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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.s5: Prithi Narayan et la dynastie Gourkha

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.s5

Language
French

Prithi Narayan et la dynastie Gourkha

v2.c7.s5.1

Quand Prithi Narayan (Pṛthvî Nârâyaṇa) monta sur le trône de Gourkha en 1742, à l’âge de douze ans, sa petite principauté faisait médiocre figure dans l’étendue de l’empire népalais. Sa capitale était une bourgade, de huit à dix mille âmes, à soixante kilomètres environ de Katmandou, sur la route à peine tracée qui mène de la vallée centrale à la frontière de l’Ouest. Le souverain de Gourkha était un des vingt-quatre roitelets, soi-disant Rajpoutes d’origine, qui formaient dans le bassin des Sept Gandakis, une sorte de confédération, présidée par le râja de Yumila: chacun d’eux adressait tous les ans à ce râja une ambassade avec des présents ; chaque nouveau prince lui demandait l’investiture, symbolisée par l’empreinte du doigt sur le front (tiká) ; enfin dans les cas de conflit le rôle de médiateur lui était naturellement dévolu.

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Les rois de Gourkha, comme toutes les bonnes familles de la montagne, se piquaient d’avoir pour ancêtre un Rajpoute de Chitor, échappé du désastre où tant de nobles hindous avaient péri. J’ai déjà raconté (I, 254) leurs origines jusqu’à Dravya Sâh (1559-1570). Parmi les successeurs de ce roi, Râma Sâh (1606-1633) a laissé le souvenir d’un législateur ; son héritier Dambara Sâh (1633-1642) eut maille à partir avec le roi de Katmandou Pratâpa Malla qui se vante de l’avoir vaincu. Le père de Prithi Narayan, Nara bhûpâla Sâh (1716-1742) essaya sans succès l’entreprise où son fils était destiné à réussir. Il pensa profiter des rivalités et des dissensions qui déchiraient le Népal pour s’emparer du pays, et passa la Tirsul Gandak ; mais les Thakurs autonomes de Nayakot, les Vaiçya râjas, lui barrèrent la route ; il dut battre en retraite.

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Nara bhûpâla Sâh avait deux femmes ; l’aînée devint enceinte. La cadette, une nuit, rêva qu’elle avalait le soleil ; sitôt réveillée, elle le raconta au roi. Il ne lui répondit que par des duretés, tant qu’elle ne put se rendormir jusqu’au matin. Le soleil une fois levé, le roi donna l’explication de sa conduite brutale; un pareil rêve présageait certainement la grandeur du royaume; mais suivi d'un nouveau somme il aurait perdu son efficacité. De fait, la jeune reine conçut à son tour, et sept mois après elle mit au monde un fils qui fut Prithi Narayan.

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La légende a entouré d'une auréole miraculeuse la naissance et les premiers ans du héros Gourkha¹; elle raconte encore, par exemple, le songe de ce paysan névar (I, 352) à qui Matsyendra Nâtha annonça en rêve l'arrivée prochaine des conquérants gourkhas. En fait, des signes évidents présageaient la fin imminente des trois royaumes Mallas. Les souverains régnants, Raṇa jit à Bhatgaon, Jaya prakâça à Katmandou, n'étaient certes pas sans mérite. Raṇa jit était entendu et économe; il tirait un gros bénéfice de la monnaie qu'il fournissait au Tibet; il aimait les raretés, les curiosités. Jaya prakâça était actif, courageux, énergique. Mais leur volonté s'usait à de misérables zizanies. Raṇa jit apprend que Jaya prakâça a élevé dans sa capitale un pilier monolithe; il lui demande ses ouvriers pour en dresser un pareil à Bhatgaon. Jaya prakâça ne refuse pas, mais, à son instigation, les ouvriers s'arrangent pour que l'ouvrage tourne mal; ils laissent tomber le pilier qui se brise en trois morceaux. Une autre fois, c'est Raṇa jit qui manifeste sa joie d'apprendre que Jaya prakâça a perdu son fils; il retient prisonniers des gens de Katmandou, venus à Bhatgaon pour assister à une procession; « parce qu'ils sont trop fiers de leurs habits ». Jaya prakâça, en revanche, emprisonne des sujets de Raṇa jit venus à Paçupati.

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¹ L'épopée sanscrite s'en est emparée. Il existe à la Bibliothèque du Darbar, à Katmandou, un poème de Lalitâ vallabha, le Bhakta vijaya kâvya qui a pour sujet les conquêtes de Prithi Narayan. (HARAPRASAD, Report, 1901, p. 18.)

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A l'intérieur de chaque darbar, les intrigues se croisent dans l'ombre, et se dénouent par des crimes. Les sept fils illégitimes de Raṇa jit, les *Sāt Báhalyas*, complotent contre le prince Vīra Nara siṃha, héritier présomptif de la couronne, et provoquent sa mort par une sorte de messe noire. A Katmandou, Jaya prakâça prend la couronne que son père lui a léguée, malgré l'opposition des soldats Khas qui soutiennent les prétentions de Râjya prakâça ; il exile son père, qui va régner et mourir à Patan; mais sa morgue indispose les fonctionnaires du Darbar (Thar̂is); ils enlèvent Narendra prakâça, le dernier des trois frères, le transportent à Deo Patan, et le proclament roi des cinq villes : Sanku, Changu, Gokarn, Nandigram et Deo Patan. Au bout de quatre mois, Jaya prakâça soumet les rebelles, et le petit roi déchu va mourir à Bhatgaon. Les Thar̂is humiliés et cruellement punis prennent leur revanche; avec la complicité de la reine Dayâvatī, ils proclament roi le fils de Jaya prakâça, Jyotiḥ prakâça, un enfant de dix-huit mois, lui prêtent serment de fidélité; Jaya prakâça est obligé de s'enfuir, toujours traqué de gîte en gîte, de Katmandou à Mâtâ tîrtha, de Mâtâ tîrtha à Godâvarî, de Godâvarî à Gokarneçvara, et enfin à Guhyeçvarî. Après deux ans et demi de courses inquiètes, un dévot lui remet un sabre miraculeux. Il s'élance sur Katmandou, défait les partisans de son fils, reprend le pouvoir et se venge par des supplices. Sa rancune patiente épie ses adversaires; il attend huit ans pour se venger d'un Thâpâ qu'il accuse d'avoir voulu livrer Nayakot à Prithi Narayan, et se voue à la haine de cette puissante famille.

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A Patan, les luttes séculaires de l'aristocratie et du pouvoir royal aboutissent à l'anarchie permanente. Viṣṇu Malla adopte pour héritier Râjya prakâça, le frère et le concurrent malheureux de Jaya prakâça. Mais Râjya prakâça est un dévot bénin, qui passe ses journées à adorer Viṣṇu manifesté dans le coquillage çâligrâma. Les six échevins (*pradhânas*) lui font crever les yeux (1754); bientôt après il meurt. Raṇa jit de Bhatgaon est invité à prendre la couronne, mais il déplaît à ses électeurs qui le congédient rudement au bout d'une année (1754-1755). On s'adresse à Jaya prakâça (1755-1757); mais son caractère autoritaire le rend intolérable; après un an, Patan se sépare à nouveau de Katmandou. Les échevins sacrent un petit-fils de Viṣṇu Malla, Viçvajit Malla (1757-1761); il se maintient quatre ans. Ses électeurs le trouvent alors encombrant; ils l'accusent d'adultère et le tuent à la porte du palais. La reine qui assiste au meurtre appelle en vain à l'aide; elle demande aux dieux de laisser, à l'heure de détresse, les appels de Patan sans écho.

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Les échevins jettent alors leur choix sur Prithi Narayan, qui s'est déjà rendu célèbre par ses guerres, et qui semble peu dangereux à cause de son éloignement. Prithi Narayan se réserve; il refuse, mais propose pour le remplacer son propre frère, Daḷa mardana Sâh (1761-1765). Dala mardana Sâh d'abord accepté comme lieutenant du roi de Gourkha, est ensuite proclamé roi de Patan pour faire échec à l'ambition croissante de Prithi Narayan. Au bout de quatre ans il est déposé, et les nobles élisent « un pauvre homme de Patan, qui descendait de la famille royale » Tejo Nara simha Malla, le dernier des rois de Patan (1765-1768).

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Une sorte de fermentation religieuse accompagne, comme d'ordinaire, ces troubles politiques. La Vamçavalî bouddhique raconte l'histoire singulière d'un bouddhiste, le gubharji Çodhana du couvent de Bu bahal qui tenta d'accomplir une véritable révolution : Il allait chaque matin au temple de Vaiṣṇavî, escorté de vingt ou trente compagnons. Un beau jour il y surprend un Samnyâsi qui venait d'immoler une victime humaine, et s'occupait à préparer l'onguent magique. A la vue de la troupe, le Samnyâs s'enfuit ; Çodhana prend sa place ; il continue l'opération, l'achève, et distribue à ses compagnons l'onguent magique qui les asservit à son empire. Ils vont tous ensemble s'installer dans une maison du Nakavihâra ; Çodhana, par la suggestion, transforme chacun de ses acolytes en un dieu ; puis il engage le peuple à déserter les temples et à honorer les dieux manifestés chez lui. Il pousse l'audace jusqu'à se faire apporter des temples les attributs des divinités. Enfin Jaya prakâça intervient ; il fait arrêter les sacrilèges et ordonne de les offrir un à un en sacrifice aux divinités qu'ils prétendaient respectivement incarner.

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Faut-il voir dans ce récit, avec M. Wright, le souvenir travesti d'une persécution contre les Chrétiens de Patan ? L'hypothèse est peu vraisemblable, car les missionnaires ne font aucune allusion à des violences exercées contre eux. Je crois plutôt à un contre-coup de la prédication des Capucins ; à les voir gagner des prosélytes, Çodhana et ses compagnons avaient pu comprendre que la carrière était lucrative. Depuis 1715 (I, 101 sqq.) les Capucins étaient établis à demeure au Népal ; ils avaient d'abord fondé un hospice à Katmandou ; puis, pour échapper aux vexations des brahmanes, ils avaient passé à Bhatgaon, qu'ils prirent pour siège central en 1722. Bientôt ils eurent aussi une maison à Patan. En 1754, le pauvre Râjya prakâça, au cours de son règne éphémère, leur y concédait un terrain ; en 1742, Jaya prakâça leur en avait octroyé un à Katmandou, et en 1741, Ranajit avait rendu un édit en leur faveur. Les prosélytes ne venaient guère ; mais la présence de ces étrangers, qui parlaient de peuples, de dogmes et de dieux inconnus, éveillait dans les esprits le goût et l'attente des nouveautés.

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Prithi Narayan était homme à tirer parti des circonstances. Il joignait à une ambition insatiable une obstination que rien ne lassait ; il voyait net, décidait vite, agissait de sang-froid ; il récompensait largement les services rendus, et punissait les résistances avec une cruauté sauvage ; la religion, les dieux, les prêtres n'étaient à ses yeux que des instruments de domination mis au service de sa volonté.

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Temple de Guhyeçvari, près Paçupati.

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Ses premiers actes firent éclater la vigueur de son tempérament. Tout jeune encore, il va pieusement à Bénarès faire ses dévotions. Aux portes de la ville, les receveurs de l'octroi (*chauki*) lui manquent d'égards ; il les tue. La police, avisée, se met à ses trousses ; il se cache, gagne par des cajoleries et des promesses un religieux mendiant (*Vairâgi*) ; déguisé en disciple, il sort de la ville avec le saint homme qui le conduit à Palpa, où règne un cousin du prince Gourkha, Mukunda Sena. Mukunda Sena accueille le jeune prince avec affection et le fait reconduire à Gourkha. Prithi Narayan, une fois installé sur le trône, n’eut rien de plus pressé que de conquérir et de s’annexer trois petites principautés, jusque-là vassales de Palpa. Le Vairâgi, plus tard, connut aussi par expérience l’ingratitude de son obligé : instruit des succès de Prithi Narayan au Népal, il y accourt à la tête d’une bande de 500 hommes, tous mendiants et vagabonds religieux, empressés à la curée, et il réclame son dû. Prithi Narayan reconnaît les promesses faites, mais les déclare nulles, comme extorquées par le danger. Le Vairâgi, qui n’entend pas être dupe, appelle sa compagnie à son secours et prétend se payer de force ; Prithi Narayan les fait appréhender, et livre au supplice le chef et les acolytes. Observateur sagace et patient, il n’hésite pas à venir se présenter en hôte chez ceux qu’il a déjà choisis pour victimes. C’est ainsi qu’il se rend à Bhatgaon, où Rana jit Malla le reçoit avec une bonté paternelle, et l’installe en ami intime près de son fils Vira Nara simha. Prithi Narayan sème sournoisement la zizanie, excite les Sât bâhalyas contre leur père et contre l’héritier légitime de la couronne, et machine les intrigues qui aboutiront à la ruine de Rana jit.

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Prithi Narayan pour entraîner ses troupes guerroie d’abord autour de son château féodal. Les succès de la Compagnie au Bengale lui ont appris la valeur des armes à feu et l’utilité de la discipline militaire. Bientôt il se croit assez fort pour mettre la main sur Nayakot, clef de la route qui mène au Népal. Jaya prakâça accourt de Katmandou et le repousse. Il attend une heure plus favorable, et tourne la vallée ; il a épousé la fille d’un roitelet du même sang que lui, mais installé sur les confins du pays Kirâta, à l’Est du Népal, entre la Kusi et la Karnala. Son beau-père meurt, laissant ses domaines à un fils insignifiant. Prithi Narayan gagne sous main l'armée, paraît un beau jour, confisque le pouvoir, et emmène son beau-frère en captivité (1761). Le P. Giuseppe, qui assista à la conquête du Népal et qui suivit les menées du Gourkha depuis 1764, a bien montré les manœuvres qui préparèrent son triomphe : « Le roi de Gorch'a (Gourkha), autrefois sujet de Gain préjas (Jaya prakâça), mettant à profit les dissensions des autres rois du Népal, attira dans son parti plusieurs chefs montagnards, leur promettant de leur conserver leurs possessions et d'augmenter ainsi leur importance et leur autorité. Lorsque quelques-uns d'entre eux manquaient à leurs engagements, il s'emparait de leurs domaines, comme il s'était emparé de ceux des rois de Marécadjis, quoiqu'il fût leur parent. »

v2.c7.s5.15

Le roi de Bhatgaon, exaspéré contre son rival Jaya prakâça, roi de Katmandou, appelle à son secours Prithi Narayan. Prithi Narayan saisit l'occasion d'intervenir : Il prend Nayakot, et passe dans la grande vallée, où il va mettre le siège devant Kirtipur, à une lieue Sud-Ouest de Katmandou. Il voulait mesurer sa force avant de s'attaquer aux capitales. Kirtipur avait « huit mille maisons » (Giuseppe), un peu moins que la moitié de Katmandou. Juchée sur un plateau presque à pic, elle se croyait inexpugnable. Le roi de Patan, suzerain de Kirtipur, ne bouge pas ; mais Jaya prakâça accourt avec son impétuosité ordinaire, livre bataille et remporte une victoire complète. Un frère du roi de Gourkha fut tué sur le champ de bataille ; Prithi Narayan vit la mort de près. Un soldat de Jaya prakâça levait déjà son sabre sur lui quand un camarade, trop imbu des doctrines hindoues, s'écria : « C'est un roi ! On ne doit pas le tuer ». Il dut son salut à deux individus de basse caste, un Duân et un Kasâi, qui le portèrent en une nuit jusqu'à Nayakot.

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Le caractère soupçonneux et brutal de Jaya prakâça l’empêcha de recueillir le fruit de sa victoire. Les gens de Kirtipur lui demandèrent d’être leur roi ; les nobles, chargés de régler avec lui l’affaire, se réunirent sur son invitation. Il les fit arrêter par ses soldats, et en livra plusieurs au bourreau, pour humilier ou abattre définitivement cette aristocratie turbulente et brouillonne qui le tenait en échec à Patan. Un noble appelé Danuvanta fut promené dans la ville en habits de femme avec plusieurs autres vêtus d’un accoutrement ridicule ; ils furent tenus ensuite dans une longue captivité.

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La noblesse se vengea par la trahison. Les Tharîs livrèrent à Prithi Narayan plusieurs des places du Népal qui dépendaient de Katmandou. Le roi de Gourkha, convaincu maintenant de l’insuffisance de ses forces, se flatta de réussir au moyen de la famine. Il posta des troupes à tous les défilés des montagnes, pour intercepter toutes les communications du dehors ; ses ordres furent exécutés à la rigueur. Quiconque était trouvé en chemin avec un peu de sel ou de coton était pendu à un arbre. Il fit mettre à mort de la façon la plus cruelle tous les habitants d’un village, coupables d’avoir fourni un peu de coton aux habitants du Népal ; les femmes mêmes et les enfants ne furent pas épargnés... on ne pouvait voir sans horreur tant d’hommes pendus aux arbres sur le chemin. En même temps, l’intrigue faisait son œuvre ; deux mille brahmanes au service du roi de Gourkha couraient librement le pays en achetant les consciences. Enfin Prithi Narayan reparut devant Kirtipur ; après un siège de plusieurs mois, il somma la ville de se rendre. Le commandant de la ville, secondé par l’approbation des habitants, lui transmit au bout d’une flèche une réponse injurieuse et insolente. Il en fut si courroucé qu’il ordonna un assaut général ; mais les habitants se défendirent avec courage et tous les efforts de ses soldats n’aboutirent à rien. Surûpa Ratna, frère de Prithi Narayan, fut blessé d’un coup de flèche. Il fallut lever le siège une seconde fois.

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Incapable de repos, Prithi Narayan n’en laisse pas à ses troupes ; il tourne sa colère contre le roi de Lamji, un des vingt-quatre rois confédérés des Sept-Gandakis, lui livre plusieurs batailles sanglantes, conclut un accommodement, et retourne devant Kirtipur. Le péril trop clair rapproche les trois rois Mallas qui s’assemblent à Katmandou et tentent une attaque combinée contre les Gourkhas. La trahison déjoue leurs efforts ; plusieurs des nobles avaient juré de se sacrifier pour la ruine de Jaya prakâça. Après un siège de six mois, le noble Danuvanta de Patan, qui avait été si cruellement offensé, livre Kirtipur à Prithi Narayan. Les habitants pouvaient encore se retirer dans la ville haute, qui était fortifiée ; mais les Gourkhas publièrent une amnistie générale, et les courages lassés cédèrent. « Deux jours après, Prithi Narayan envoyait de Nayakot l’ordre de faire couper le nez et les lèvres à tous, même aux enfants qui n’étaient plus à la mamelle. L’ordre portait aussi de garder le nez et les lèvres qui seraient coupés pour constater le nombre des habitants, et de changer le nom de la ville en celui de Naskatpur, qui signifie la ville des nez coupés. Cet ordre fut exécuté avec la plus horrible barbarie. On n’épargna que les individus qui savaient jouer des instruments à vent. C’était une chose horrible à voir que tant d’hommes vivants dont les visages ressemblaient à des têtes de morts » (GIUSEPPE).

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Aussitôt après, Prithi Narayan investit Patan. Les habitants font mine de se préparer à la résistance. Les Gourkhas les menacent de leur couper, outre les lèvres et le nez, le poignet droit s’ils ne se rendent pas au bout de cinq jours. Une diversion sauve la ville de ces horreurs. La Compagnie Britannique, sollicitée par les trois Mallas et inquiète des progrès de Prithi Narayan, croit l'occasion venue d'étendre son influence dans la montagne. Mais le pays est encore mal connu. Le capitaine Kinloch, qui commande le détachement anglo-indien, pénètre jusqu'à Hariharpur ; les ruisseaux enflés par la saison des pluies l'arrêtent, emportent les ponts qu'il a bâtis ; la malaria ravage ses troupes ; les communications lui manquent pour se ravitailler (octobre 1767). Il est obligé de battre en retraite au début de décembre. La chronique Gourkha représente naturellement l'échec de Kinloch comme une victoire positive des Gourkhas sur les Anglais.

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Affranchi d'inquiétude, Prithi Narayan ramène ses troupes au Népal et assiège Katmandou, tandis que des Brahmanes à sa solde y gagnent les principaux habitants. Enfin, le 29 septembre 1768, tandis que la population de Katmandou célébrait l'Indra-yâtrâ par des ripailles et des orgies, les Gourkhas pénètrent le soir dans la ville sans rencontrer la moindre résistance. Jaya prakâça, qui était alors dans le temple de Tulajâ, répand de la poudre sur les marches, s'enfuit à Patan, entraîne avec lui le roi Tejo Nara simha, et tous deux se sauvent ensemble à Bhatgaon. Au moment où les Gourkhas entrent dans le temple abandonné, la poudre fait explosion et tue un grand nombre des vainqueurs. Prithi Narayan ordonne de continuer la fête et reçoit à titre de roi le présent (prasâda) de la Kumârî.

v2.c7.s5.21

Il envoie dès le lendemain un messager à Patan, promet à la noblesse de lui laisser ses propriétés, et même de les accroître. Pour dissiper les méfiances, il déclare par l'organe de son prêtre que, s'il vient à se parjurer, il appelle lui-même les malédictions des dieux sur ses descendants jusqu'à la cinquième génération. La noblesse l'acclame. Pendant plusieurs mois il la ménage, lui propose même de choisir dans son sein un vice-roi. Avant d'entrer solennellement dans la ville, il se fait remettre la plupart des enfants nobles, pour les attacher à sa cour, dit-il ; en réalité il les garde en otages. Le jour de la cérémonie venu, il fait arrêter les nobles réunis en corps, les livre au bourreau, et donne l'ordre de mutiler les cadavres.

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Bhatgaon tenait encore ; les trois Mallas, réunis par l'infortune, restaient encore menaçants. Il fallait s'attendre à une résistance désespérée ; une bourgade, Dhulkhel (Dhaukhel), dans la montagne, à l'Est de Bhatgaon, avait arrêté six mois les Gourkhas. La résistance de Chaukot, voisin de Dhulkhel, a dans la Vamçâvalî la beauté d'une ballade épique : Les Gourkhas investirent Chaukot. Les gens s'enfuirent, qui à Pyuthana, qui ailleurs. Nam Simha Râî alla trouver Mahîndra Simha Râî, et lui dit : Nous ne pouvons pas tenir tête aux Gourkhas, avec cinquante maisons seulement. Le reste de la population a fui ; je viens te le dire. Ne tarde pas ; fuis bien vite. Mahîndra Simha le traita de couard : Ne reste pas pour moi ; sauve ta vie. Moi je repousserai les Gourkhas, je gagnerai une grande renommée et je jouirai en paix de mes biens. Si je ne réussis pas, je laisserai mon corps sur le champ de bataille, j'obtiendrai une place au ciel, et j'assurerai le bonheur de mes fils et de mes petits-fils. Il réunit alors ses fidèles compagnons, qui voulaient aussi le bonheur de l'autre monde, et les encouragea. (La bataille se livre ; les Gourkhas sont repoussés). Enfin un soldat, passant derrière Mahîndra Simha, le tua d'un coup de lance ; il blessa Nam Simha à l'épaule gauche d'un coup de couteau, et Nam Simha tomba sans conscience sur le sol. Les gens de Chaukot à cette vue s'enfuirent, et le village fut livré aux flammes. Dans cette bataille les Gourkhas perdirent 201 hommes ; la veille, ils en avaient perdu déjà 131. Nam Simha Râî, revenu de son évanouissement, ne vit plus de Gourkhas près de lui ; il pansa sa blessure avec son costume et s'enfuit à Pyuthana par Basdol.

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Il vit Mahîndra Simha Rât étendu sur le sol, inanimé, percé par derrière d'un coup de lance, mais il n'avait pas le temps de s'arrêter.

v2.c7.s5.24

Le lendemain matin, Prithi Narayan inspecta le champ de bataille, et voyant le corps de Mahîndra Simha Rât inanimé, percé de coups, il loua sa bravoure, fit chercher ses parents et leur déclara qu'il prenait sous sa protection la famille d'un homme si brave. Il les fit nourrir matin et soir par la cuisine royale. Après cela il prit aisément les cinq bourgades de Panauti, Banepa, Nala, Khadpu, Sanga et retourna à Nayakot.

v2.c7.s5.25

Huit mois plus tard, il arrivait devant Bhatgaon. Il avait gagné par de belles promesses les Sât bâhâlyas (les sept fils illégitimes de Raṇa jit Malla) ; il leur laisserait le trône, les revenus, et se contenterait d'une souveraineté nominale. Les troupes des Sât bâhâlyas tirèrent à blanc, laissèrent approcher les Gourkhas jusque dans l'enceinte des murs, et leur passèrent même des munitions. Introduits sans obstacle dans la ville, les Gourkhas coururent au palais. Jaya prakâça, toujours énergique et vaillant, fit front à l'ennemi ; mais il reçut une balle au pied qui le mit hors de combat. Raṇa jit Malla avait pris à son service des mercenaires tibétains ; mais, soupçonnant leur fidélité, il les fit brûler vifs dans leurs casernements.

v2.c7.s5.26

Prithi Narayan entra dans le palais, suivi de ses compagnons. A la vue des trois Mallas, ils éclatèrent de rire. Grave, Jaya prakâça leur dit : C'est la trahison de nos serviteurs qui a tout fait ; autrement vous n'auriez pas de quoi rire. Les Gourkhas se tinrent alors silencieux. Prithi Narayan s'approcha respectueusement de Raṇa jit Malla et le pria de garder son royaume. Raṇa jit répondit qu'il devait céder à la volonté des dieux et qu'il demandait seulement d'être autorisé à partir à Bénarès ; la trahison des Sât bâhâlyas l'avait définitivement guéri du monde. Il prit la route de l'Inde, et, sur la passe de Chandragiri, il tourna une dernière fois les yeux vers son royaume, et prononça contre les Sât bâhâlyas et leur postérité de formidables imprécations. Puis il dit adieu à Tulajâ, à Paçupati, à Guhyeçvarî et descendit vers le Gange.

v2.c7.s5.27

Prithi Narayan fit alors venir les sept traîtres, leur reprocha publiquement leur infamie, leur fit couper le nez et confisqua leurs biens. Puis il s'informa des intentions de Jaya prakâça. Le roi de Katmandou demandait seulement d'être porté à Paçupati, au terrain de crémation des rois, pour y mourir. Sa requête fut exaucée ; un message du vainqueur mit même à sa disposition tout ce qu'il voudrait donner en aumônes. Jaya prakâça ne demanda qu'un parasol et une paire de chaussures. A cette demande, qui surprit la cour, Prithi Narayan devint pensif : il avait bien compris que Jaya prakâça souhaitait par ces symboles de renaître roi, car le parasol marque la dignité royale, et les chaussures représentent la terre, épouse des rois. Il monta à cheval, courut à Paçupati, remit à Jaya prakâça le parasol et les chaussures, en ajoutant : Je te donne ce que tu veux ; n'en jouis pas de mon vivant, mais sous mon petit-fils. Jaya prakâça y consentit. Bientôt après il mourut.

v2.c7.s5.28

Tejo Nara simha, le roi de Patan, s'obstina à garder le silence. Rien ne put le décider à parler ; on l'enferma en prison, et il mourut dans les fers.

v2.c7.s5.29

La vieille mère de Jaya prakâça, que l'âge avait rendue presque aveugle, demanda, comme Raṇa jit, à finir ses jours à Bénarès. On lui permit de partir, mais au préalable on la dépouilla d'un collier de pierreries qu'elle portait ; elle alla s'éteindre dans la misère au bord du fleuve sacré.

v2.c7.s5.30

Maître du Népal, Prithi Narayan établit la capitale du royaume Gourkha à Katmandou. Mais il ne se laissa pas endormir par le succès. A peine Bhatgaon soumis, il reprit la campagne contre les Vingt-quatre rois confédérés des Sept-Gandakis, qu'il voulait éliminer l'un après l'autre, comme il avait fait au Népal. Il réussit d'abord, au moyen de ses deux instruments favoris, la guerre et l'intrigue. Mais le roi de Tanahung lui infligea un revers sanglant. Fidèle à sa méthode, il alla réparer et essayer ses forces ailleurs ; il se dirigea vers l'Est du Népal, envahit le pays des Kirâtas qui avaient maintenu jusque-là leur indépendance presque intacte et menaça même le Sikkim. Ses troupes sous la conduite du Kâjî Kahar Simha soumirent le Nord du pays jusqu'aux passes de Kirong et de Kuti, le Sud jusqu'au Téraï. Obligé d'entretenir une armée énorme sur les revenus d'un royaume assez pauvre, il pressura le peuple et surtout les marchands qui désertèrent le Népal. Il pensa chercher des compensations du côté du Tibet : il écrivit au Lama une lettre¹ pour lui demander d'établir des marchés d'échange sur la frontière des deux pays ; il était disposé à permettre le transport des marchandises indiennes, mais décidé à prohiber l'importation du verre et des curiosités de ce genre. Il demandait au Tibet de décliner toutes relations avec les Fringhis (Européens) ou les Mongols, et de leur refuser l'entrée du pays, comme il faisait lui-même. Enfin il entendait rester, comme les Mallas avant lui, le fournisseur d'argent monnayé du Tibet, et il adressait un premier envoi de 2 000 roupies frappées à son nom.

v2.c7.s5.31

¹ Lettre analysée par Bogle, dans MARKHAM, *Tibet*, p. 158. Cette lettre parvint au Tibet en janvier 1775.

v2.c7.s5.32

Cette lettre datée des derniers jours de Prithi Narayan met bien en lumière un aspect essentiel de son caractère : la haine et la méfiance de l'Européen ; il étendait sa suspicion jusqu'aux marchandises d'Europe, qu'il refusait de laisser passer par son territoire. Il craignait de voir le marchand suivre de près la marchandise. Prithi Narayan mourut à Mohan Tîrtha, sur la Gandaki, dans les premiers jours de 1775 ; trois de ses femmes et deux de ses concubines montèrent sur le bûcher¹.

v2.c7.s5.33

¹ BOGLE, *ib.*, 159. — La date de 1775 est également donnée par la Vamçâvalî ; cependant on donne couramment la date de 1771. M. MARKHAM, l'éditeur de Bogle, répète lui-même cette erreur, p. 107 de son ouvrage. A la page 159 où Bogle mentionne l'arrivée à Lhasa en mars 1775 d'un message annonçant la mort de Prithi Narayan et l'avènement de son successeur Simha Pratâpa (Sing Pertab), M. Markham imprime en note que le roi Pertab Sing mourut en 1775. — La date de 1775 pour la mort de Prithi Narayan est encore confirmée par deux autres passages du même livre, p. 197 et p. 205.

v2.c7.s5.34

Il eut pour successeur son fils, Simha Pratâpa Sâh, qui régna trois ans² (1775-1778). Simha Pratâpa se montra plus généreux envers les dieux que son père, qui avait fait pendant toute sa vie un seul don à Paçupati. Il s'engagea à offrir en sacrifice à Guhyeçvarî, patronne du Népal, 125 000 animaux. Il honora aussi la déesse Tulajâ ; enfin il fit apporter au darbar le linga de Nayakot. Il aimait à résider en hiver dans le Téraï, et se préoccupa d'améliorer cette partie trop négligée de ses domaines³. A sa mort, il laissait comme héritier un enfant au berceau, Raṇa Bahâdur Sâh, Le désastreux régime des longues minorités et des régences disputées à coups de poignard commençait avec le petit-fils de Prithi Narayan pour se continuer désormais sans interruption. Le P. Giuseppe, qui écrivait sa notice sur le Népal au moment où éclataient les premières rivalités de cour, après la mort de Pratâpa Simha, et qui ne pardonnait pas aux Gourkhas l'expulsion des missions franciscaines, voyait avec une joie mal contenue poindre déjà la vengeance divine. « Peut-être le serment que Prithi Narayan ne craignit pas de violer (le serment prêté aux nobles de Patan et qui vouait en cas de parjure le roi et cinq générations derrière lui à l'enfer) aura son effet avec le temps. » Si sa vie s'était prolongée par miracle, le P. Giuseppe aurait pu féliciter la Providence de sa ponctualité dans la rétribution des fautes.

v2.c7.s5.35

² Le P. GIUSEPPE dit : « deux ans tout au plus ».

v2.c7.s5.36

³ HAMILTON, p. 196.

v2.c7.s5.37

Le frère puîné de Pratâpa Simha Sâh, Bahâdur Sâh, qui vivait alors à Bettia, en territoire britannique, sur la lisière du Népal avec son oncle Dala mardana Sâh, l'ancien roi de Patan, se hâta d'accourir à Katmandou pour prendre possession de la régence. C'était un prince actif et entreprenant ; mais il trouva en face de lui un adversaire de sa trempe, la reine Râjendra Lakṣmî, mère du jeune roi, qui prétendait exercer le pouvoir au nom de son fils. Depuis ce moment jusqu'à la mort de la reine en 1795, les deux concurrents se livrèrent une guerre acharnée, coupée par de courtes réconciliations, et marquée à chaque nouvel éclat par une série de massacres. Le vainqueur frappait sans pitié sur les partisans du vaincu. Un mariage secret, conclu, dit-on, entre la reine et le régent, et inspiré des deux côtés par la même ambition, ne mit pas de trêve aux hostilités.

v2.c7.s5.38

Cependant l'élan donné aux Gourkhas par Prithi Narayan ne s'était pas encore ralenti. Le nouveau régime ne manquait ni de forces ni d'hommes ; la conquête se poursuivit avec des succès qui surpassaient l'attente. A l'Ouest, Palpa gardait son indépendance, défendue par une ceinture de principautés tributaires. Bahâdur Sâh demanda et obtint en mariage une fille de Mahâ datta, roi de Palpa ; sous le couvert de cette alliance matrimoniale, le régent proposa à son beau-père une alliance politique, dirigée contre les derniers chefs qui restaient indépendants. Le butin devait être partagé par moitié. Mahâ datta donna dans le piège ; les troupes népalaises arrivèrent, conduites par un officier Khas aussi brave que rusé, Damodar Panre (Dâmodara Pâṇḍe). Trahis par le roi de Palpa, le seul chef qui fût assez fort pour les protéger, les princes des Vingt-quatre Royaumes, dans le domaine des Sept-Gandakis, et les princes des Vingt-Deux Royaumes dans le bassin de la Kali furent en grande partie dépouillés. Les Gourkhas se réservèrent la part du lion ; Mahà datta reçut trois petits états, enlevés à ses anciens alliés, et qu'il ne devait pas conserver longtemps. Poursuivant sa marche victorieuse, Damodar franchit les limites traditionnelles de l'empire népalais, et pénétra dans le Kumaon, qu'il soumit.

v2.c7.s5.39

A l'Est, l'expansion des Gourkhas débordait aussi les vieilles frontières. Déjà les Kiràtas étaient assujettis ; en septembre 1788, une force de 6 000 hommes pénètre au Sikkim. Un mois après, la capitale était occupée. Le Bhoutan était menacé ; le Tibet voyait ses frontières violées ; la province tibétaine de Kuti était envahie. Un habile mouvement des Tibétains rappela les Gourkhas en arrière ; mais le mouvement s'arrêta trop tôt. Les Gourkhas, sûrs de leurs communications, reprirent leur marche offensive sur le Sikkim, l'occupèrent une seconde fois, et le déclarèrent annexé (1789).

v2.c7.s5.40

Le Tibet, avec ses monastères enrichis par la piété de l'Asie, semblait offrir une proie aisée. Sous des prétextes insignifiants, les Gourkhas se ruèrent à l'assaut des lamaseries, franchirent les passes, pillèrent Shikar jong (Digarchi) (1790) ; mais ils se laissèrent berner par les promesses magnifiques des Chinois et des Tibétains. Bientôt, exaspérés par la duplicité des lamas et des mandarins, ils reparurent au Tibet, impatients de vengeance et de pillage (1791). L'empereur de Chine K'ien long leur adressa en vain un message de menaces ; l'envoyé chinois fut insulté. Le Tibet était en péril. K'ien long, sans retard, assembla des forces importantes qu'il confia au général Fou-K'ang. Devant le nombre, les Gourkhas durent battre en retraite ; les Chinois vainqueurs s'élancèrent sur leurs traces et les poursuivirent jusqu'au cœur du Népal, à une journée seulement de Katmandou (1792). Le darbar épouvanté demanda la paix, reconnut la suzeraineté de la Chine et s'engagea à payer un tribut régulier ¹.

v2.c7.s5.41

¹ Pour les affaires du Tibet et de la Chine, v. I, 174-181.

v2.c7.s5.42

Au plus fort de ses terreurs, le darbar, infidèle aux leçons de Prithi Narayan, avait sollicité l'intervention des Anglais. Lord Cornwallis se décida trop tard. Les Gourkhas s'étaient avisés ; ils avaient préféré sagement un suzerain lointain à un protecteur trop proche. Cependant Lord Cornwallis insista pour envoyer au Népal une mission chargée de régler sur place les difficultés courantes, et surtout de réclamer la mise en vigueur loyale d'un traité de commerce signé en mars 1792, à Bénarès, entre le Népal et la Compagnie. Ce traité stipulait des droits fixes d'importation et d'exportation (2,5 pour cent ad valorem) sur les marchandises transportées d'un territoire à l'autre ; mais le Népal a toujours su l'éluder en substituant à la douane de frontière des perceptions partielles réparties aux étapes successives de la pénétration. Le colonel Kirkpatrick monta au Népal (mars-avril 1793) ; s'il ne rapporta point de ce séjour trop court des avantages politiques ou commerciaux, il y recueillit les matériaux d'un ouvrage excellent (I, 133 sq.).

v2.c7.s5.43

La guerre chinoise n'avait suspendu qu'un instant les opérations dans l'Ouest. Jagaj jit Pânde y continuait les conquêtes de son frère Damodar. Après le Kumaon, le Gharwal à son tour devint une province népalaise (1794). Le Népal s'étendait à présent du Bhoutan au Cachemire.

v2.c7.s5.44

Soudain un drame de palais termine brusquement la régence. Raṇa Bahâdur avait grandi comme grandissent les rois mineurs sous la tutelle de régents ambitieux, enfermé dans son palais, livré à une débauche précoce qui absorbait toute sa vigueur. En 1795, il veut tout à coup régner, par caprice. Il fait arrêter son oncle Bahâdur Sâh, qu'il garde en prison pendant deux ans, jusqu'à sa mort. Alors s'ouvre une ère de violences, de fureurs, de désordres tels que le Népal n'en avait pas connus. Raṇa Bahâdur est un impulsif, un Néron de petite taille : il aime la musique ; il règle les airs qu'on doit jouer dans tous les grands temples, à Guhyeçvarî, à Changu Narayan, à Vajra Yoginî, à Dakṣiṇa kàlì, à Tulajâ. Aux bonnes heures, il donne sans compter ; aux grands jours il distribue mille vaches en aumônes ; il nourrit des troupes de brahmanes et de faquirs ; mais à la première contrariété, il blasphème les dieux, il dépouille les brahmanes. Les Népalais reconnaissaient en lui le roi de Katmandou Jaya prakâça, qui devait revenir au monde dans la postérité de Prithi Narayan.

v2.c7.s5.45

Son premier acte, c'est de confisquer la principauté de Yumila, sauvée jusque-là par le prestige de son ancienne préséance. Raṇa Bahâdur avait épousé la fille du râja de Gulmi, Lalita Tripura Sundarî, princesse intelligente et dévouée à son époux ; mais elle ne lui donna pas de fils. Il la délaissa d'abord pour une simple esclave, dont il eut un fils illégitime, puis pour la fille d'un brahmane qui fut la mère du roi Gîrvâṇa Yuddha Vikrama Sâh. Ce prince était donc de naissance illégitime, car la loi interdit le mariage entre un kṣatriya et une femme de sang brahmanique. Les brahmanes furent scandalisés de cette union qui leur semblait incestueuse. Pour mettre un terme rapide à l'abomination, les Brahmanes firent publier une prophétie fondée sur l'astrologie et qui annonçait à bref délai la maladie de la favorite et la mort du roi. De fait, la favorite tomba bientôt gravement malade. Le roi, anxieux par amour et tourmenté par la part de prophétie qui le concernait, consulta les brahmanes sur les mesures à prendre ; ils indiquèrent des cérémonies coûteuses, qui devaient leur rapporter cent mille roupies. Raṇa Bahâdur se laissa faire ; mais, en dépit des rites, la jeune femme mourut en peu de jours. Furieux d'être atteint au cœur et à la bourse, le roi somme les brahmanes de rendre l'argent, sous la menace de terribles supplices ; il se fait livrer l'idole de Tulajà qu'ils ont adorée, la souille d'excréments, la brise en pièces, fait transporter les débris au cimetière de Karavìra, avec un cortège funéraire d'âcâryas en larmes, aux sons des trompettes ; les restes sont brûlés sur le bûcher et les cendres jetées à la rivière.

v2.c7.s5.46

C'en était trop ; le peuple épouvanté du sacrilège craignait d'en payer les suites. Raṇa Bahàdur comprit qu'un sacrifice opportun pouvait sauver la dynastie et lui ménager personnellement des chances de retour. Il prétexta que son deuil l'avait détaché du monde, entra en religion, prit le nom de Nirguṇànanda Svàmi, et annonça son intention d'aller mourir saintement à Bénarès. Il désigna pour lui succéder son fils Gîrvâṇa Yuddha Vikrama, malgré sa naissance irrégulière ; et, pour dissiper toutes les préventions, il pria le roi de Palpa, Pṛthivt pâla, de venir comme le plus authentique des Rajpoutes népalais poser au front de l'enfant la marque royale. L'armée et le peuple prêtèrent serment d'obéir à leur nouveau maître. Au moment de partir, le Svàmi sentit sa vocation déjà ébranlée ; il alla s'installer dans Patan, s'y fortifia, recruta des partisans. Mais l'opposition des brahmanes le condamnait à échouer ; il s'en rendit compte, et se décida. La reine Tripura Sundarî avait refusé la régence pour suivre son mari ; il désigna comme régente l'esclave qu'avait aimée. Damodar Panre, le conquérant de l'Ouest, devait exercer les fonctions de premier ministre (1800).

v2.c7.s5.47

A Bénarès, Raṇa Bahàdur ne tarda pas à s'éprendre d'une nouvelle beauté, et pour satisfaire aux exigences de sa passion il commença par enlever à la reine tous ses bijoux, puis il contracta des emprunts avec la Compagnie. Le Darbar eut peur que Raṇa Bahàdur mît les Anglais dans son jeu, ou que la Compagnie pour se couvrir voulût intervenir dans les affaires du Népal ; il offrit de renouveler le traité de commerce resté en suspens depuis sa signature, et de recevoir au Népal un résident britannique. Le capitaine Knox fut chargé de remplir le poste, et il arriva à

v2.c7.s5.48

Sanctuaire de Dakṣiṇa Kālī, près de Phirphing.

v2.c7.s5.49

Katmandou en avril 1802. Mais fatigué des tergiversations incessantes du Darbar, qui ne cédait jamais que pour se rétracter aussitôt, Knox, accompagné de son assistant Buchanan Hamilton (I, 136 sq.), retourna définitivement dans l'Inde en mars 1803.

v2.c7.s5.50

Dans l'intervalle, des événements considérables s'étaient passés. La reine Tripura Sundarī, lasse des mauvais traitements de son époux, avait quitté Bénarès et guettait sur la frontière une heure favorable pour rentrer au Népal ; elle y craignait l'hostilité de son ancienne rivale. Quand la saison des pluies rendit le Téraï inhabitable (avril 1802), elle se décida à risquer un coup d'audace, encouragée peut-être sous main par Damodar Panre qui avait accepté à contre-cœur une ancienne esclave comme régente. Une troupe de soldats envoyée contre elle n'osa point agir ; le chef du fort de Sisagarhi s'enferma avec ses hommes derrière les murailles pour n'avoir pas à l'arrêter. Un dernier détachement fut envoyé contre elle. Elle tira un poignard, en porta un coup à l'officier qui se retira honteux de sa besogne, et les soldats se débandèrent. Dès qu'elle fut descendue au Népal, Damodar Panre vint au-devant d'elle et la salua ; la multitude l'acclama et la conduisit au palais, tandis que la régente esclave fuyait dans un temple avec son propre fils, le jeune roi, les trésors et les joyaux de la couronne.

v2.c7.s5.51

La reine laissa le pouvoir à Damodar Panre ; mais elle se hâta de renvoyer à Palpa le roi Prthivî pâla qui était resté à Katmandou depuis l'avènement de Gîrvâna Yuddha Vikrama, et qu'on soupçonnait d'aspirer à la couronne du Népal. Raṇa Bahâdur, qui se savait en droit de compter sur le dévouement de sa femme, partit de Bénarès à la première nouvelle des événements. Informé de son arrivée, Damodar Panre se mit à la tête des troupes pour le recevoir, et pour le surveiller au besoin. Mais Bhim Sen (Bhìma sena) Thâpâ, qui s'était poussé dans l'intimité de Raṇa Bahâdur à Bénarès, et qu'une vieille haine de famille excitait, autant que l'ambition personnelle, contre le chef du clan Panre, conseilla au roi de brusquer les événements. Avec sa décision coutumière, Raṇa Bahâdur s'avança vers les soldats et leur cria : « Eh bien, mes braves Gourkhas ! qui est pour le Sâh, qui est pour le Panre ? ». Les soldats répondirent par des acclamations, et Raṇa Bahâdur entra triomphalement à Katmandou, suivi de Damodar Panre et son fils enchaînés. Peu après, l'ancien ministre fut, avec son fils, livré au bourreau. Il mourut avec courage, sans vouloir faire appel à ses partisans, par crainte de provoquer la ruine complète de sa maison.

v2.c7.s5.52

Bhim Sen Thâpâ devint alors ministre. Il devait conserver le pouvoir pendant trente-trois ans, sous une suite de rois. S'empressa de rendre à son maître le prestige nécessaire, par de nouvelles conquêtes. Pṛthivî pâla paya d'abord ses manœuvres louches ; attiré malgré lui à Katmandou sous prétexte d'un projet de mariage entre sa sœur et Raṇa Bahâdur, il fut massacré avec ses officiers. Puis Amara Siṃha Thâpâ, le père du ministre Bhim Sen, fut chargé, avec le titre anglais de « général », de réduire Palpa. Il n'eut qu'à prendre possession de la ville (août 1804). Le dernier des états indépendants avait vécu ; le Népal était tout entier aux Gourkhas. Amara Siṃha continua sa marche vers l'Ouest, occupa de nouveau le Garhval, et menaça le Kangra ; mais il dut s'arrêter devant un autre conquérant, qui travaillait à se tailler un empire dans l'Himalaya occidental, comme Prithi Narayan avait fait dans l'Himalaya central : le fameux Ranjit Singh (Raṇa jit Siṃha) avait groupé les clans Sikhs, entraînés à la guerre par une lutte séculaire contre les Musulmans, et les avait lancés à la conquête du Penjab et du Cachemire. Le Kangra n'échappa aux Gourkhas que pour tomber au pouvoir des Sikhs.

v2.c7.s5.53

Raṇa Bahâdur ne craignit pas de s'attaquer à des ennemis plus dangereux : les brahmanes. Devenu maître de Palpa, il déclara que les brahmanes du pays avaient forfait, par l'indignité de leur conduite et par l'abomination de leurs pratiques, aux lois de la caste ; en conséquence tous leurs domaines devaient revenir à la couronne. Les brahmanes furent atterrés de cette audace. Ils vinrent à Katmandou réclamer justice, et récitèrent le vers connu : « O roi, le poison n'est pas du poison, les biens des brahmanes, voilà le poison ; le poison tue la personne ; mais les biens des brahmanes tuent les fils et les petits-fils¹ ». Le roi resta sourd, mais un présage indiqua que le ciel avait entendu : le 7 de vaiçâkha clair, en 927 (1807) un grand chacal entra en ville, passa par le bazar, et sortit de la ville par la porte du Nord. C'était la conséquence des fautes de Raṇa Bahâdur, qui avait repris aux brahmanes leurs terres, fermé les grandes routes, mal traité les enfants, commis le sacrilège et l'inceste. Raṇa Bahâdur, instruit d'un complot que son frère illégitime Sher Bahâdur avait formé contre lui, mande Sher Bahâdur, lui ordonne de quitter la capitale et de rejoindre l'armée dans les provinces de l'Ouest. Sher Bahâdur réplique par une insulte ; le roi crie de le mettre à mort, Sher Bahâdur tire son sabre, blesse mortellement le roi, et tombe lui-même sous l'épée de Bâla Nara simha Konvar, un Thâpâ qui devait avoir pour fils Jang Bahâdur, le grand ministre (1807). Bhim Sen Thâpâ, resté le premier ministre de Gîrvâṇa Yuddha Vikrama, oblige la plus jeune épouse royale, qui lui était hostile, à monter sur le bûcher, donne l'ordre de mettre à mort la plupart des chefs qu'il craint, comme les complices de Sher Bahâdur, et partage le pouvoir réel avec la reine régente Tripura Sundarî. L'histoire du Népal est dès lors pendant trente ans l'histoire du ministère de Bhim Sen.

v2.c7.s5.54

¹ na viṣam viṣam ity âhur brahmasvam viṣam ucyate | viṣam ekâkino hanti brahmasvam putrapautrakam ||

v2.c7.s5.55

Le roi Gîrvâṇa Yuddha Vikrama Sâh, qui portait le titre royal depuis l'abdication de son père en 1800, ne possède aucun pouvoir et n'exerce aucune action jusqu'à sa mort. Il avait deux ans quand une combinaison politique de Raṇa Bahâdur l'avait porté sur le trône, neuf ans quand la mort de son père l'avait laissé comme un jouet aux mains de la reine et du premier ministre, dix-huit ans quand il fut enlevé par la petite vérole en 1816. La Chronique le représente avec assez de vraisemblance comme pieux, dévot, pacifique, adorateur de Viṣṇu. Il respectait profondément les Brahmanes et les Saints Enseignements (çâstras). Il se fit expliquer le chapitre de l'Himavat Khaṇḍa qui exalte les lieux sacrés du Népal (Nepâla mâhâtmya), jeûna le jour et la nuit de la Çivarâtri suivante, et dédia la ville de Deo Patan à Paçupati, le 14 phâlguṇa sombre de l'an vikrama 1870 (1813 J.-C.). En 1810, un tremblement de terre violent secoua le Népal, et causa nombre de morts à Bhatgaon ; c'était un présage funeste. Enfin, sous son règne, une guerre éclata dans le Téraï avec les Anglais ; mais le roi les affola et sauva le pays. Alors il manda les Anglais, fit la paix avec eux, et leur permit de vivre près de Thambahil (faubourg de Katmandou).

v2.c7.s5.56

Tel est le récit indigène et officiel de la guerre anglo-népalaise qui aboutit au traité de Segowlie et qui paralysa définitivement la conquête gourkha. Les empiètements obstinés des Gourkhas sur la frontière méridionale avaient fini par lasser la patience de la Compagnie et rendu nécessaire un recours aux armes. De 1787 à 1813, plus de deux cents villages avaient été saisis par les Népalais sous des prétextes injustifiables. Lord Hastings, décidé à agir, en réclama l'évacuation dans le délai de vingt-cinq jours. Bhim Sen répondit à l'ultimatum par une déclaration de guerre.

v2.c7.s5.57

Commencée le 1er novembre 1814, la guerre se prolongea jusqu'au 4 mars 1816. Les Gourkhas n'avaient que 12 000 hommes de troupes à opposer aux 30 000 soldats et aux 60 canons que les Anglais mirent en ligne dès l'ouverture de la campagne ; mais leurs vertus militaires, leur bravoure, leur ténacité, leur souplesse faillirent contre-balancer leur infériorité numérique, et leur résistance mérita l'estime et l'admiration de leurs vainqueurs. L'incapacité des commandants britanniques amena d'abord une série de désastres : le général Gillespie, venant de Meerut, passe les Sivalikhs, pénètre dans le Dehra Dun, et se laisse arrêter un mois par le fort de Kalanga (ou Nalapani), tenu par 600 Gourkhas sous les ordres de Bala bhadra ; le corps anglais y perd 31 officiers, 718 hommes, et son chef lui-même blessé mortellement. Quand le poste n'est plus tenable, Balabhadra se fraie une issue à la tête de 90 hommes qui lui restent encore. Le général Martindell, qui a remplacé Gillespie, mène ses troupes devant Jythak, mais il subit un grave échec ; il perd 12 officiers et 450 hommes. En février 1815 une compagnie de 200 Gourkhas met en déroute 2 000 irréguliers au service de l'Angleterre. Le général Marley, chargé de marcher sur Katmandou par Bichakoh et Hetaura, se laisse surprendre par l'ennemi qui lui tue ou lui met hors de combat 500 hommes. Le major Hearsey qui opère vers Almorah, est défait, blessé et pris. Mais le colonel Nicolls investit Almorah qui capitule, et les Gourkhas perdent le Kumaon. La tactique prudente d'Ochterlony répare tous les désastres. Opposé à Amara Simha, le père de Bhim Sen et le plus redoutable des généraux gourkhas, il le fatigue, il l'use par de petites manœuvres, le force de se retirer à Malaon, où il est réduit à capituler. Ochterlony, généreux dans la victoire, lui permet de sortir avec armes et bagages « considérant la bravoure, l'habileté, la fidélité avec lesquelles il a défendu le pays confié à ses soins ».

v2.c7.s5.58

Interrompue par la saison des pluies et par les négociations que le Darbar traîne en longueur, la campagne rouvre en février 1816. Ochterlony, qui n'a pu forcer la passe de Bichakoh, la tourne et paraît devant Makwanpur. Les forts gourkhas opposent une résistance désespérée, mais l'artillerie finit par en avoir raison. La route de Katmandou est ouverte. Le Darbar demande la paix. Le 4 mars 1816, un traité signé à Segowlie consacre la défaite du Népal, qui perd le Sikkim, le Kumaon, le Garhwal, tout le Téraï à l'Ouest de la Gandaki, et qui se résigne à accepter un résident britannique. Lord Hastings avait fait de cette clause la condition fondamentale de la paix, et avait repoussé d'avance toute discussion sur ce point. Edward Gardner fut nommé résident au Népal, où Hodgson vint le rejoindre comme assistant en 1820¹.

v2.c7.s5.59

¹ Pour la période qui correspond au séjour de Hodgson, j'ai utilisé la biographie écrite par Sir W. W. Hunter : *Life of Brian Houghton Hodgson*, London, 1896. Hunter a utilisé un grand nombre de documents à demi confidentiels qui se trouvent à l'India Office, et dont on verra l'indication précise dans les notes de son excellent livre.

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