Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.105
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.105
- Language
- French
v2.c8.105
Le chemin, d'abord pavé de briques, inégal, creusé de trous et d'ornières, se perd au bout d'un kilomètre au pied de la première colline dans un misérable sentier. Le temple de Changu Narayan se dresse au Nord de Bhatgaon sur le faîte d'un haut promontoire que le Mahadeo Pokhri lance vers l'Ouest; mais pour y atteindre, il faut d'abord passer dans un énorme massif de sable alluvial, creusé, rongé, ravagé, disloqué par les pluies, coupé en tous sens de fissures abruptes, et qui force à monter, descendre, remonter, sauter, grimper. Le village de Changu Narayan s'allonge sur un plateau étroit au pied du mamelon qui porte le temple ; une longue suite de marches irrégulières mène de là au temple. J'espérais grâce à la complaisance de mon personnel dégager du sol le pilier de Mâna deva et compléter l'estampage fragmentaire de Bhagvanlal. Depuis son exploration, la situation s'est modifiée ; le pilier était alors simplement enfoncé dans le sol et ne cachait que ses neuf dernières lignes de chaque côté. La piété d'un fidèle a maintenant entouré la base de Nâgas en pierre qu'on ne peut songer à déplacer, et du coup trois lignes de plus sont perdues. Un « pandit » idiot, conservateur du mandir (temple), s'est vengé de son ignorance en me consignant à la porte du temple. Je n'ai pu que prendre à distance la photographie du pilier avec la façade inférieure du temple que décore une admirable porte de bronze doré. Le temple est grand, à deux étages, avec des chapelles élevées irrégulièrement à l'entour, enfermé dans un rectangle continu de dharmsalas. Les poutrelles d'étai aussi bien que les murs sont fouillés avec autant de patience que d'imagination ; dieux, déesses, monstres, animaux, fleurs et surtout représentations des pratiques du Kâmasûtra s'y développent rehaussés de couleurs vives où dominent le bleu et le rouge et qui forment un ensemble harmonieux et gai. Mon pandit Mitrânanda, bouddhiste zélé et des plus instruits pour un Népalais, demande au pûjârî d'ouvrir le sanctuaire pour y faire sa pûjâ; les deux mukhyas et le coulie le suivent; tous se dépouillent de leur coiffure, les mukhyas déposent leur inséparable kukhri. Mon mukhya ordinaire, qui est un brahmane Kânyakubjîya, chante des mantras et des stotras en gravissant les degrés; avant d'entrer, ils se prosternent et touchent du front le seuil. La pûjâ finie, à grands sons de cloche, ils sortent tous, les mains humides de l'eau bénite que le pûjârî leur a distribuée et dont ils se signent; ils projettent les gouttelettes pendant aux bouts de leurs doigts contre les statues éparses dans la cour et placent sur leurs têtes les feuilles vertes que le pûjârî leur a distribuées après les avoir présentées au dieu.
Linked texts (1)
- Kāmasūtra — Vātsyāyana Mallanāga, Sanskrit