (Adhaḥçâlâ-pâñcâlikebhyaḥ) la surveillance de trois lingas, le Çûrabhogeçvara dédié à Paçupati par Bhogadevî, sœur d’Amçuvarman et mère de Bhogavarman, au profit des mérites de Çûrasena, époux de Bhogadevî; le Laḍitamaheçvara fondé par Bhâgyadevî, fille de Bhogadevî et nièce d’Amçuvarman; le Dakṣiṇeçvara fondé par les ancêtres de Bhogadevî. L’édit s’adresse aux vṛttibhujaḥ, tant présents qu’à venir, du paçimâdhikaraṇa, l’adhikaraṇa ou le ressort de l’Ouest; les vṛttibhujaḥ sont probablement les propriétaires féodaux qui jouissent (bhuj) des revenus du territoire donné en fief, identiques aux vârttas et aussi aux vṛttiyas du Népal moderne. Enfin le délégué royal est le yuvarâja, l’héritier présomptif, Udayadeva.
v2.c7.27
La dernière inscription du temps d’Amçuvarman émane d’un particulier; elle se trouve à Katmandou (Bhagv. 8). La date en est douteuse; le signe de 40 y est net, mais l’unité qui suit est indistincte. Bhagvanlal l’interprétait conjecturalement comme un 5; M. Fleet est tenté d’y voir un 4. « Par la faveur de Çry-Amçuvarman, le vârtta Vibhuvarman a fait faire cette conduite d’eau au profit des mérites de son père. »
v2.c7.28
Comme les inscriptions, les monnaies attestent la puissance d’Amçuvarman. Le premier des rois du Népal, il marque à son nom les pièces qu’il frappe. Il en subsiste plusieurs types, décrits par Cunningham. Le diamètre est d’environ 0,025 millimètres; le poids, très irrégulier, de 11 grammes à 16,20. L’emblème, constant, est une sorte de griffon ailé, tourné à sa droite propre, une patte d’avant relevée dans l’attitude de la marche; sur le champ, la légende Çry-Amçuvarma ou Çry-Amçoḥ. Au revers, tantôt le même lion avec un croissant de lune au-dessus de la tête ; tantôt un soleil radié avec la légende : *mahārājādhirājasya*. Peut-être convient-il de voir ici une allusion au nom du roi, qui contient le mot *amçu* « rayon ». En fait la légende, sur cette monnaie, occupe exactement autour du disque solaire la place qui, sur certains coins de Paçupati, est occupée par le prolongement des rayons solaires. Sur une autre série, le revers porte une vache tournée à sa droite propre avec une légende qui a été lue jusqu'ici : *kāma dehi* ou (Bendall :) *kāmam dehi*. Mais, d'une part l'anusvāra manque nettement sur les fac-similés publiés, et cette sorte de prière : « donne le désir ! » n'est guère justifiable ni par des analogies ni par des raisons. Il paraît plus naturel d'y chercher une désignation de la vache d'abondance, couramment appelée Kâma-dugh, « qui se laisse traire tout ce qu'on souhaite¹ ».
v2.c7.29
¹ M. RAPSON (*Indian Coins*, pl. V) lit *kāmadehī*, qui pourrait être un féminin (irrégulier) de *kāma-deha*, composé susceptible de plusieurs sens, entre autres : « qui est le corps du désir », « qui a dans son corps tous les désirs [réalisés] », une très légère modification donnerait la lecture *kāmadohī*, formation parallèle à *Kāma-dugh*, *-dohī* étant un féminin irrégulier de *doha* en composition.
v2.c7.30
La distribution des inscriptions d'Amçuvarman, à Katmandou, à Patan, à Deo Patan, à Bugmati démontre que ce prince exerçait sa souveraineté sur le centre même du Népal; la charte qui réglemente l'entretien des lingas élevés par sa sœur et sa nièce à Paçupati, et qui est adressée aux *vṛttibhujaḥ* du ressort occidental donne à croire que le pouvoir d'Amçuvarman s'étendait assez loin à l'Est; du point de vue de la vallée même, Paçupati est certainement situé plutôt dans la partie orientale du Népal. Une indication de la Vamçavali semble bien confirmer cette supposition : « Amçuvarman s'en fut à Prayâga-tîrtha et persuada à Prayâga-Bhairava de l'accompagner au Népal ». Wright ajoute, à tort, que le Prayâga-tîrtha est le confluent du Gange, de la Jumna et de la Sarasvatî, Prayâga étant le nom hindou de la moderne Allahabad. En fait, le Népal possède un tîrtha du nom de Prayâga; il est situé à l'E.-S.-E. de la grande vallée, près de la ville de Panâvatî, dans une vallée écartée, à deux lieues S. de Banepa, à trois lieues S.-E. de Bhatgaon. Le mont Namobuddha, que la légende locale désigne comme la scène du Vyâghrî-jâtaka, est au-dessus de Panâvatî. D'après la tradition, l'ancien nom de cette région était Pâñcâla-deça, le pays de Pâñcâla¹. Amçuvarman aurait donc soumis à son pouvoir cette région reculée, et pour la rattacher plus étroitement au Népal propre, il aurait transporté dans son palais la divinité locale; c'est la méthode romaine renouvelée dans l'Himalaya.
v2.c7.31
¹ WRIGHT, p. 163.
v2.c7.32
Immédiatement avant le règne d'Amçuvarman, les Vamçâvalis indiquent une époque de troubles : Vikramâditya d'Ujjayinî conquiert le Népal et y introduit son ère. Les chroniqueurs népalais interprètent donc les dates d'Amçuvarman à l'aide du Vikrama-samvat; d'après leur système, Amçuvarman aurait régné vers l'an 30 et 40 de cette ère, soit une dizaine d'années avant la naissance du Christ. Une autre doctrine paraît avoir interprété les dates de ses édits d'après la méthode du Loka-kâla, qui omet les chiffres supérieurs aux dizaines et se contente de dénombrer les années à l'intérieur de chaque siècle; le 0 de l'ère employée par Amçuvarman a été tenu pour identique avec le 0 du xxxᵉ siècle du Kali-Yuga. Amçuvarman serait monté sur le trône en 3000 K.Y., soit en 101 avant J.-C. Entre deux systèmes qui comportent un écart d'un siècle, l'accord semble être plus que suffisant à des chronologistes hindous. Sans parler de toutes les raisons qui s'opposent à ces fantaisies, le témoignage de Hiouentsang est décisif ; Amçuvarman appartient, à peu de chose près, à la même époque que le voyageur chinois, c'est-à-dire à la première moitié du VIIe siècle. Justement, au début de ce siècle, l'empereur de l'Hindoustan Harşa Vardhana Çilâditya fonde une ère qui part de 605/606 J.-C. Il a paru naturel et nécessaire à Bhagvanlal de ramener les dates d'Amçuvarman à l'ère de Harşa. M. Bühler a cru trouver une preuve positive à l'appui de cette thèse dans un passage du Harşa-carita où Bâna, jouant sur les mérites divins de son héros, s'exprime ainsi : *atra parameçvarena tuşâracailabhuvo durgâyâ grhîtah karah*. La phrase, comme il convient, a un double sens ; elle signifie : 1° « En lui le seigneur suprême (Çiva) a pris la main de Durgâ (son épouse) fille du Mont-aux-Neiges (Himâlaya). » — 2° « En lui un seigneur suzerain a pris l'impôt de la région inaccessible des montagnes neigeuses. » M. Bühler, avec son ingéniosité de pandit, reconnaissait dans ce trait une allusion évidente à la conquête du Népal par Harşa¹. J'avoue que l'allusion me paraît manquer de transparence ; un artiste en équivoque tel que Bâna aurait su marquer son intention par des traits moins vagues ; aucun détail n'évoque ici le Népal. Le terme *tuşâra* me semble au contraire introduit ici à dessein pour préciser le jeu d'esprit ; *tuşâra* est identique à *tukhâra* ; les deux lettres *şa* et *kha* s'emploient constamment l'une pour l'autre, et les théoriciens posent en principe leur identité absolue dans les jeux de mots. Au second sens, la phrase signifie donc que Harşa a reçu l'impôt de la terre montagneuse et inaccessible où vivent les Tukhâras, les Turcs, autrement dit de l'Hindou-Kouch. Les Tukhâras avaient fondé des royaumes durables sur la frontière Nord-Ouest de l'Inde ; les religieux du Tukhâra avaient, au VIIe siècle, un couvent particulier dans le voisinage de Mahâbodhi, au cœur des états de Harṣa¹. Une concession de ce genre, accordée à un état étranger, n'allait pas sans une sorte de redevance que les panégyristes avaient beau jeu de transformer en tribut. J'ai déjà signalé un cas analogue dans l'histoire de l'Inde: quand le roi de Ceylan obtint de Samudra Gupta un terrain, à Mahâbodhi également, pour élever un couvent destiné aux moines singhalais, Ceylan fut enregistré parmi les tributaires de l'empire Gupta².
v2.c7.33
¹ *Ind. Antiq.*, XIX, p. 40. Le passage se trouve dans l'édition du Nirnaya-Sagar, p. 101 ; cf. trad. Thomas, p. 76.
v2.c7.34
¹ I-TSING, Les Religieux Éminents, p. 80.
v2.c7.35
² Les missions de Wang Hiuen-ts'e, dans le Journ. Asiat., 1900, I, p. 406.
v2.c7.36
Tandis que Harṣa Vardhana tenu en échec au Nord-Ouest par les barbares que l'Inde désignait sous le nom collectif de Hûṇas, au Sud par le Calukya Pulikeçi, souverain du Dekkhan, fondait dans l'Hindoustan, du Guzerate au Bengale, un empire éphémère qui ne devait pas même lui survivre, une nation nouvelle se constituait soudainement sur les hauts plateaux adossés au Nord de l'Himalaya, sur la frontière même du Népal, et du même coup l'équilibre séculaire de l'Asie Orientale était ébranlé et rompu. Tournés vers l'Inde depuis leur migration dans les vallées méridionales, instruits, organisés, policés par l'Inde, à demi introduits dans le monde hindou, les Névars du pays népalais avaient oublié sans doute leurs frères lointains, restés fidèles aux alpages rudes d'outre-monts, à la vie nomade des pasteurs dans les solitudes glacées, au culte des esprits malveillants et des fétiches grossiers. Deux barbares de génie suffirent pour tirer en cinquante ans de ce bétail humain une armée formidable qui mit en péril l'Inde et la Chine, et un clergé instruit qui devait offrir à la science bouddhique un suprême asile. Les Chinois qui eurent en particulier tant à souffrir de ces nouveaux-venus ont noté avec soin les étapes de leur formation¹. Sous la dynastie des Soei, dans la période nommée K'ai-hoang, entre 581 et 600², un chef du nom de Loun-tsan so-loung-tsan (Srong tsan) qui habitait à l'Ouest du Tsang-ko (partie du Sse-tch'oan, du Koei-tcheou, du Koang-si et du Hou-koang) réunit en un royaume les clans dispersés, fixa la population dans des villes, et donna à ses sujets le nom de T'ou-p'o, transformé plus tard en T'ou-fan par une fausse prononciation. Dans la langue indigène, toutefois, le nom du pays est Bod-(yul) « (pays de) Bod » et c'est ce nom que le sanscrit reproduit sous la forme Bhota ou Bhotta, qui se rencontre pour la première fois dans une inscription de Çivadeva datée samvat 119 (Bhagv. n° 12, l. 16). Par une ligne d'intermédiaires encore douteux, les Européens ont altéré ce nom en Tibet. Le premier roi du Tibet étendit son pouvoir vers le Sud-Ouest jusqu'au pays de Po-lo-men, le pays des Brahmanes ou l'Inde; au commencement de la dynastie des T'ang (vers 620), il disposait de 100 000 soldats.
v2.c7.37
¹ MA TOAN-LIN, chap. 334. — Annales des T'ang, ch. 256 et 257. Cette section des Annales a été traduite et annotée excellemment par M. BUSHELL dans le Journ. Roy. As. Soc., new ser., XII, 435 sqq. — Description du Tubet, traduite par KLAPROTH dans le Nouveau Journ. Asiat., 1829, 2, 81-158; 241-324.
v2.c7.38
² KLAPROTH, dans l'article cité, donne par erreur comme date « vers 630 ».
v2.c7.39
La tradition tibétaine³ donne à ce personnage le nom de gNam-ri Srong-btsan; ce prince aurait conquis le pays de Gru-gu qui touche à l'Inde et aussi le gNa-zhur occidental; dès son règne, le Tibet aurait reçu de la Chine les rudiments de la médecine et de l'astrologie. Mais si grand qu'eût été le fondateur de l'empire tibétain, sa gloire allait être éclipsée ; son fils et son héritier devait être le Clovis et le Charlemagne du Tibet. Les Chinois l'appellent Tch'i-tsoung loung-tsan ; les Tibétains Srong-btsan sgam-po. Les chroniques tibétaines s'accordent à fixer sa naissance en 618, son avènement en 629 et sa mort en 698 ; mais les annales des T'ang, sur la foi des documents officiels, enregistrent sa mort en l'an 650. L'exactitude ordinaire des historiens chinois est encore ici confirmée par le témoignage d'I-tsing et par d'autres preuves ; les dates tibétaines sont à rejeter. Srong-btsan sgam-po passe pour une incarnation du Bodhisattva Padmapāṇi. Dès le début de son règne il envoya dans l'Inde une mission de seize personnes sous les ordres de Thon-mi a-nu, pour y étudier les secrets de l'écriture ; la mission se rendit au Cachemire, y reçut les leçons du brahmane Li-byin (Lipikāra? « le scribe ») et du Pandit Lha-rig-pa seng-ge-sgra (Devavidyā-siṃha-nāda?) et rapporta au Tibet comme le plus précieux des butins un alphabet qui reproduisait à peu près l'écriture en cours dans l'Inde du Nord et qui s'adaptait cependant à la notation la plus délicate des sons tibétains. Une fois maître de l'écriture, le barbare se crut le maître du monde, et l'événement sembla confirmer sa confiance naïve. Il conquit tour à tour le rTsa et le Shing à l'Est, le bLo-vo et le Zhang-zhung au Sud, le Hor au Nord ; ses domaines couvraient le Tibet entier, le bassin du Koukou-nor, les marches occidentales de la Chine, l'Assam et le Népal. « Il dominait sur la moitié du Jambudvīpa.' » Il résolut de consolider son pouvoir par des alliances de haut rang ; il brigua la main, dans l'Inde, d'une princesse népalaise, en Chine d'une princesse impériale. Thon-mi a-nu, surnommé Sambhoṭa, qui avait déjà fait ses preuves, fut chargé de se rendre auprès du roi du Népal, qui portait le titre de Devahla, et le nom de « Rayon-armure ». J'ai déjà démontré, dans un travail précédent, que ce prince est indubitablement Amçuvarman¹. Le Bodhimör mongol ajoute que la résidence de ce prince s'appelait Erdenin Dvîp, qui équivaut au sanscrit Ratna-dvîpa, et que le palais portait le nom de Ku kum gLu². L'envoyé de Srong-btsan sgam-po apportait en présent au roi du Népal « un casque merveilleux orné de pierres précieuses » qui semble faire allusion au sens du nom d'Amçuvarman « le casque de lumière »³. La princesse qu'il venait demander en mariage avait alors seize ans⁴ ; « son teint était pur, les traits de son visage annonçaient une destinée merveilleuse ; elle était d'une vertu parfaite et d'une grande beauté ; la correction de toute sa personne ne laissait rien à désirer ; sa bouche exhalait le parfum du lotus bleu ; elle dominait par sa gravité et sa grâce⁵. » Son nom était Lha-gcig (la princesse) Bribtsun⁶. Sa naissance même était miraculeuse. « Quand Chutuktu Niduler Usektschi reconnut que le temps était venu où les créatures qui respiraient dans le royaume des Neiges, au Töböt, allaient se convertir, il émit de sa personne quatre rayons. Le rayon sorti de son œil droit alla au royaume de Balbo (Népal) et il remplit tout ce royaume d’une lumière qui illumina par-dessus tout le roi de ce royaume appelé Devahla et aussi son palais. Et là-dessus l’épouse du roi devint enceinte¹. » Srong-btsan sgam-po était né, lui aussi, d’un de ces rayons ; et les deux autres s’incarnèrent dans Thon-mi Sambhoṭa et dans la princesse chinoise.
v2.c7.40
³ EMIL SCHLAGINTWEIT, Die Könige von Tibet (traduction du Rgyal-rabs) dans Abhandl. d. K. bayer. Akad. d. Wiss., 1866. — KÖPPEN, Buddhismus, II, 47 sqq. — Cf. aussi Alphabetum Tibetanum, p. 298 sqq.
v2.c7.41
¹ *Geschichte der Ost-Mongolen und ihres Fürstenhauses verfasst von Ssanang-ssetsen Chungtaidschi der Ordus*, traduit par J.J.-J. SCHMIDT, Pétersbourg, 1829, p. 328 : « Ses ministres entrèrent en relations à l'Est avec les Chinois et les Miñak (Tangoutes), au Sud avec l'Hindoustan, à l'Ouest avec Balbo (Népal) et au Nord avec les Hor et les Gugi ».
v2.c7.42
¹ Note sur la Chronologie du Népal, p. 12. — Ssanang-ssetsen rend ce nom par Gerelün-Chujak [gerel == lumière].
v2.c7.43
² J.-J. SCHMIDT, p. 335. Le mot gLu traduit régulièrement le sanscrit Nâga ; cf. sup. 1, 54.
v2.c7.44
³ Telle est la traduction qu'en donne Hiouen-tsang.
v2.c7.45
⁴ Elle était née en 624 d'après la tradition tibétaine, qui place son mariage en 639.
v2.c7.46
⁵ Je donne ici la traduction du passage de Ssanang-ssetsen d'après une version chinoise de cet auteur que feu M. DEVÉRIA avait eu la bonté de me communiquer.
v2.c7.47
⁶ GEORGI (p. 298) l'appelle « Lha-ci-thrit-zuns, filiam Sama-briscio regis Jangbu tibetice, Kathmandu indostanice ».
v2.c7.48
¹ D’après un document rapporté par Bogle et publié par M. Cl. MARKHAM (Tibet, p. 343) « la Rani du Raja Niwar du Népal » s’appelait « Dewa-lhaha- Maho-ye-ser » (peut-être Moho-ye-ses = Mahàprajnâ = Târa) et la princesse « Pálmosáthi-chun ».
v2.c7.49
Le Tibétain avait au service de sa diplomatie matrimoniale des arguments trop pressants pour craindre un refus. Amçuvarman accueillit sa demande et lui accorda sa fille ; il n’avait pas l’intransigeance farouche des Rajpoutes de Chitor, si chers aux légendes hindoues, et qui aimèrent mieux s’ensevelir sous les ruines de leur ville plutôt que de céder une fille de leur caste à un prince étranger. Pour adoucir l’amertume de cette mésalliance, il put tout au moins feindre de croire aux inventions complaisantes des généalogistes qui rattachaient la dynastie tibétaine soit aux Liččhavis, soit aux Çâkyas des montagnes, soit encore aux rois de Magadha et de Pañčâla². Les Liččhavis du Népal, et leur allié Amçuvarman, auraient eu mauvaise grâce à protester contre la greffe d’un nouveau rameau sur un tronc chargé déjà de tant de branches suspectes.
v2.c7.50
² KÖPPEN, II, 47.
v2.c7.51
Au reste, si les brahmanes maugréaient, le bouddhisme exultait. La jeune reine ouvrait à la Loi un immense domaine. Elle emportait dans sa nouvelle patrie trois images surnaturelles (srayambhú), l’une d’Akṣobhyavajra, une autre de Maitreya, une enfin de Târâ la blanche, faite en santal de gočîrṣa ; et de plus une collection complète des textes sacrés du Népal. Les grands de la cour népalaise l’accompagnèrent jusqu’à la ville de « Dschirghalangtu » du pays de Mangjul (où se trouve la passe de Kirong); une escorte tibétaine la conduisit de là au palais de son époux.
v2.c7.52
Deux ans plus tard, au dire des Tibétains, mais certainement en l'an 641, une autre princesse venait l'y rejoindre, également à titre d'épouse, aussi pieuse, aussi dévote, mais de sang plus noble encore et d'origine plus lointaine. De 634 à 641, Srong-btsan sgam-po à la tête de ses hordes irrésistibles avait envahi et pillé le territoire chinois en poussant jusqu'à Soung-tchou (Soung-pan-t'ing du Sse-tch'oan); pour conclure la paix, il exigeait la main d'une princesse de la famille impériale. Indigné d'une prétention si exorbitante, l'empereur T'ai-tsoung, alors au faîte de sa puissance, refusait de céder. Les armes tibétaines finirent cependant par triompher des scrupules de l'étiquette chinoise, comme elles avaient fait des préventions de caste au Népal. La princesse Wen-tch'eng, parente de l'empereur, dut se résigner tristement à partir par une route longue et dure vers les contrées glacées où la réclamait le caprice politique d'un conquérant. Elle apportait, elle aussi, ses images et ses livres de piété bouddhique. Ferventes des mêmes dieux, les deux reines n'en comptaient pas moins les mettre au service de leur influence et de leurs intérêts respectifs ; les nobles, qu'avait trop souvent blessés la morgue chinoise, refusèrent de reconnaître Wen-tch'eng comme la première reine, et la princesse népalaise conserva son rang. Mais Srong-btsan sgam-po n'en subit pas moins profondément l'influence de la Chine : dès 641, il sollicitait l'admission de jeunes Tibétains aux cours de l'École impériale (Kouo-hio). Il se mit à porter un vêtement de soie, demanda des savants chinois pour apprendre à composer des vers, puis des ouvriers capables d'enseigner aux indigènes la fabrication du vin, des moulins, du papier, de l'encre. La civilisation de la Chine s'installait ainsi sur les confins du Népal. L'Inde, d'autre part, lui envoyait ses docteurs : Kumâra vint de l'Inde centrale, Çilamañju du Népal, Tabuta et Ganuta (?) du Cachemire. Des vihâras s'élevèrent ; sous la direction de Thon-mi Sambhoṭa, la traduction des Écritures bouddhiques fut entreprise. Le bouddhisme, adopté par le roi, se propagea chez ses sujets, et l'Église reconnaissante divinisa les deux princesses comme deux incarnations de Târâ ; unies dans la même vénération, on leur assigna des images identiques : assises sur un trône de lotus avec la jambe gauche repliée et la droite seule posée à terre, elles tiennent dans la main droite, qui s'appuie au genou, un lotus bleu. Seule, la couleur de leur corps les distingue : la princesse népalaise est blanche ; la chinoise, verte¹.
v2.c7.53
¹ Cf. Godefroy de BLONAY, *Matériaux pour servir à l'étude de la déesse Târâ*, Paris, 1895.
v2.c7.54
Beau-père de Srong-btsan sgam-po qu'il n'aurait pas choisi spontanément pour gendre, Amçuvarman passait dans la sphère d'influence du Tibet. Le Népal n'était qu'une dépendance de Lhasa ; il en était encore vassal au début du VIIIe siècle, d'après le témoignage formel des Chinois. Il faut évidemment goûter le paradoxe pour croire que ce même Amçuvarman ait adopté l'ère de Harṣa Çilâditya ; j'ai dans ma Note sur la Chronologie du Népal montré les difficultés de calendrier où se heurte cette thèse ; l'impossibilité historique en apparaît ici éclatante. L'ère inaugurée par Amçuvarman ne peut pas venir de l'Inde, puisqu'il en est détaché par la politique ; elle doit avoir pour point de départ, comme je l'ai cru d'abord, l'avènement d'Amçuvarman, ou elle a son origine au Tibet et marque par son adoption même la soumission du Népal à son nouveau suzerain. Si Amçuvarman l'a fondée, il est surprenant qu'aucune des inscriptions de ce roi ne soit antérieure à l'an 30 ; au contraire, l'inscription de l'an 30 que j'ai découverte à Harigaon semble bien se rattacher aux cérémonies du sacre. Pour des raisons d'ordre astronomique que j'ai discutées ailleurs, l'an 34 de cette ère ne peut correspondre qu'à 629 J.-C. ; l'an 30 correspond alors à 625 J.-C. Les inscriptions au nom de Çivadeva comme roi et d'Amçuvarman comme maire du palais, datées dans l'ère traditionnelle des Liččhavis, descendent jusqu'à l'an 520 qui répond, d'après mes calculs, à 631 J.-C. Il faut en ce cas admettre l'existence d'une période intermédiaire où les deux ères auraient été employées parallèlement, l'autorité personnelle d'Amçuvarman n'étant pas encore reconnue par tous. Amçuvarman aurait adopté l'ère des Tibétains pour leur faire la cour, comme s'il se déclarait spontanément leur vassal. Les incursions triomphantes de Loun-tsan-so-loung-tsan, qui avaient atteint l'Inde centrale (P'o-lo-men) avaient appris par expérience au Népal quel pouvoir se formait au Nord, et les premières victoires de Srong-btsan sgam-po avaient prouvé la vitalité du nouvel empire.
v2.c7.55
Il n'est pas possible, je l'avoue, de démontrer positivement l'origine tibétaine de l'ère d'Amçuvarman et des Thâkuris; mais des indices assez nombreux semblent corroborer cette opinion. L'encyclopédiste Ma Toan-lin, se fondant sur des documents chinois, fixe le début de l'empire tibétain dans la période K'ai-hoang, entre 581 et 601. Le savant historien des Huns, de Guignes, conclut de son côté que le Tibet « a été soumis à différents rois jusque vers l'an 589 de J.-C. » Le Dalai-Lama, dans sa correspondance diplomatique avec lord Cornwallis, date successivement de 1203 et de 1206 deux lettres écrites respectivement en 1789 et 1792 J.-C. ². Le point de départ de cette ère serait donc 586 J.-C. Une ère dont l'emploi est limité actuellement au Bengale, et qui y porte le nom de San, part de 593 J.-C. comme sa première année ; aucune information ne subsiste sur l'origine de cette ère, qui est purement traditionnelle. L'époque initiale est, à deux ans près, identique à celle d'Amçuvarman ; et pour qui connaît les complications du calendrier hindou, la confusion fréquente des années présentes et des années écoulées, une erreur de deux ans sur un espace de 1 300 ans semble négligeable. Enfin les Tibétains eux-mêmes enseignent qu'avant l'introduction (en 1025-6 J.-C.) du système appelé kâla-çakra, et fondé sur le cycle de Jupiter, se place une période nommée Me-kha-gya-tsho. Ce mot est un composé de symboles numériques : *me*, le feu, exprime 3 ; *kha*, l'espace, 0 ; *gya-tsho*, les lacs, 4¹. Lu d'après la méthode indo-tibétaine, *me-kha-gya tsho* signifie 403. Le point de départ de cette période, antérieure de 403 ans à 1025 J.-C., serait donc 622 J.-C. Mais j'ai déjà plus d'une fois signalé combien ces expressions en symboles numériques se prêtent aisément à des inversions de chiffres. Si on rétablit par hypothèse Kha-me-gya-tsho, on lira 430 au lieu de 403, et l'époque initiale (1025-430) correspondra à 595 J.-C. C'est la date même où m'avait conduit le calcul astronomique de l'ère Thâkuri. L'année 595 peut marquer soit l'avènement du premier roi du Tibet, Loun-tsang so-loung-tsan, soit la naissance de Srong-tsan sgam-po. Ce prince meurt en 650, laissant le trône à un petit-fils en bas-âge. S'il était né en 595, il avait alors en effet cinquante-cinq ans.
v2.c7.56
¹ Histoire des Huns, livre III, Tableaux chronologiques des nations tibétaines.
v2.c7.57
² KIRKPATRICK, Appendice nº II, B.
v2.c7.58
¹ Csoma, *Journ. As. Soc. Bengal*, III, p. 6 ; reproduit dans Prinsep, *Useful Tables*, II, 162.
v2.c7.59
Les chroniques népalaises donnent à la dynastie d'Amçuvarman le titre de Vaiçya-Thâkuri. Les Thâkurs, encore à l'heure présente, sont tous les individus qui appartiennent au clan royal, quelle que soit leur situation de fait, de fortune, etc. ; ils doivent à leur naissance certaines exemptions de charges, certains revenus, et même un droit positif à intervenir dans les affaires de l'État si le royaume leur semble en péril. Vaiçya, d'autre part, est le nom du clan rajpoute d'où sortait Amçuvarman. Il ne peut s'agir ici de la désignation appliquée par les codes à la troisième caste de la société brahmanique idéale, la caste marchande. D'ailleurs, au même moment, l'empereur de l'Inde Harṣa est aussi un Vaiçya, d'après l'indication précise et sûre de Hiouen-tsang qui a fréquenté sa cour. Le général Cunningham a cru retrouver les descendants de ce clan dans les Rajputs Bais (Vaiçya) qui habitent le sud de la province d'Aoudh, et qui prétendent avoir régné jadis sur le territoire entre Delhi et Allahabad.
v2.c7.60
Après Amçuvarman, l'histoire du Népal entre dans une période de confusion. Les listes dynastiques continuent à donner des noms et des dates ; mais l'épigraphie, toute fragmentaire qu'elle est, suffit pour les convaincre d'erreur. Je rapporterai d'abord les faits solides établis par les inscriptions ou par le témoignage des documents chinois.
v2.c7.61
Amçuvarman était mort vers 639-640. Le premier prince qui semble régner après lui est Jiṣṇu gupta. Il subsiste de ce prince quatre inscriptions, à Patan, à Katmandou, à Paçupati, à Thankot ; leur dispersion atteste que Jiṣṇu gupta dominait sur la vallée entière. Une seule (Bh. 9) porte une date intacte ; elle est de l'an 48, postérieure de trois ou quatre ans à la dernière du règne d'Amçuvarman (48 = 643 J.-C). L'inscription de Thankot, mutilée, laisse entrevoir le signe 500 ; les dizaines et les unités ont totalement disparu. Si ma lecture est exacte, Jiṣṇu gupta a employé parallèlement, ou bien à des époques différentes, l'ère d'Amçuvarman et l'ère des Liččhavis. Le fait serait en accord avec le récit des Vamçavalis qui mentionnent entre Amçuvarman et Narendra deva l'emploi de deux ères en concurrence. « Le roi Nanda deva, ayant appris que l'ère de Çalivâhana (la Vamçavalì brahmanique dit : de Vikrama) était en usage dans d'autres pays, l'introduisit au Népal. Mais certaines gens par reconnaissance pour Vikramâjit (Vikramâditya) qui avait payé les dettes du royaume ne voulurent pas renoncer à l'ère qu'il avait fondée ; et les deux ères se maintinrent en usage côte à côte. » L'emploi de l'ère Liććhavi s'expliquerait d'autant mieux que Jiṣṇu gupta semble affecter de se présenter comme le restaurateur et l'homme-lige de l'ancienne dynastie. Il réside à Kailâsa-kûṭa, dans le palais d'Amçuvarman, et c'est de là qu'il date ses édits ; mais il nomme tout d'abord, en tête de son protocole, un roi de la famille Liććhavi, résidant au vieux palais de Mànagṛha. Les titres qu'il confère à ce fantoche d'apparat manifestent au surplus des variations significatives. Dhruva deva, le suzerain fictif, est dans les inscriptions (Bh. 9 et 10) Bhaṭṭâraka mahârâja çri Dhruvadeva ; Mànadeva qui remplace Dhruvadèva sur l'inscription de Thankot, n'y reçoit que le titre de Bhaṭṭâraka çri Mànadeva. Les relations entre suzerain et vassal restent obscures, par la faute des pierres qui n'offrent point de lecture certaine, et par la volonté des scribes officiels qui ne se souciaient pas de préciser une situation délicate.
v2.c7.62
Il est évident que Jiṣṇu gupta n'était pas le souverain légitime ; son nom, formé avec le participe gupta, le sépare à la fois et des Liććhavis et de la lignée d'Amçuvarman. Les noms royaux en gupta ne se rencontrent au Népal que dans la dynastie mythique des Gopâlas (Jayagupta, Paramagupta, etc.), qui reçut le trône de Ne muni. Ils reparaissent toutefois, à l'époque historique, et tout près d'Amçuvarman, dans une dynastie d'usurpateurs que mentionne Kirkpatrick. « Sous le règne de Bhem Deo Burmah (Bhîmadeva varma), les Aheers (Abhîras) qui avaient été à l'origine les souverains du Népal recouvrèrent leurs domaines : *Bishen Gupt*, le conquérant, régna 74 ans¹ ; puis *Kishnoo Gupt*, 61 ans ; *Bhoomy Gupt*, 40 ans. Alors *Seo Deo Burmah* (Çiva deva varma) de la postérité de *Nevesit* (Nimiṣa) soumit à nouveau le Népal, expulsa les *Guptees*, régna 41 ans ; puis il laissa le trône à *Unghoo Burmah* (Amçu varma). » *Bishen Gupt*, dans la graphie de Kirkpatrick, représente Viṣṇu Gupta ; *Kishnoo Gupt*, qui n'est pas un nom possible, dissimule sous une faute de copie ou d'impression (le cas est fréquent) *Jishnoo Gupt*, c'est-à-dire Jiṣṇu gupta. Le nom de *Bishen Gupt* (Viṣṇu gupta) donné par Kirkpatrick au premier roi de cette série, est porté dans les inscriptions de Jiṣṇu gupta par l'héritier présomptif du trône. Ces rois Abhīras manquent aux Vaṃçāvalīs de Wright et de Bhagvanlal ; mais ils semblent avoir laissé une trace légère dans la Vaṃçāvalī brahmanique : le successeur de Viṣṇu deva varman et le prédécesseur d'Amçuvarman y porte le nom de Viçva gupta deva. On a donc :
v2.c7.63
¹ Une tradition indépendante, recueillie également par Kirkpatrick, attribue la fondation de Viṣṇu Nātha (N. de Katmandou, sur la rive O. de la Bagmati) à *Bishn Gupt* (Viṣṇu gupta), un Asheer (corr. Abheer, sc. Abhīra) de la race des premiers souverains du Népal qui dépouilla les successeurs de *Durrhum Deo* (Dharma deva, le prédécesseur de Mâna deva I) de leur royaume, que d'ailleurs ils recouvrèrent bientôt ». KIRKPATRICK, p. 191.
v2.c7.64
| KIRKPATRICK | VAṂÇĀVALĪ BRAHMANIQUE | WRIGHT ET BHAGVANLAL |
| Bhem Deo Burmah | Bhima deva varman | Bhimadeva varman |
| 3 Rois Aheers (Bishen Gupt, Kishnoo Gupt, Bhoomy Gupt) | Viṣṇu deva varman | Viṣṇu deva varman |
| Seo deo Burmah | Viçva gupta deva | Viçva deva varman |
| Unghoo Burmah | Amçuvarman | Amçuvarman |
v2.c7.65
Viṣṇu deva, à la suite de Bhīmadeva, est identique à Bishen Gupt ; Viçva gupta deva confond dans une personnalité unique la dynastie des Guptas et Çivadeva, leur vainqueur. Le souvenir d'une usurpation a été préservé; mais l'ordre chronologique a été bouleversé. Jiṣṇu gupta serait un Aheer, un Abhīra ; il est issu d'une famille indigène qui prétendait peut-être avoir donné des rois au pays ; en fait ses ancêtres sont de rang médiocre ; son arrière-grand-père, qu'il rappelle dans l'inscription de Thankot, porte le nom de Mâna gupta gomin ; il n'ose pas même lui décerner un titre d'honneur aussi banal que le mot śrī placé devant le nom. Ce nom du reste a bien un goût de terroir ; il rappelle les désignations de Mâna deva, Mâna gṛha, qui nous ont frappés déjà par leur caractère local. Il est possible, à se fonder sur l'analogie des noms, qu'il convienne aussi de rattacher à la même famille le Ravi gupta qui paraît dans les inscriptions de Vasanta deva, au viᵉ siècle, comme grand huissier (mahâ-pratīhāra) et généralissime (sarva daṇḍa nāyaka). Aussi Jiṣṇu gupta, à défaut de titres formels, se targue-t-il d'être « arrivé au pouvoir en suite d'une lignée pure (puṇyānvayād āgatarājyasampat, Bh. 9). Cette lignée, d'après l'inscription de Thankot, est celle de Soma (Somānvayabhūṣaṇaḥ), la Race Lunaire. Les chroniques d'autre part classent la dynastie Liččhavi dans la Race Solaire (Sūryavaṃśi). A l'instar des rois les plus légitimes, il déclare que « le saint Paçupati, souverain adoré, l'a pour favori » et que « son père adoré le suit de sa pensée ». Il se contente du nom de Jiṣṇu gupta, sauf à Thankot où il y joint orgueilleusement le mot deva. Sa dévotion à Viṣṇu, indiquée par son nom, s'exprime aussi dans les symboles qui décorent ses stèles : le poisson (Patan), ou le čakra (Katmandou) entre deux conques (Thankot).
v2.c7.66
Successeur irrégulier d'Aṃçuvarman, Jiṣṇu gupta ne s'en donne pas moins comme son héritier et son continuateur. Tandis qu'Aṃçuvarman avait hésité à prendre, avec le pouvoir, le titre royal, Jiṣṇu gupta le désigne expressément comme mahārājādhirāja. Il reproduit son formulaire et il reproduit aussi sa frappe. Les monnaies de Jiṣṇu gupta portent à la face le lion en marche qu'Amçuvarman avait adopté comme coin ; au revers elles sont décorées d'une sorte de vajra. Leur légende, également imitée d'Amçuvarman, donne simplement le nom du roi au génitif, précédé de l'honorifique çrī : çrī Jiṣṇu guptasya. Leur diamètre est de 0,025 millimètres et leur poids de 12gr,37.
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