Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.10
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.10
- Language
- French
v2.c8.10
J'ai mis pied à terre pour soulager mes porteurs. Passé les quelques cabanes de Chiriya, la vallée s'ouvre et le chemin, large, aisé, sablonneux à souhait, semble une allée de parc ombragée de hauts arbres avec pour fond des hauteurs qui vont de 1 500 à 2 000 mètres. Nous passons sur un pont un joli torrent limpide et sonore que mes coulies appellent le Kori; le pont n'est qu'une légère passerelle de bois; les buffles passent à gué. Nous atteignons la dharm-sala (abri) de Hetaura, où un autre cipaye vient relayer le camarade qui nous accompagne depuis Bhichakoh; les coulies allument bien vite un feu de paille, tout glacés de rosée, et en route. Le chemin traverse maintenant la Rapti et suit le milieu d'une énorme combe que les hauteurs boisées semblent enfermer sans issue ; tout au long, à droite et à gauche, transformant la route en grande rue, les boutiques de Hetaura, marchands de grains, de boissons, de houkkas, d'étoffes, de mercerie, de poterie. Le banyan hindou a disparu ; c'est bien fini de l'Inde. Les hommes sont des montagnards petits, trapus, les yeux bridés et retroussés, les lèvres épaisses, largement écartées, découvrant de grosses dents jaunes ; les cheveux noirs et presque ras; la face plate, large, aux pommettes saillantes ; au menton un peu de poil hirsute; la moustache assez forte, rude et tombant au coin des lèvres ; les femmes plus petites encore, plus jaunes encore, les bras et les jambes massifs, la poitrine splendidement opulente, la tête sans voiles, la chevelure d'ébène, grasse d'huile, soigneusement lissée, tombant en longue natte ou relevée en chignon sur le sommet de la tête, étrangement japonaises, et si près encore des Mâyâdevî, des Sîtâ et des Damayantî.