Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c7.s5.78
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c7.s5.78
- Language
- French
v2.c7.s5.78
La politique de Jang tend dès lors à se concilier la faveur des Anglais, peut-être en vue d'une éventualité que son ambition et ses talents lui permettent d'envisager. En 1848 il offre au gouvernement de l'Inde le concours des troupes Gourkhas pour réduire les derniers défenseurs de l'indépendance Sikh ; il est poliment éconduit. En 1850, après de longues négociations, il part pour l'Angleterre comme le chef d'une mission chargée « de porter à la reine les respects du roi et les assurances de son amitié ; de voir la grandeur et la prospérité du pays, et l'état du peuple ; d'examiner à quel point les applications des arts et des sciences sont utiles au confort et à la commodité de la vie ». De fait, il espère doubler son prestige au Népal par ses relations avec les puissants de l'Europe, gagner par sa séduction le gouvernement anglais à ses intérêts personnels ; il veut aussi, en homme d'état positif, connaître exactement ces maîtres mystérieux de l'Inde qui font sentir leur puissance sans la montrer à leurs sujets. A Londres, à Paris, où il se rend ensuite, il est le lion de la saison ; l'étrangeté de son costume, la richesse de ses parures, les légendes qui courent la presse, le prestige d'une contrée qui reste impénétrable le signalent à l'attention ; on lui donne des bals, des fêtes, des représentations. A Paris, le ministre des Affaires étrangères vient lui rendre visite ; on le promène officiellement au Musée du Louvre ; il donne un bracelet de diamants à la Cérito qui l'a ébloui par ses pirouettes dans le ballet à la mode : le Violon du Diable. On chuchote des bruits étranges sur la cuisine de l'ambassade, qui prépare sa nourriture dans un coin de l'hôtel Sinet. Rentré dans l'Inde en janvier 1851, Jang et ses compagnons (Jagat Shamsher et Dhir Shamsher, ses deux frères, des officiers, un médecin, un peintre, deux cuisiniers et des serviteurs) s'arrêtent à Bénarès pour accomplir à grands frais sur les bords du Gange les cérémonies de purification imposées à tout Hindou qui sort du pays ; le grand-prêtre des Gourkhas, le Râjya guru, vient lui-même présider à ces rites, pour dissiper toutes les préventions.