Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.32
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.32
- Language
- French
v2.c7.32
Immédiatement avant le règne d'Amçuvarman, les Vamçâvalis indiquent une époque de troubles : Vikramâditya d'Ujjayinî conquiert le Népal et y introduit son ère. Les chroniqueurs népalais interprètent donc les dates d'Amçuvarman à l'aide du Vikrama-samvat; d'après leur système, Amçuvarman aurait régné vers l'an 30 et 40 de cette ère, soit une dizaine d'années avant la naissance du Christ. Une autre doctrine paraît avoir interprété les dates de ses édits d'après la méthode du Loka-kâla, qui omet les chiffres supérieurs aux dizaines et se contente de dénombrer les années à l'intérieur de chaque siècle; le 0 de l'ère employée par Amçuvarman a été tenu pour identique avec le 0 du xxxᵉ siècle du Kali-Yuga. Amçuvarman serait monté sur le trône en 3000 K.Y., soit en 101 avant J.-C. Entre deux systèmes qui comportent un écart d'un siècle, l'accord semble être plus que suffisant à des chronologistes hindous. Sans parler de toutes les raisons qui s'opposent à ces fantaisies, le témoignage de Hiouentsang est décisif ; Amçuvarman appartient, à peu de chose près, à la même époque que le voyageur chinois, c'est-à-dire à la première moitié du VIIe siècle. Justement, au début de ce siècle, l'empereur de l'Hindoustan Harşa Vardhana Çilâditya fonde une ère qui part de 605/606 J.-C. Il a paru naturel et nécessaire à Bhagvanlal de ramener les dates d'Amçuvarman à l'ère de Harşa. M. Bühler a cru trouver une preuve positive à l'appui de cette thèse dans un passage du Harşa-carita où Bâna, jouant sur les mérites divins de son héros, s'exprime ainsi : *atra parameçvarena tuşâracailabhuvo durgâyâ grhîtah karah*. La phrase, comme il convient, a un double sens ; elle signifie : 1° « En lui le seigneur suprême (Çiva) a pris la main de Durgâ (son épouse) fille du Mont-aux-Neiges (Himâlaya). » — 2° « En lui un seigneur suzerain a pris l'impôt de la région inaccessible des montagnes neigeuses. » M. Bühler, avec son ingéniosité de pandit, reconnaissait dans ce trait une allusion évidente à la conquête du Népal par Harşa¹. J'avoue que l'allusion me paraît manquer de transparence ; un artiste en équivoque tel que Bâna aurait su marquer son intention par des traits moins vagues ; aucun détail n'évoque ici le Népal. Le terme *tuşâra* me semble au contraire introduit ici à dessein pour préciser le jeu d'esprit ; *tuşâra* est identique à *tukhâra* ; les deux lettres *şa* et *kha* s'emploient constamment l'une pour l'autre, et les théoriciens posent en principe leur identité absolue dans les jeux de mots. Au second sens, la phrase signifie donc que Harşa a reçu l'impôt de la terre montagneuse et inaccessible où vivent les Tukhâras, les Turcs, autrement dit de l'Hindou-Kouch. Les Tukhâras avaient fondé des royaumes durables sur la frontière Nord-Ouest de l'Inde ; les religieux du Tukhâra avaient, au VIIe siècle, un couvent particulier dans le voisinage de Mahâbodhi, au cœur des états de Harṣa¹. Une concession de ce genre, accordée à un état étranger, n'allait pas sans une sorte de redevance que les panégyristes avaient beau jeu de transformer en tribut. J'ai déjà signalé un cas analogue dans l'histoire de l'Inde: quand le roi de Ceylan obtint de Samudra Gupta un terrain, à Mahâbodhi également, pour élever un couvent destiné aux moines singhalais, Ceylan fut enregistré parmi les tributaires de l'empire Gupta².