Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.s5.73
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.s5.73
- Language
- French
v2.c7.s5.73
Le personnage qui entrait en scène avec un si fâcheux exploit était voué aux tragédies de palais. Son père, Bâla, Narasimha, avait assisté jadis au meurtre de Raṇa Bahâdur et avait de sa propre main abattu le meurtrier, qui était frère du roi. Petit-neveu de Bhim Sen, il avait obtenu de bonne heure un grade élevé; mais, fatigué de la caserne, il avait déserté, franchi la Kali, visité les provinces de la Compagnie, et songé à s’enrôler sous Ranjit Singh; ramené au Népal par des parents, il obtint son pardon. Bientôt la chute de Bhim Sen l’obligeait à se cacher; il parcourut le Népal en observateur discret, s’initiant aux coutumes, aux mœurs, aux langages de toutes les races, assouplissant son corps aux plus rudes fatigues. Rentré à Katmandou, il s’y manifeste par un coup d’éclat; un éléphant affolé bouleversait la ville et personne n’osait l’arrêter. Jang se laisse glisser d’un toit sur le dos de l’animal, lui jette sur les yeux une étoffe qui l’aveugle, et s’en rend maître. Le darbar lui offre un costume d’honneur et une somme d’argent qu’il refuse; il rentre dans l’armée comme capitaine, est employé à une mission secrète près du râja de Bénarès, arrêté par les Anglais qui le ramènent à la frontière. Il a déjà des envieux qui essaient de le perdre; il les confond par son audace. On en cite des traits nombreux. Un jour, tandis qu’il traverse à cheval un torrent furieux sur une passerelle de deux planches, à une hauteur vertigineuse au-dessus de l’abîme, le prince héritier le rappelle. Sans hésiter, il fait, dans un bond hardi, tourner sa monture et rejoint le bord. Un autre jour, pour échapper à la férocité du même prince, il se jette dans un puits, s’y maintient jusqu’à la nuit; quand ses amis viennent l’en tirer, il a les ongles entièrement usés de s’accrocher aux briques des parois. Quand Matabar Singh, rentré en grâce, revint de l'Inde, Jang fut le premier à saluer le retour du nouveau favori. En le choisissant pour être l'instrument du crime, la reine l'avait bien jugé : c'était un homme à tout faire. Elle s'en aperçut plus tard à ses dépens.