Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.s5.66
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.s5.66
- Language
- French
v2.c7.s5.66
Au palais, les deux reines se disputent l'influence au profit de leurs partis. La première reine, qui s'était crue triomphante à la chute de Bhim Sen et qui avait vu avec rage les brahmanes escamoter la victoire, se décide à un scandale. Elle quitte le darbar et s'installe à Paçupati, sous la garde de son fidèle Ran Jang. Le misérable roi vient tous les jours l'y rejoindre sans arriver à la calmer ; elle exige que Ran Jang soit ministre. Matabar Singh, qui sent approcher une nouvelle tempête, s'en va chasser les éléphants au Téraï, franchit prudemment la frontière, se retire chez le vieux Ranjit Singh à Lahore. Raghu nâtha Pandita donne sa démission de premier ministre ; un Chauntria est appelé à constituer le cabinet, où Ran Jang est tout-puissant ; bientôt il jette le masque, renvoie ses collègues, et garde seul tous les pouvoirs, au commencement de 1839. L'accusation d'empoisonnement lancée contre Bhim Sen en 1837 est aussitôt reprise, étayée par un arsenal de faux qui ne trompent personne, mais qui donnent à la comédie judiciaire un air de dignité. Le vieux ministre, accusé de trahison par le roi, est jeté en prison, menacé, poussé au suicide, car nul n'ose encourir la responsabilité de sa mort. On va, lui dit-on, le plonger jusqu'au cou dans une fosse d'excréments, promener sa femme à travers la ville, toute nue. Épouvanté, le vieillard se frappe de son couteau (kukhri) et meurt de sa blessure neuf jours après. Son corps est démembré, les tronçons exposés en public sont ensuite jetés aux bêtes. Le médecin qui avait soigné le petit prince, un brahmane que la loi interdit d'exécuter, est brûlé au front et sur les joues tant que le crâne et les mâchoires se montrent ; son collègue, un Névar, est empalé, et, tout vivant, on lui arrache le cœur. Un décret royal exclut les Thâpâs de tous les emplois pour sept générations (juillet 1839).