Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8: Deux mois au Népal: Carnet de séjour
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8
- Language
- French
Contents
Deux mois au Népal: Carnet de séjour
v2.c8.1
(JANVIER-MARS 1898).
v2.c8.3
*12 janvier 1898, 7 heures et demie du soir, fort de Sisagarhi, Népal, 1 950 mètres d’altitude.*
v2.c8.4
Récapitulons. Parti de Calcutta samedi 8 janvier à 9 heures et demie du soir j’ai roulé mes 685 kilomètres coupés par trois changements de voiture, à 5 heures et demie, à 6 heures et demie, à 7 heures et demie. Le dimanche 9, à 4 heures et demie après-midi (soit 19 heures de wagon), je saute en calèche et roule encore cinq ou six kilomètres par les chemins les plus rudement cahoteux. Soirée charmante avec le colonel Wylie, résident britannique au Népal. Le lendemain, lundi, j’écoute religieusement les conseils et les leçons du colonel et de Mme Wylie sur le Népal ; je dîne avec eux, en cérémonie, à la factorerie d’indigo voisine. Un des convives arrive tout joyeux ; il vient de tuer son tigre, un tigre inattendu, tapi dans la jungle près de son bangalow. Il a bien vite envoyé chercher un éléphant et un fusil, et il a servi l’animal. Chacun ici a son tigre ou ses tigres à son compte ; le colonel Wylie ne les compte plus. En ce moment même il sollicite officiellement une autorisation en faveur d'un gentleman et d'une lady qui voudraient aller chasser le tigre dans le Téraï népalais. Début alléchant, n'est-ce pas?
v2.c8.5
Le matin les chevaux et la calèche du râja de Bettiah me ramènent à Segowlie où mon escorte m'attend: palanquin, dooly [chaise de montagne], 16 porteurs pour moi, 8 pour mon boy Francesco, 7 pour les bagages, plus le cipaye chargé de faire manœuvrer ce monde. L'entreprise n'est pas toujours aisée; parfois les coulies plantent là leur client, en pleine jungle, et prennent la clef des champs: Mme Wylie elle-même a connu cette mésaventure. Le sort me l'a épargnée. Les cipayes du colonel Wylie, de beaux Hindous avec des colliers de barbe noire, ont tous rivalisé de soins, de complaisance, d'attentions, et si je me ruine en bakchichs, au moins suis-je bien servi. Le voyage au Népal est plutôt ruineux; je compte qu'il me coûtera au moins 400 roupies, 650 francs, autant que de Marseille à Bombay, avec un peu moins de confort. Les porteurs sont prodigieux de force et de vitesse; le palanquin est une vraie chambre en bois; avec la literie, les provisions, l'ameublement et le locataire, la charge est bien de 100 kilogrammes, et, à quatre hommes pour la porter, ils font aisément leurs 8 kilomètres à l'heure. Impossible de marcher avec eux; il faut courir, ou s'empa-lanquiner. La résultante des forces est représentée exactement par les mouvements éperdus du pendule quand on tire violemment une horloge à soi; oscillation de droite à gauche et projection violente en avant et en arrière. En outre, la consigne est de ronfler, ou tout au moins d'être immobile. Le moindre geste rompt l'équilibre de la charge et l'effort des porteurs; on se sent peu à peu et bien vite craqué jusqu'au plus profond des os.
v2.c8.6
A une heure, halte à Hardia, la dernière factorerie anglaise sur la route. Le propriétaire, M. F..., avisé par le colonel Wylie, m'attend pour déjeuner et dîner. Il vit là, tout seul, à une lieue du Népal, à deux du Teraï, exploitant l'indigo ; un fusil toujours chargé lui tient partout compagnie ; avis aux indigènes et aux fauves de mauvaise composition. Mon hôte est ravi ; les visites sont rares sur la route de Katmandou ; et il essaie de me retenir par les meilleures et les pires des raisons. Je visite sa factorerie. L'année a été désastreuse : famine d'indigo comme de grains, et la concurrence des indigos de laboratoire a fait tomber les prix. Là encore (à quoi sert de se boucher les yeux ?), c'est l'Allemagne qui l'emporte. Les acheteurs d'indigo à Calcutta sont des Allemands ; ils y viennent d'octobre à janvier, règlent les prix et rentrent ensuite chez eux.
v2.c8.7
Mais les Wylie m'ont bien recommandé d'éviter le moindre retard. A 5 heures je demande à dîner ; puis en route. Le cortège se reforme. La nuit tombe ; l'expédition s'est enrichie d'un moussalji, un éclaireur qui brandit une longue torche constamment arrosée d'huile. La précaution n'est pas superflue ; la route, déjà mauvaise, empire, coupée de fondrières et de marécages où le palanquin frise la surface de l'eau. A Raksaul, nous quittons le territoire britannique et le Népal commence avec Gahawa. Des ordres ont été envoyés partout ; nulle part on ne m'arrête. En passant devant les postes de surveillance, mes coureurs jettent le mot magique « Sarkar », et c'est assez. Sarkar, c'est le gouvernement, et tout ce qui y touche, et tous les blancs et même les domestiques des blancs. Et toujours la longue bande de poussière blanche entre les champs tout plats, tout de poussière blanche eux aussi ; et tout ce blanc commence à s'illuminer, éblouissant, sous le lever de la lune tardive. Le froid vient, le froid humide et pénétrant du Téraï qui glace les os avant la peau, je m'enfonce entre mes rézaïs et renonce aux séductions du paysage lunaire. Je ferme mes portes et ne les entr'ouvre que de temps en temps pour observer la route. Toujours le pas de charge, rythmé par le halètement scandé des porteurs où paraît gémir une longue servitude de peines, avec parfois des syllabes attendrissantes comme notre « dodo, enfant do! » C'est : « babou, dors! babou, dors! » Pauvres gens qui triment si dur et qui endorment encore de leur chant cadencé leur oppresseur.
v2.c8.8
Nous voilà dans la jungle, la jungle redoutable, étrangement mystérieuse sous cette claire lune qui illumine les contours sans entamer les ombres épaisses. A minuit il fait si froid que mes coulies s'arrêtent. Ils allument des feux sur la route et se rôtissent voluptueusement. J'en profite pour me secouer. A droite, à gauche, deux éléphants attachés aux arbres continuent bruyamment dans la nuit grelottante leur incessante mastication des branchages, silhouettes surnaturelles qu'entoure un frémissement de feuilles arrachées. Nous sommes chez les Tharus, les énigmatiques Tharus. Derrière une clôture de paille, qui symbolise le mur de la vie privée, une femme chante une mélodie sans fin et s'accompagne d'un tambourin. A minuit! par ce froid! que fait-elle? Une adoration, une incantation? Comment le savoir? Enfermés dans leur retraite que nul ne peut leur disputer, ces Tharus ne s'engagent jamais dans les factoreries voisines. Ils vivent entre eux, cachant jusqu'au secret de leur langue, ne s'adressant aux étrangers qu'en hindoustani. Soudain, sans rien qui l'annonce, sans un soulèvement du sol, sans une roche perdue, sans un caillou dans cette poussière fine, nous sommes au pied de l'Himalaya. C'est Bhichakoh, mon premier relai. Il est 3 heures et demie du matin.
v2.c8.9
Katmandou, 13 janvier 1898, 8 heures soir. — Décidément on arrive à tout, même à Katmandou; il ne faut qu'y mettre le temps. Mais je reprends mon récit où je l'ai laissé, à Bhichakoh. Donc, à Bhichakoh, c'est la montagne qui s'ouvre tout à coup, comme en un changement à vue; la passe s'engage entre des collines hautes déjà, au profil de montagnes et qui dévalent en pentes raides couvertes de forêts. Le sol disparaît sous les cailloux et sous les roches éboulées des flancs ou descendues avec les torrents à la saison des pluies, saison formidable ici. Le chemin, ou plutôt l'itinéraire, car il n'y a plus trace de route, traverse une large étendue d'eau, rivière ou étang, je l'ignore; la nuit m'en dérobe les aspects lointains. La passe se resserre, s'étrangle entre des pentes grandioses, ruisselantes de rosée; entre les vastes cirques de pierres qui s'étagent en gradins successifs, le sentier monte abrupt sur un sol glissant de sable humide; des huttes isolées s'accrochent çà et là aux flancs des hauteurs, pauvres abris de branchages où les bergers se réchauffent auprès de grands feux. Sur ce sentier, qui s'effrite et s'émiette sous les pas, se développent des processions de chars traînés par des buffles; presque tous apportent des « tins » de pétrole. Décidément je pourrai m'éclairer à Katmandou. Le jour se lève si blanc qu'il se confond avec la clarté de la lune, mais il grandit vite et pénètre en vainqueur les dessous et les fourrés qui arrêtaient la lune.
v2.c8.10
J'ai mis pied à terre pour soulager mes porteurs. Passé les quelques cabanes de Chiriya, la vallée s'ouvre et le chemin, large, aisé, sablonneux à souhait, semble une allée de parc ombragée de hauts arbres avec pour fond des hauteurs qui vont de 1 500 à 2 000 mètres. Nous passons sur un pont un joli torrent limpide et sonore que mes coulies appellent le Kori; le pont n'est qu'une légère passerelle de bois; les buffles passent à gué. Nous atteignons la dharm-sala (abri) de Hetaura, où un autre cipaye vient relayer le camarade qui nous accompagne depuis Bhichakoh; les coulies allument bien vite un feu de paille, tout glacés de rosée, et en route. Le chemin traverse maintenant la Rapti et suit le milieu d'une énorme combe que les hauteurs boisées semblent enfermer sans issue ; tout au long, à droite et à gauche, transformant la route en grande rue, les boutiques de Hetaura, marchands de grains, de boissons, de houkkas, d'étoffes, de mercerie, de poterie. Le banyan hindou a disparu ; c'est bien fini de l'Inde. Les hommes sont des montagnards petits, trapus, les yeux bridés et retroussés, les lèvres épaisses, largement écartées, découvrant de grosses dents jaunes ; les cheveux noirs et presque ras; la face plate, large, aux pommettes saillantes ; au menton un peu de poil hirsute; la moustache assez forte, rude et tombant au coin des lèvres ; les femmes plus petites encore, plus jaunes encore, les bras et les jambes massifs, la poitrine splendidement opulente, la tête sans voiles, la chevelure d'ébène, grasse d'huile, soigneusement lissée, tombant en longue natte ou relevée en chignon sur le sommet de la tête, étrangement japonaises, et si près encore des Mâyâdevî, des Sîtâ et des Damayantî.
v2.c8.11
On sort du cirque par le défilé où la Rapti s'écoule, et le chemin suit le cours du torrent, accroché aux flancs des montagnes — c'est bien les montagnes maintenant — épousant toutes leurs sinuosités. Halte au bord de la Samri, que traverse encore une jolie passerelle ; nous nous espaçons sur un large replat et tout au long du ruisseau, nous faisons tous une toilette sommaire. Je déjeune en hâte, et à 10 heures, encore en route. Le torrent réduit à son minimum gronde pourtant et mène encore beau tapage au fond du ravin. Nous avons déjà monté ; Bhichakoh n'est qu'à 990 pieds, 330 mètres ; le pont de la Samri est à 1 600 pieds, plus de 500 mètres. Des hameaux sont installés au bord de la route, tapis entre les roches, sur tous les replats ; quand les pentes s'allongent, des villages se pressent, riants, entourés de cultures, et qui grimpent bien haut, bien haut, vers les 2 000 mètres. Et toujours le torrent qui gronde, et qui écume, et qui se brise contre les hautes roches éboulées. Le soleil est maintenant haut, il descend dans les ravins. Oh! la divine, l'incomparable lumière, plus belle encore que sur les plaines poudreuses et sèches, dans cet air si pur, où l'eau flotte en vapeur très légère, estompant la crudité des contours sans rien ravir à la netteté des horizons, illuminé jusque dans les ombres par le resplendissement de l'azur le plus glorieux. J'ai retrouvé là, sous d'autres formes, les joies enivrantes de la couleur que la mer Rouge m'avait fait connaître.
v2.c8.12
La route aboutit à Bhimpedi (3 660 pieds, 1 200 mètres) dans un cul-de-sac ; les hauteurs tombent partout à plomb. Adieu les palanquins, je liquide avec des bakchihs mes *kahars* (porteurs de palanquin) et mes coulies et mon cipaye et je passe aux mains des Népalais. Des kahars, des coulies et un cipaye sont venus de Katmandou avec une *dandi* pour moi et une autre *dandi* moins somptueuse à l'usage de Francesco. Ma *dandi*, une *dandi* de luxe, est très exactement un canot ; à la proue et à la poupe on passe des perches, deux hommes à l'avant, deux à l'arrière et comptons pour le reste sur les lois de l'équilibre stable ; mon Francesco a une simple pirogue, et encore une pirogue en toile, à la façon d'un hamac ou d'un linceul, avec le même système de suspension. Ici on est hindou, hindou de culte, s'entend. Les bénédictions tracées au minium sur les murs des maisons et dans les boutiques sont des adorations à Gaṇeça, à Kṛṣṇa, à Sarasvatî. J'apprends — depuis deux jours je n'ai parlé que l'hindoustani — que Bhimpedi doit son nom à Bhîma. Le temple du village, simple carré enclos de murs, décoré d'un linga et d'une cloche, est dédié à Bhîmasena. Outre le temple de Bhîmasena, Bhimpedi a une toute petite chapelle avec une statue certainement ancienne de Lakṣmî-Nârâyaṇa. Le dieu et la déesse se tiennent amoureusement et Garuḍa est à leurs pieds. Je prends un repas sommaire dans une boutique vide, et toute clôturée — heureux présage — avec les planches des caisses où l'on expédie d'Amérique (New-York, U. S.) le précieux et économique pétrole. Du reste Bhimpedi est à moitié construit avec ces planches. Les porteurs qui remplacent à partir d'ici les chariots à buffles ne se soucient pas de traîner une charge inutile. D'ici à Sisagarhi, une dure escalade sur un chemin rugueux, rocailleux, constamment à pic. En 2 milles, soit 3 forts kilomètres, on passe de 3 660 pieds à 5 875, de 1 200 mètres à 1 900 mètres et sous un soleil de 35° sans une apparence d'ombre. Mes porteurs ne se fatigueront pas, je fais le chemin à pied. Francesco, qui fait l'apprentissage de la montagne, gît dolent en son linceul, pleurant la fièvre. Et tout le long de cette rude escalade, les portefaix se succèdent : des groupes de quarante, cinquante hommes traînent péniblement des tuyaux de canalisation destinés à Katmandou. Si c'est là la seule route vers Katmandou, comme les Népalais prétendent le faire croire, ils peuvent dormir tranquilles. On grimpe sous les canons du fort de Sisagarhi qui domine la vallée de Bhimpedi et commande la passe. Dans l'enceinte du fort, un petit bangalow a été installé à l'usage du résident, bien primitif au reste : comme lit une planche ; en fait d'autres meubles, une table et deux chaises. Sur la demande expresse du colonel Wylie, le bangalow m'est ouvert ; la sentinelle gourkha me présente les armes ; les officiers, la plaque en diadème, s'alignent, et je prends possession de ma chambre, ma cage ou ma prison. Le colonel Wylie m'a bien recommandé de rester contre le mur du bangalow, il y est tenu lui-même : la moindre curiosité, le moindre pas à l'écart vous ferait crier à l'espion.
v2.c8.13
Il est 4 heures et demie, le soleil descend au fond de la vallée, disparaît derrière les hauteurs ; des nuages, des nuées légères descendent aussi sur les sommets et s'étirent aux branches. La forêt monte jusqu'au faîte ; contre le bangalow un bananier épanouit son feuillage ample et fragile. La nuit arrive, scintillante d'étoiles, mais fraîche. Ce matin à 7 heures, mon thermomètre marque + 3° et j'ai l'onglée en cueillant des fleurs. Encore une nuit réduite à sa plus simple expression. Ce matin, réveil aux lumières. Déjeuner hâtif; chacun prend sa charge et soufflant sur mes doigts tout rouges, j'escalade au galop la passe de Sisagarhi : 6 500 pieds, 2 500 mètres. O spectacle inoubliable et soudain ! Devant moi, la paroi descend à pic dans le feuillage ; en face, des pentes grillées (les pentes qui s'ouvrent au Sud, brûlées et desséchées par le soleil, sont ici sans verdure) ; au fond le torrent large et sombre encore, et quelle ligne d'horizon ! Une bande énorme de pics glacés. Une descente précipiteuse enlevée au galop nous amène au bord du torrent, la Panoni; le chemin suit la rive du torrent, tournant et contournant toutes les parois; les cultures gravissent les pentes, et les hameaux ont des maisons charmantes à un, deux ou même trois étages, avec des toits en courbe et des châssis de portes et de fenêtres en bois ouvragé. Je vois des pièces qui feraient l'honneur d'un musée, perdues en ces recoins de montagnes.
v2.c8.14
Vers 10 heures, le chemin quitte le torrent, monte en pente raide le long du Chandragiri et va aboutir au cul-de-sac de Chitlong, à 6 125 pieds, 2 000 mètres. Arrêt à la dharmsala. Une caravane de Tibétains, Tibétains du Tibet, passe, en route pour Calcutta, image vivante et parlante de ces pénétrations continues que l'histoire n'enregistre pas. On les remarquerait à peine parmi les Gourkhas sans leurs chapeaux de feutre dressés en cône, tout ronds, aux bords petits et retroussés ; les femmes sont presque identiques à celles d'ici, traits, allure, opulence des chairs, chevelure, coiffure, parures, mais le teint est d’un jaune plus foncé, plus franc, moins bruni. Arrivés à Chitlong à 11 heures et demie, nous n’y restons qu’une heure, et en route pour la passe de Chandragiri. 1 600 pieds, 500 mètres à monter sur une pente à pic, mais dans la forêt. A 2 heures nous sommes en haut : 7 700 pieds, plus de 2 500 mètres avec + 35° au soleil et une magnifique forêt verdoyante. Toute la vallée du Népal est à mes pieds : Katmandou, Patan, Bhatgaon occupent l’Est ; partout, au fond et sur les pentes, des villages et des cultures, et de l’Est à l’Ouest, par-dessus les montagnes d’enceinte, une ligne continue, ininterrompue, sans lacune, de cimes blanches, neiges ou glaces qui ferment entièrement l’horizon. Les voilà tout près, trois ou quatre vallées à franchir, et par delà, l’autre revers, c’est le Tibet, un morceau de la Chine.
v2.c8.15
La descente sur le Népal serait impraticable sans un escalier ; il a fallu du haut en bas, sur une hauteur de 700 mètres, établir des marches grossières. Francesco, le pauvre Francesco lui-même doit mettre pied à terre. On atteint la vallée à Thankot et 14 kilomètres de route plate mènent à Katmandou. Je m’installe en dandi, et mes porteurs m’enlèvent au galop. Je traverse la Bitsnumati, et dédaignant la route du résident qui contourne la ville, je traverse le bazar, les porteurs criant, gesticulant, poussant, renversant dans les rues étroites. A 4 heures et quart je suis au bangalow.
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Vendredi, 14 janvier. — Aujourd’hui, recueillement obligatoire. J’ai vu tout juste de Katmandou les quatre murs du jardin qui entoure le bangalow. Le guillotiné par persuasion était déjà connu ; je suis le prisonnier par persuasion. Ce matin, vers 9 heures, le Captain Sahib Bhairab Bahadur m’envoie demander par un havildar à quelle heure je puis le recevoir. Le Captain Sahib est par droit d’héritage, comme son père et son grand-père le furent, le messager régulier entre la Résidence et le Darbar. Je lui propose 10 heures, il arrive à 11. Matinée perdue à l'attendre. Manières charmantes, presque onctueuses, de beau soldat. « Comment donc ! Tout à votre service ! Vous voulez ? Mais ne vous gênez donc pas ! Et quoi encore ? » Et je lui répète ce qu'il sait déjà par ma première demande de passe, puis par le colonel Wylie, puis encore par la lettre que le colonel Wylie m'a donnée pour lui et que je lui ai adressée dès mon arrivée, mes intentions, mes travaux, la hâte où je suis de commencer. « Mais certainement, je vous prie de me considérer comme un ami. Un poney ? Vous l'aurez. Et aussi deux cipayes pour vous guider et vous aider (le joli déguisement que prend ici la police!). Et je vais trouver le mahârâja intérimaire et arranger une entrevue entre lui et vous. Vous êtes fatigué du voyage, il est si pénible ! — Mais non ! — Oh si, on a besoin de repos, reposez-vous aujourd'hui; demain, j'arrangerai tout ». Demain, l'éternel demain de l'Orient. Il ne faut pas moins que l'éternelle transmigration pour garantir tant de lendemains. A bon entendeur salut. Je n'ai qu'à me résigner à faire les cent pas dans ma maisonnette et mon jardinet.
v2.c8.17
Heureusement j'ai un compagnon de captivité, le babou S. Mitra, qui représente à lui tout seul en ce moment tout le personnel de la Résidence, un Bengali ventru, joufflu, chevelu et barbu, membre du Sadharan Brahmo Somaj, célibataire, dégagé des préjugés de caste, instruit à l'anglaise, nourri des « Quotations from Shakespere » et qui par délégation représente ici ma Providence au nom des Wylie. Il m'a, par ordre et aussi par amabilité personnelle, ménagé un charmant chez moi : petite salle à manger, bureau-salon, une table bureau avec tout ce qu'il faut pour écrire ; chambre à coucher : une toile tendue sur quatre pieds de bois, le lit réduit à sa plus simple expression ; salle de bain. C'est encore Mitra qui m'envoie les légumes et les conserves de la résidence que Mme Wylie a mis à ma disposition. Il n'y a, paraît-il, que les montagnes qui ne se rencontrent pas; je finis par douter même de l'exception. En cette demi-captivité, à 4 700 pieds d'altitude, au fond d'une vallée qu'enferme l'Himalaya, isolé entre l'Inde et la Chine, unique représentant de l'Europe, je rencontre une connaissance. Mitra me connaît, sait que je fais du sanscrit, que je suis marié, que j'ai au moins un fils, et que ne sait-il pas ? Quoi! tant de gloire et de renommée ! Tout simplement ceci : Mitra a été pendant six ou sept ans l'agent de Protap Chandra Roy; tandis que ce brave homme courait l'Inde et remuait l'univers pour mener à bout sa grande œuvre de relèvement moral et proposait comme idéal aux générations nouvelles la vieille épopée sanscrite du Mahâ-Bhârata, Mitra écrivait les lettres que signait Protap; il m'a écrit à moi, comme à tant d'autres, et il a lu naturellement les réponses. Il passerait volontiers la journée à causer. Très curieux de l'Occident qu'il rêve de visiter, bon observateur, bien informé sur le Népal où il est depuis cinq ou six ans, il a fait sous le costume du pèlerin le voyage de Muktinath que je ne pourrai pas faire; je suis trop blanc.
v2.c8.18
Le fils du pandit de la Résidence vient ensuite; il m'amène un vieux pandit, Todârânanda; tous deux vrais Névars, petits, tout petits, face plate et nez plat. Ils sont absolument, totalement, radicalement ignorants. Ces pauvres pandits bouddhiques ne savent rien, rien de la littérature bouddhique, pas même les titres, en dehors des neuf « Dharmas » qu'ils n'ont pas lus au reste. Ils me promettent de se mettre en quête de manuscrits et de m'amener un vrai pandit qui demeure à Patan. La renommée a volé; arrive dare-dare le jemadar, l'officier factotum de la Résidence, un Hindou du Madhyadeça, vichnouïte dévot qui sait autant de sanscrit que moi d'hébreu. Je lui récite la Gâyatrî et son admiration ne connaît plus de bornes, puis des mantras à Kṛṣṇa, Keçava et toute la litanie. Voilà un homme qui tomberait à mes pieds. Il est vraiment touchant de voir son émotion en présence d'un sahib qui connaît la langue sacrée. Bref, il se met pieds et poings liés à mon service, et Mitra m'avertit que c'est le plus utile des auxiliaires : depuis vingt ans il est attaché à la Résidence.
v2.c8.19
J'ai passé le reste de ma journée à soigner mon pauvre Francesco, bien abattu, bien fiévreux, grelottant; il a changé en quelques jours de manière effrayante. Il est désolé, et moi aussi. J'ai dû pour le remplacer provisoirement prendre un cuisinier de rencontre qui a juré de me délabrer l'estomac et pour le seconder il a fallu un khidmatgar, un serveur, un poème de crasse, une épopée d'ordures. Le pays est froid ; si les Névars ne se lavent guère, lui ne se lave certainement pas. Les infâmes guenilles qui couvrent sa peau enrichissent encore sa saleté d'une annexe repoussante. Je ferme les yeux ou détourne la tête quand il apporte le plat ou fait mine d'essuyer une assiette.
v2.c8.20
Samedi, 15 janvier. — Je serais entièrement satisfait si je n'avais appris à me méfier des Népalais. J'ai passé une matinée à attendre sous l'orme, ou plus exactement sous l'oranger, car mon jardin est planté d'orangers, et d'orangers chargés d'oranges. Il n'y fait pas chaud le matin, au pays où fleurit l'oranger. A 7 heures, le thermomètre oscille entre + 3° et + 5° et, jusqu'à 10 heures, on y vit dans une brume fine, une vraie brume de vendanges. Le soleil ne la dissipe que vers 10 heures et demie ; il la chauffe tout de suite, 25°, 28°, 30°, 32°, vers deux heures ; mais l'ombre est tiède et rien de plus ; le thermomètre n'y dépasse guère 15° aux heures chaudes. C'est le froid pour un vieil Hindou ; je me suis commandé un costume népalais, culotte collante aux jambes à fond très ample, tunique à pans très amples serrée à la taille par une ceinture, le tout en une sorte de lustrine couleur lie de vin et bourrée d'ouate.
v2.c8.21
Décidément les Népalais ont raison de fermer la porte ;, s'ils l'entr'ouvraient on la ferait vite sauter. Il ferait si bon vivre ici : Un paysage divin — la vallée du Grésivaudan avec Grenoble et son cirque d'Alpes, mais des Alpes qui s'appellent l'Himalaya. Le pic de l'Ouest est le Dhaulagiri ; le pic de l'Est est le Gaurisankar. Un éternel printemps sous un ciel toujours bleu, la caresse douce d'une vapeur lumineuse, les pins côte à côte avec les orangers et les bananiers ; les oiseaux, muets en bas, sont jaseurs, chanteurs, roucouleurs, un concert sur tous les arbres ; au lieu de l'isolement qui sent son lazaret, on vit ici, même dans les limites de la Résidence, avec les indigènes. Le Post-Office est mitoyen avec le bangalow et grouille d'enfants qui chantent, rient, jouent, se battent, piaillent, font la vie. Et la ville est une merveille de pittoresque avec ses pagodes à toits étagés, ses maisons multicolores, les ravissants encadrements des fenêtres et des portes où le bois se plie à tous les caprices d'une imagination féconde et combien libre ! les bazars où les Tibétains huileux et jaunes et sales se croisent avec les Pathans farouches, presque blancs et parfaitement sales eux aussi. Une infinie variété de types allant de l'Aryen hindou aux longs yeux, au nez fort et régulier, et au teint clair jusqu'au Mongol tout jaune, trapu, massif, les yeux bridés et obliques. En traversant les villages, on voit assis au seuil monsieur vêtu d'une ficelle, madame vêtue d'un jupon, et la tribu des enfants vêtus d'innocence.
v2.c8.22
Et, comme dans les pièces militaires, un parfum de poudre flotte sur tout cela. A trois heures du matin un coup de canon annonce l'ouverture des portes ; à neuf heures du soir, un autre coup de canon annonce la clôture, et malheur à qui se laisse surprendre plus tard dans les rues. La police népalaise se charge de le passer... à opium. Et tout le long du jour on entend les clairons, les coups de fusil de la parade ; les rayons lumineux des hélios dansent sur le haut des montagnes d'alentour.
v2.c8.23
Francesco se rétablit. J'ai pris à mon service un aide de cuisine, 8 roupies ; un balayeur à tout faire, 5 roupies ; un dhobi (blanchisseur), 6 roupies ; j'ai un cipaye népalais qui me garde, et un cipaye de la Résidence qui me sert de courrier. Bref la maison est montée, et sur quel pied ! à l'échelle de l'Himalaya. Tout ce monde grouille dans mon compound sans étouffer la voix mélodieuse des oiseaux. Il y a même des moineaux au Népal !
v2.c8.24
Le Captain Sahib m'a fait demander un rendez-vous. A l'heure dite il arrive et m'annonce que le commandant en chef, mahârâja par intérim, Deb Sham Sher, serait heureux de me recevoir à 3 heures. A 3 heures la calèche royale vient me prendre ; Captain Bhairab a passé la grande tenue, un beau costume sévère bleu noir avec quelques brandebourgs d'or, et sa calotte est bordée d'un filigrane d'or et couronnée d'une plaque d'or. Je mets mes gants de cérémonie qui symboliseront le « full-dress », l'étiquette n'imposant pas l'habit. Fort belle calèche somptueuse et confortable ; les Gourkhas ébahis me regardent passer. Deb Sham Sher vit au coin S.-E. de Katmandou, le bangalow est au coin N.-E., nous longeons la ville, le Champ-de-Mars, et voici le palais : un enchevêtrement de bâtisses toutes modernes, œuvre d'un architecte des écoles anglaises, sans caractère, avec des portiques grecs, mais dans un cadre admirable. Entrée qui serpente, porte sur porte, sentinelle sur sentinelle. Il me semble retrouver les darbars du Kattiavar. Une foule de serviteurs qui ne servent à rien, de courtisans qui font acte de présence, de fonctionnaires, d'employés, de babous, sous les galeries, sur les marchés, aux fenêtres. Je suis l'événement, le cri du jour, on m'attend.
v2.c8.25
Deb Sham Sher Jang Rana Bahadur, commandant en chef (et plus tard Mahârâja).
v2.c8.26
Captain Bhairab m'introduit dans un salon énorme, quarante ou cinquante mètres de long, qui occupe toute la façade du premier étage, farci du bric-à-brac obligatoire de canapés, chaises, consoles, tables, fauteuils, lustres, miroirs dorés ; aux murs, les portraits peints par des artistes anglais et par des artistes indigènes du mahârâja présent et de ses devanciers : Jang Bahadur, Bhim Sen, etc., grandeur nature, en des cadres tout dorés, et partout des œuvres d'art en bronze doré, l'industrie par excellence du Népal. Enfin, pressé par la poussée d'un entourage trop curieux, le Commandant en chef entre, petit, large, coiffé d'une toque dorée, enveloppé d'une longue robe de chambre, la bouche ensanglantée de bétel, au front le santal et le minium, restes de la pûjâ quotidienne. Il m'invite à prendre place à ses côtés sur un canapé, et fait amener son fils, un bambin de dix ou onze ans qui apprend l'anglais, physionomie intelligente et énergique comme le papa. Tuniques blanches de brahmanes, uniformes de chefs, soutanes de babous tout à l'entour. Deb Sham Sher est au courant et va droit au fait. Le tournoi s'engage. Un pandit ou soi-disant tel m'adresse la parole en sanscrit, péniblement, incorrectement ; un second pandit survient, mon succès est facile. Deb Sham Sher essaie d'articuler quelques syllabes en sanscrit : Pūrvasmin... kāle... Yudhiṣṭhira... king... was... then... sanskrit bhākhā... in use..., et s'effondre sous l'effort. Il me parle de la représentation de Çakuntalâ à Paris ; il me demande si je crois aux devas, si à mon avis les prophéties du Bhaviṣyat-Purāṇa sont exactes ; puis si on imprime du sanscrit à Paris. Je lui parle du Bhâgavata de Burnouf. Le nom de Burnouf ne doit pas rester ignoré au pays des manuscrits d'Hodgson. Il me demande de lui lire la légende en français qui accompagne une gravure anglaise : la mort de Tipou-Sahib, et s'exclame sur la mélodie du français (ah! si j'avais la « voix d'or » !). Je mets fin à l'entretien qui n'en finirait pas, et Deb Sham Sher me déclare qu'il est à mon service, que je puis aller où je voudrai, qu'il m'aidera à la recherche des manuscrits et des inscriptions. « Un tel savant, venu de si loin, n'est-ce pas notre devoir ? » Assurément, Monseigneur, mais nous verrons ce qu'en vaut l'aune népalaise. Liberté d'entrer, de travailler, de lire, de faire copier les manuscrits recueillis à la Bibliothèque du Darbar, pas demain, naturellement, après-demain ; il faut mettre en ordre, — toujours le même système. Et il donne l'ordre à Captain Bhairab de me « drive » à travers Katmandou par les deux ou trois rues où peut passer une voiture.
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En rentrant je fais mes comptes de ménage ; 2 volailles, 8 annas ; 1 douzaine d'œufs, 3 annas 1/2 ; 1 balai, 1 annu ; 1 pot à eau, 1 anna ; sucre, 2 annas 1/2 ; beurre, 3 annas ; 1 bidon à pétrole pour mettre l'eau, 2 annas ; légumes, 1 anna ; oranges, 1/2 anna ; farine, 2 annas. Et enfin la puissante intervention du Captain Sahib et subséquemment de la police m'ont rendu possible l'achat d'un mouton. Il est vrai que je l'ai payé cher : 2 roupies. Tant il est vrai qu'au Népal on exploite les étrangers.
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Dimanche 16 janvier. — Enfin j'ai commencé à travailler. A midi le mukhya, simple soldat en dépit du nom ambitieux qu'on lui donne, est venu m'informer de la part du Captain Sahib Bhairab Bahadur que le cheval promis ne viendrait pas avant deux ou trois jours, le mahârâja ayant emmené dans sa tournée d'hiver tous les chevaux disponibles ; en même temps il se mettait à mes ordres. Le cipaye que m'octroie la Résidence m'attendait à la porte. Je me mets donc en marche avec, pour avant-garde, le mukhya, un Gourkha petit, trapu, dépenaillé et puant, et pour arrière-garde le cipaye, grand, barbu, truculent et bonasse, une bonne d'enfant en uniforme. Je tombe sur Mitrânanda, le fils du Pandit de la Résidence, qui m'amène son oncle Bhuvanânanda, un petit vieux au visage fripé qui rumine le bétel. Sera-t-il le pandit souhaité ? Je l'aborde en sanscrit ; il bafouille indignement, mais en y mêlant cinquante pour cent d'hindoustani, il arrive à s'expliquer. Sa science des textes bouddhiques ne dépasse pas le Lalita-vistara. Je lui énumère les titres d'ouvrages traduits en chinois et que je veux retrouver en original; il n'en connaît pas un, il ne comprend même pas. Enfin, faute de grives... je lui propose de m'accompagner dans mes tournées, moyennant salaire; il me servira de couverture et d'introduction auprès des bouddhistes d'ici. Il a un rhumatisme, marche à peine, demeure à Patan; enfin, il compte être guéri jeudi et viendra me trouver. Tant vaut le pandit, tant vaut le fidèle. J'ai fait connaissance avec les fidèles de Çâkyamuni. O tempora ! o mores !
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Mon mukhya est un assez brave homme, tout ébloui de voir un sahib qui sait du sanscrit : il faut entendre le ton dont il parle de moi à la foule. J'ai traîné l'après-midi à mes trousses la moitié de la population, et encore je n'ai ni photographié ni estampé; que sera-ce alors? Le mukhya tapait dans le tas en avant, et le cipaye sur les côtés. Au temple de Nârâyaṇa, je rencontre un brahmane qui parle assez bien le sanscrit juste au moment où la foule choquée crie : juthi! juthi! comme on crierait chez nous : chapeau! chapeau! Mes chaussures de cuir souillent le sol du temple. Je fais face à l'orage, offrant à haute voix un dialogue en sanscrit. Le brahmane répond, et voilà la conversation engagée; joute publique. Plus de protestations, le flot grossit, s'avance, m'entoure et quand je quitte le temple, le brahmane m'accompagne et me signale les inscriptions du voisinage; mon cortège suspend la circulation. J'ai visité ainsi tous les temples de Katmandou, Çiva, Viṣṇu, le Bouddha, Gaṇeça, Bhîmasena, sans aucune préférence, dressant l'inventaire de toutes les pierres inscrites que je rencontrais. Elles sont légion. Je n'ai rien trouvé d'extrêmement ancien, mais à dater du quinzième siècle, que de stèles, et de stèles admirablement gravées! Il faudra des kilomètres et des kilogrammes de papier. Je voudrais prendre tout indistinctement sans choix ni méthode; le tri et la classification se feraient plus tard aisément. Impossible au reste, sous la poussée de la foule, de déchiffrer ligne à ligne et de séparer l'ivraie du bon grain. Le mukhya a certainement reçu l'ordre de m'aider, et c'est un spectacle piquant de voir le petit Gourkha et le grand cipaye tournant autour des temples et s'évertuant à découvrir des inscriptions.
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J'ai fait des bouddhistes du Népal une triste expérience. De la rue je vois ou j'entrevois par la porte basse, dans la cour rectangulaire d'une maison, une façon de stûpa. J'entre, on m'arrête. C'est ici un vihâra, cela promet des pandits, des moines, une bibliothèque. Allez y voir. Les vihâras d'ici servent de logement à des pères de famille entourés de leur progéniture et qui y exercent un métier ou n'y font rien du tout. Ils ne savent rien que les seuls noms des neuf dharmas népalais. Il y a dans la cour deux inscriptions. Je reviendrai avec mon vieux perclus de Bhuvanânanda et, si on m'arrête, il prendra les estampages. Le bouddhisme se meurt ici; stûpas et čaityas se rencontrent partout encore, mais à l'intérieur de la ville ils sont abandonnés et à demi ruinés. Les seuls fidèles qui leur restent sont les basses classes rejetées dans les faubourgs, et les Tibétains malpropres. Oh! être porté dans un flot de Tibétains mâles et femelles, avec leurs peaux de chèvre, leurs nattes huileuses, leurs cheveux épais et tombants! C'est à souhaiter de perdre l'odorat.
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Au reste, c'est ici le domaine de l'ordure. Le sol est empoisonné. Bénarès est propre, le Calcutta des indigènes est un paradis si on les compare à Katmandou. Si on n'était pas ici à 1 200 mètres d'altitude, si on n'avait pas le vent des glaciers, Katmandou serait un cimetière. Les rues étroites, serrées, laissent au passant une chaussée inégale entre deux fondrières de boues accumulées, et c'est là le champ clos des buffles. Tête énorme, œil torve, ils circulent librement dans les rues. Bénarès a ses vaches ; la ville des Gourkhas devait avoir ses buffles. Pas de fauve qui soit plus redoutable avec ses accès violents de colère brute, et ces aimables quadrupèdes ont autant de sympathie pour l'Européen que le cheval pour l'éléphant. Jeudi, en traversant le bazar au galop de ma dandi, nous sommes, porteurs et dandi, rejetés brusquement par un remous intense ; des cris s'élèvent de partout. Deux buffles se sont pris aux cornes et c'est un sauve-qui-peut. Nous esquivons par une ruelle où la dandi heurte les murs. Aujourd'hui, je dresse paisiblement mon inventaire au pied d'un temple. Nouveaux cris, nouveaux remous ; encore un combat de buffles. Dès qu'on en voit un à l'horizon, le mukhya prend ma droite, le cipaye prend ma gauche, tous deux le bâton menaçant.
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Demain matin, distraction pacifique, j'irai examiner la collection de manuscrits du mahârâja. Et j'aurai peut-être mon complet népalais bourré d'ouate que j'attends avec impatience. Le darji qui m'a pris mesure dédaigne les œuvres de la Révolution française, fi du centimètre ! Un bout de ficelle qu'il rapporte comme unité de mesure à son avant-bras et à ses doigts, voilà le système des mensurations népalaises.
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Lundi 17 janvier. — Encore un délai. Le mukhya m'apporte une lettre du Captain Sahib, toujours très aimable. J'aurai mon poney aujourd'hui ; mais la bibliothèque est fermée : « le gardien de la bibliothèque a une cérémonie religieuse (pûjâ) dans sa famille. » Je prendrai donc des estampages, et le cortège s'allongera d'un coulie qui portera l'appareil photographique, le papier, les brosses, le pot à eau. Mon Dieu! que de bandobast!
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*Katmandou, 18 janvier.* — Çàkyamuni, par toi j'ai vaincu! Toutes les portes des vihâras se sont grandes ouvertes, et pour en profiter je m'empresse d'en faire le tour, la brosse à la main, avant de visiter les temples hindous dont j'ai dressé l'inventaire. J'ai engagé comme auxiliaire Mitrânanda, et maintenant c'est tous les jours une procession solennelle qui défile à travers les vastes boulevards de Katmandou. Le mukhya ouvre la marche, bâton à la main, bousculant comme il sied la foule pacifique, mais compacte; puis, mon poney, un poney du mahârâja, s'il vous plaît, une bête trapue et lourde, race du Tibet, forte et sûre du pied, qualité précieuse sur ce sol raboteux; sur le poney, moi, casque en tête, saluant du geste les rares indigènes qui saluent; le plus grand nombre vous regardent d'un air de mépris et de soupçon. A la tête du cheval, un saïs; en arrière, mon beau et bon cipaye, ma bonne d'enfant, aux petits soins tendres et délicats; puis le petit pandit, petit, petit, drapé dans ses vêtements blancs; et enfin le coulie portant sur l'épaule, suspendues aux deux bouts d'une perche comme les plateaux d'une balance, les deux corbeilles qui contiennent papier, brosse, etc. Je dois dire que tout semble réussir, je me sens devenir populaire grâce à quelques saluts, et surtout aux quelques païs distribués aux gamins et aux mendiants. Les petits bonshommes me font des salams de grand style et même hier l'un d'eux est venu dévotement toucher le bord de mon chapeau.
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Le premier vihâra où j'ai tenté d'entrer hier, le Tyekam-bahal, à l'entrée de la ville en arrivant par l'Est, était plutôt réservé; il a fallu discuter, puis se débrouiller sans aide, et enfin faire étalage, sans la moindre modestie, des plus vastes connaissances (ils sont d'une ignorance navrante); et alors toute la population du Vihâra, hommes, femmes, enfants, sort de ses chambres infectes, m'entoure, me guide, m'aide, nettoie les pierres, cherche l'eau, et le pûjârî du Vihâra qui est un Udas (la seconde caste des Bouddhistes Névars) va jusqu'à m'apporter son livre de mantras, une compilation bien anodine de stances en l'honneur du Bouddha. On ouvre la chapelle et on m'exhibe les statues, Çâkyamuni entre Lokeçvara et Maitreya ; au-dessus de la porte un superbe panneau de bois sculpté porte au centre Mahâ-Vairoçana qui tient en ses mains multiples la japamâlâ (rosaire), le khaḍga (épée), le khaṭvâṅga (massue), un pustaka (livre), plus deux mains réunies en prières au-dessus de la tête ; au-dessus de lui, en un petit cadre également sculpté en plein bois, Nâma Saṃgîti portant un livre et — je crois — un rosaire ; enfin un petit triptyque de bois figure le Triratna : le Bouddha au centre, Dharma et Saṃgha à ses côtés. Les vihâras sont simplement les bâtiments élevés autour d'une cour rectangulaire où vivent en famille et dans la pourriture les Bouddhistes Népalais ;
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au centre de la cour est un ćaitya, décoré des quatre images d'Amoghasiddhi, Akṣobhya, Ratnasaṃbhava et Padmapâṇi sur les quatre faces du bloc carré qui porte la coupole, chacun dans sa niche ; plusieurs de ces ćaityas, même les plus modernes, sont entourés d'une balustrade, un « railing » qui reproduit exactement en ses dispositions les railings d'Açoka, à Mahâbodhi, à Sanchi ; mais je n'en ai pas vu qui porte des médaillons sculptés. Souvent des ćaityas de moindre taille sont éparpillés autour du ćaitya central, et parfois aussi, comme à Matsyendra Nâtha, à Lagan-bahal, des piliers sont dressés, des lâṭs quadrangulaires, où sont gravées des inscriptions. J'en ai estampé de splendides du règne de Nṛpendramalla, chefs-d'œuvre d'épigraphie lapidaire. Enfin, face à la porte d'entrée, s'ouvre aux fidèles une chapelle où la statue de Çâkyamuni reçoit les hommages et les hymnes. La vue intérieure de ces cours est un ravissement ; toutes les fenêtres sont des panneaux sculptés qui offrent une étonnante variété de décors. L'art de sculpter le bois qui fit la gloire du Népal y disparaît vite ; mais il se conserve encore dans les vihâras. On m'a montré aujourd'hui au Çriṇaka-bahal un panneau représentant Çâkyamuni au centre avec un éventail de dieux, de déesses, d'animaux et de fleurs développé autour de lui, qui doit être expédié ces jours-ci en guise d'hommage au temple de Mahâbodhi ; le musée des Arts décoratifs le couvrirait d'or.
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Mais si on ouvre les yeux, il faut se boucher le nez. Katmandou substitue au Tout-à-l'égout le Tout-à-la-cour ! La saison des pluies se charge du lavage; les ordures s'écoulent alors dans la rue et s'y déposent en fumier pestilentiel. Babou Mitra qui a voyagé dans l'Inde entière m'affirme qu'il n'a rien vu de si sale que Katmandou. Heureusement l'air y est vif ; aujourd'hui, hors du soleil qui grille, l'ombre était à peine tiède ; ce soir il fait 6°; la nuit dernière, à quatre heures, 3° seulement. Tandis que j'opérais hier dans la cour du Matsyendra Nâtha, vaste cour où s'élève un beau temple à toits décroissants, entouré de čaityas innombrables, je m'entends apostropher en sanscrit. C'est un Yogi établi au temple de Tripureçvara sur la Bagmati. La renommée lui a appris mon arrivée et il est accouru. Il parle admirablement le sanscrit, comme les bons pandits de Bénarès, et il prétend me convertir au Yoga. Juché sur un čaitya, il déclame ou prêche avec un flux de paroles à la Bengalie, proclame l'inutilité des estampages et de l'histoire, et exalte les pratiques de l'ascétisme. Je lui promets que j'irai le voir en son temple ; on peut imaginer si la foule s'était amassée compacte et pressante. Aujourd'hui bonne fortune : un officier népalais, que mes visites aux vihâras ont touché, vient à moi en pleine rue, m'aborde en sanscrit assez convenable, s'offre à me guider, et à m'aider, m'accompagne de pierre en pierre, de cour en cour (il est des vihâras comme le Lagan bahal ayant quatre cours en enfilade communiquant par des portes étroites et surbaissées) et la séance terminée il m'offre encore ses services pour demain. Voilà mon bataillon accru d'une unité.
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Il faut d'ailleurs avouer et proclamer que ces Népalais, si décriés, font mentir la renommée ; je les trouve aimables et complaisants au possible. Babou Mitra l'attribue à mon influence personnelle, mais il est babou ! Il faut plutôt en remercier le Commandant en chef Deb Sham Sher, qui a donné les ordres les plus propres à faciliter ma tâche ; il est défendu maintenant de vendre les anciens manuscrits sans les offrir d'abord à la Bibliothèque du Darbar qui se réserve un droit de préemption. La règle est suspendue en ma faveur. Je n'ai à payer pour les copies de manuscrits que le tarif du gouvernement, et non le tarif privé, c'est-à-dire uniquement les journées de copistes ; l'encre, le papier, les plumes ( ! ! ) ne sont pas à mon compte.
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Ce matin, le Captain Sahib Bhairab Bahadur m'a envoyé une corbeille de citrons ; il m'a aussi accompagné à la Bibliothèque installée dans les nouveaux bâtiments du Darbar School. Tout le personnel m'attendait en pompe, et les quatre pandits qui font office de bibliothécaires et de copistes, et l'armée des auxiliaires, et même un Tibétain employé à classer les quelques textes tibétains. Les manuscrits sont bien classés, couchés sur des rayons, soigneusement enveloppés et étiquetés. Le Bauddha-Çâstra a été plutôt une déception ; quelques manuscrits anciens, d'autres enluminés avec art ou serrés entre des plaques de bronze merveilleusement travaillées, mais assez peu de manuscrits et tous, ou presque, déjà connus. Je n'ai trouvé de neuf que l'Abhisamayâlamkâra, un commentaire de l'Aṣṭasâhasrikâ par Haribhadra en 164 pages ; j'en ai commandé une copie qui doit coûter une trentaine de roupies, et aussi du Nepâla-Mâhâtmya. Enfin j'ai commandé une copie du Yavana-jâtaka ; je n'ai pas sous la main d'ouvrage de référence et n'en trouverai pas ici, mais je ne crois pas me rappeler que ce Yavana-jâtaka soit connu par ailleurs, ou publié ; le manuscrit est ancien, sur feuilles de palmier, complet, mais beaucoup de feuillets sont en partie détruits. Du reste, je l'ai fait mettre de côté pour en reprendre l'examen.
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La chasse aux manuscrits n'a pas encore rendu. Mitrânanda m'a apporté un manuscrit ancien et enluminé de l'Aṣṭasâhasrikâ et la Pañcarakṣâ (Mahâ-mayûrî-vidyârâjñî, etc.) et d'autre part on m'a offert généreusement un manuscrit ancien (feuilles de palmier) et très fragmentaire et très endommagé de ladite Aṣṭasâhasrikâ et un autre de la Pañcarakṣâ. Je veux du plus nouveau, de l'inédit ou au moins du rare. On m'a aussi offert un manuscrit tibétain en lettres blanches sur fond noir ; c'est tout simplement la traduction de la Vajrachchedikâ. Comme le manuscrit est d'une belle paléographie, je le prendrai si je puis l'obtenir à bon compte, car chaque possesseur de manuscrit se croit en principe possesseur d'un trésor.
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Mercredi 19 janvier. — La nuit tombe ; le soleil ici se couche de bonne heure, vers 4 heures et demie derrière le Chandragiri, et le soleil emporte la bonne chaleur. Journée splendide au reste, d'une limpidité qui découvrait tous les plis des énormes glaciers à l'horizon, du Dhaulagiri au Gaurisankar, très douce aussi, tiède même après une nuit de gelée blanche ; l'herbe était ce matin toute saupoudrée et une légère croûte de glace recouvrait le pot à eau. J'ai profité d'une matinée de loisir forcé pour visiter la Résidence. Les « Lignes » occupent le sommet d'un plateau au N.-E. de Katmandou, séparé de la ville par une vaste prairie où les Gourkhas font de l'équitation et où somnolent des troupeaux de vaches ; le plateau tombe brusquement vers le N.-O., en face du mont Nagarjun, sur la large vallée où la Bitsnumati, trop petite pour son lit, arrose de riches cultures. Une route, large seulement de 5 à 6 mètres, dessert le territoire de la Résidence, enfermée tout au long entre des murs ou des haies, et surveillée à l'entrée par un poste népalais. Toute l'obligeance très réelle que je rencontre ici ne suffit pas à dissiper cet arrière-goût de prison. La Résidence, un cottage fort modeste, bâti au milieu d'un parc anglais ; puis la maison du docteur, plus modeste encore, et presque attenant l'hôpital de la résidence, bien modeste aussi, fait pour 8 ou 10 malades et moins encombré maintenant depuis que le Darbar a fait élever, à l'Est de la ville, un vaste hôpital. Le Dr Armstrong étant lui aussi en congé, l'hôpital est aux mains d'un assistant bengali, chargé en outre de relever les observations météorologiques communiquées mensuellement à Calcutta. J'ai feuilleté ses cahiers et constaté que la pression moyenne de Katmandou est de 25 inches 650 (641,35) ; dans la saison sèche elle se maintient à peu près constamment à 25 inches 700 (642,50) ; pendant les pluies elle passe à 25 inches 550 (637,50). La moyenne des pluies est de 56 inches (1,40). Le chiffre le plus haut que j'ai trouvé est de 74 i. 51 (1,862) en 1893 ; le plus bas, 47 inches (1,175) en 1896, année de la famine.
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Une bande de Tibétains étalait devant l'hôpital sa puante saleté ; ils attendaient la vaccine. Ils en sont, paraît-il, adeptes fort zélés et il en vient presque tous les jours, même de Lhasa. J'en ai photographié un groupe. Au reste les Tibétains surabondent ici, on les rencontre partout, et on les sent avant de les voir. Ils amènent des troupeaux de moutons et de chèvres destinés à la boucherie, car les Gourkhas (à l'exception des brahmanes) mangent la chair de ces bêtes; la caste infime mange même la viande du buffle; mais personne naturellement n'ose goûter de la viande de vache. Je rendais du même coup ma visite au docteur.
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[Figure: Vaikuntha Nâtha Çarman Pandit brahmanique au service de Mahârâja Deb Sham Sher.]
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Hier soir j'ai tenu un petit darbar ; les fonctionnaires de la Résidence : post-master, docteur et jemadar sont venus me présenter leurs salams. A midi j'ai repris ma tournée encadré de mon cortège. Les débuts ont été froids. Entré par le Nord de Katmandou, j'arrive au Thomaï-bahal (= Vikrama simha Vihâra). Refus énergique de me laisser entrer ; pas un pandit, pas un pûjârî. Des femmes ignobles et des hommes abrutis ; l'intolérance est bien la sœur de l'ignorance. Je députe Mitrânanda qui prend l'estampage d'une inscription ; elle est de Pârthivendra malla, comme aussi le panneau sculpté au-dessus de l'entrée ; même accueil au Guṇâkâra-Vihâra où des vieilles parcheminées et de grosses filles toutes jaunes, aux guenilles béantes, étalent du grain à sécher dans la cour. Mais au temple de Kathisambu il y a progrès. Les hommes sortent des maisons qui encadrent le čaitya, et le charme opère ; je n'obtiens pas encore de monter sur le promenoir, à la base de la coupole ; mais ailleurs libre circulation. Le čaitya est très grand, il dresse sa flèche dorée à une vingtaine de mètres, il est tout blanc de stuc frais ; de la flèche descendent vers quatre petits čaityas qui l'entourent des ficelles où flotte une longue rangée de chiffons multicolores. Un embryon de balustrade, juste au pied de l'escalier qui mène au promenoir ; en avant de l'escalier un pilier tout récent daté de 1010 (= 1890) couronné d'une statue en cuivre de Vajrasattva. L'inscription qui y est gravée consiste surtout en un stotra du Bouddha. Au coin N.-O. du čaitya, une pagode népalaise, en bois fouillé patiemment, enguirlandée de petits drapeaux, de clochettes, de miroirs. Le miroir semble une offrande très appréciée, on en trouve suspendus aux murs des temples hindous aussi bien que bouddhiques. Le Kathisambu est très vénéré ; aussi la cour alentour est entourée de petits monuments tous récents ; rien d'ancien comme inscription, là non plus ; deux stèles de Pratâpa malla et de Nṛpendra malla. Un petit vihâra est contigu au grand vihâra, côté Sud ; là une petite stèle de Pârthivendra malla datée 805.
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