Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.39
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.39
- Language
- French
v2.c7.39
La tradition tibétaine³ donne à ce personnage le nom de gNam-ri Srong-btsan; ce prince aurait conquis le pays de Gru-gu qui touche à l'Inde et aussi le gNa-zhur occidental; dès son règne, le Tibet aurait reçu de la Chine les rudiments de la médecine et de l'astrologie. Mais si grand qu'eût été le fondateur de l'empire tibétain, sa gloire allait être éclipsée ; son fils et son héritier devait être le Clovis et le Charlemagne du Tibet. Les Chinois l'appellent Tch'i-tsoung loung-tsan ; les Tibétains Srong-btsan sgam-po. Les chroniques tibétaines s'accordent à fixer sa naissance en 618, son avènement en 629 et sa mort en 698 ; mais les annales des T'ang, sur la foi des documents officiels, enregistrent sa mort en l'an 650. L'exactitude ordinaire des historiens chinois est encore ici confirmée par le témoignage d'I-tsing et par d'autres preuves ; les dates tibétaines sont à rejeter. Srong-btsan sgam-po passe pour une incarnation du Bodhisattva Padmapāṇi. Dès le début de son règne il envoya dans l'Inde une mission de seize personnes sous les ordres de Thon-mi a-nu, pour y étudier les secrets de l'écriture ; la mission se rendit au Cachemire, y reçut les leçons du brahmane Li-byin (Lipikāra? « le scribe ») et du Pandit Lha-rig-pa seng-ge-sgra (Devavidyā-siṃha-nāda?) et rapporta au Tibet comme le plus précieux des butins un alphabet qui reproduisait à peu près l'écriture en cours dans l'Inde du Nord et qui s'adaptait cependant à la notation la plus délicate des sons tibétains. Une fois maître de l'écriture, le barbare se crut le maître du monde, et l'événement sembla confirmer sa confiance naïve. Il conquit tour à tour le rTsa et le Shing à l'Est, le bLo-vo et le Zhang-zhung au Sud, le Hor au Nord ; ses domaines couvraient le Tibet entier, le bassin du Koukou-nor, les marches occidentales de la Chine, l'Assam et le Népal. « Il dominait sur la moitié du Jambudvīpa.' » Il résolut de consolider son pouvoir par des alliances de haut rang ; il brigua la main, dans l'Inde, d'une princesse népalaise, en Chine d'une princesse impériale. Thon-mi a-nu, surnommé Sambhoṭa, qui avait déjà fait ses preuves, fut chargé de se rendre auprès du roi du Népal, qui portait le titre de Devahla, et le nom de « Rayon-armure ». J'ai déjà démontré, dans un travail précédent, que ce prince est indubitablement Amçuvarman¹. Le Bodhimör mongol ajoute que la résidence de ce prince s'appelait Erdenin Dvîp, qui équivaut au sanscrit Ratna-dvîpa, et que le palais portait le nom de Ku kum gLu². L'envoyé de Srong-btsan sgam-po apportait en présent au roi du Népal « un casque merveilleux orné de pierres précieuses » qui semble faire allusion au sens du nom d'Amçuvarman « le casque de lumière »³. La princesse qu'il venait demander en mariage avait alors seize ans⁴ ; « son teint était pur, les traits de son visage annonçaient une destinée merveilleuse ; elle était d'une vertu parfaite et d'une grande beauté ; la correction de toute sa personne ne laissait rien à désirer ; sa bouche exhalait le parfum du lotus bleu ; elle dominait par sa gravité et sa grâce⁵. » Son nom était Lha-gcig (la princesse) Bribtsun⁶. Sa naissance même était miraculeuse. « Quand Chutuktu Niduler Usektschi reconnut que le temps était venu où les créatures qui respiraient dans le royaume des Neiges, au Töböt, allaient se convertir, il émit de sa personne quatre rayons. Le rayon sorti de son œil droit alla au royaume de Balbo (Népal) et il remplit tout ce royaume d’une lumière qui illumina par-dessus tout le roi de ce royaume appelé Devahla et aussi son palais. Et là-dessus l’épouse du roi devint enceinte¹. » Srong-btsan sgam-po était né, lui aussi, d’un de ces rayons ; et les deux autres s’incarnèrent dans Thon-mi Sambhoṭa et dans la princesse chinoise.