Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.74
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.74
- Language
- French
v2.c7.74
L'héritier présomptif de Jiṣṇu gupta, Viṣṇu gupta, ne recueillit pas le trône, ou il n'en jouit que peu de temps, car vers 645 la dynastie légitime avait recouvré le pouvoir : Narendra deva régnait sur le Népal. Narendra deva figure au premier plan dans la légende et dans l'histoire du Népal. Son souvenir est indissolublement lié au culte de Matsyendra Nàtha, le patron de la vallée, qu'il alla chercher au loin en compagnie du saint Bandhudatta ; il a vécu en exil à la cour du Tibet, il a envoyé des ambassades à l'Empereur de Chine ; il a reçu la visite de prètres, de pèlerins et d'ambassadeurs chinois. Et pourtant il ne nous reste rien de lui, ni charte, ni monnaie, ni aucun autre document direct. L'épigraphie ancienne n'a conservé qu'une seule mention de ce prince ; elle est insérée dans cette généalogie de Jaya deva (Bhag. 15) que j'ai déjà citée et discutée plus d'une fois à propos des Liččhavis. Après Vasaṇta deva, la généalogie passe brusquement, par une transition déconcertante, à Udaya deva, suivi lui-même par Narendra deva. Bhagvanlal avait cru lire, dans l'intervalle qui sépare ces deux noms à l'intérieur du même vers, un rappel collectif de treize rois anonymes destinés à garantir la filiation légitime de Narendra deva. Mais en fait la syllabe finale du mot jātas « né » n'a pas la voyelle longue indiquée par Bhagvanlal, et qui servirait à soutenir son interprétation ; l'a est manifestement bref, et par conséquent exclut l'idée du pluriel. M. Fleet l'a reconnu sur l'estampage même de Bhagvanlal¹; une copie de ce texte, exécutée à vue d'œil, que je dois à la bienveillance du mahârâja Deb Sham Sher, porte aussi la lecture jātās, suivie de deux syllabes douteuses et d'une lacune de quatre syllabes, correspondant aux mots trayodaça tatus « treize ensuite » de Bhagvanlal. Il semble donc nécessaire de construire et de traduire ainsi : « du roi Udaya deva naquit... Narendra deva ». Udaya deva est désigné dans la dernière inscription personnelle d'Amçuvarman (samvat 39) comme l'héritier présomptif (yuvarâja). Cet Udaya deva était-il fils d'Amçuvarman? On s'attendrait dans ce cas à retrouver dans son nom l'élément varman, qui équivaut à un nom de famille ; d'autre part, on s'étonne de voir paraître à sa place le mot deva, qui caractérise surtout les Liččhavis en contraste avec Amçuvarman. Udaya deva serait-il un prince Liččhavi choisi comme héritier par Amçuvarman, afin d'écarter toute opposition à son autorité? On s'expliquerait alors que Jaya deva reprenne à partir d'Udaya deva le fil de sa généalogie. Les Annales chinoises, bien informées sur cette époque de l'histoire népalaise, rapportent que « le père de Narendra deva fut renversé du trône par son frère puîné ; Narendra deva s'enfuit au Tibet pour échapper à son oncle¹ ». L'usurpateur ne peut pas être Jiṣṇu gupta lui-même, pour les raisons que j'ai marquées ; c'est peut-être un de ces Liččhavis que Jiṣṇu gupta avait hissés sur le trône pour exercer en leur nom le pouvoir.