Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.12
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.12
- Language
- French
v2.c8.12
La route aboutit à Bhimpedi (3 660 pieds, 1 200 mètres) dans un cul-de-sac ; les hauteurs tombent partout à plomb. Adieu les palanquins, je liquide avec des bakchihs mes *kahars* (porteurs de palanquin) et mes coulies et mon cipaye et je passe aux mains des Népalais. Des kahars, des coulies et un cipaye sont venus de Katmandou avec une *dandi* pour moi et une autre *dandi* moins somptueuse à l'usage de Francesco. Ma *dandi*, une *dandi* de luxe, est très exactement un canot ; à la proue et à la poupe on passe des perches, deux hommes à l'avant, deux à l'arrière et comptons pour le reste sur les lois de l'équilibre stable ; mon Francesco a une simple pirogue, et encore une pirogue en toile, à la façon d'un hamac ou d'un linceul, avec le même système de suspension. Ici on est hindou, hindou de culte, s'entend. Les bénédictions tracées au minium sur les murs des maisons et dans les boutiques sont des adorations à Gaṇeça, à Kṛṣṇa, à Sarasvatî. J'apprends — depuis deux jours je n'ai parlé que l'hindoustani — que Bhimpedi doit son nom à Bhîma. Le temple du village, simple carré enclos de murs, décoré d'un linga et d'une cloche, est dédié à Bhîmasena. Outre le temple de Bhîmasena, Bhimpedi a une toute petite chapelle avec une statue certainement ancienne de Lakṣmî-Nârâyaṇa. Le dieu et la déesse se tiennent amoureusement et Garuḍa est à leurs pieds. Je prends un repas sommaire dans une boutique vide, et toute clôturée — heureux présage — avec les planches des caisses où l'on expédie d'Amérique (New-York, U. S.) le précieux et économique pétrole. Du reste Bhimpedi est à moitié construit avec ces planches. Les porteurs qui remplacent à partir d'ici les chariots à buffles ne se soucient pas de traîner une charge inutile. D'ici à Sisagarhi, une dure escalade sur un chemin rugueux, rocailleux, constamment à pic. En 2 milles, soit 3 forts kilomètres, on passe de 3 660 pieds à 5 875, de 1 200 mètres à 1 900 mètres et sous un soleil de 35° sans une apparence d'ombre. Mes porteurs ne se fatigueront pas, je fais le chemin à pied. Francesco, qui fait l'apprentissage de la montagne, gît dolent en son linceul, pleurant la fièvre. Et tout le long de cette rude escalade, les portefaix se succèdent : des groupes de quarante, cinquante hommes traînent péniblement des tuyaux de canalisation destinés à Katmandou. Si c'est là la seule route vers Katmandou, comme les Népalais prétendent le faire croire, ils peuvent dormir tranquilles. On grimpe sous les canons du fort de Sisagarhi qui domine la vallée de Bhimpedi et commande la passe. Dans l'enceinte du fort, un petit bangalow a été installé à l'usage du résident, bien primitif au reste : comme lit une planche ; en fait d'autres meubles, une table et deux chaises. Sur la demande expresse du colonel Wylie, le bangalow m'est ouvert ; la sentinelle gourkha me présente les armes ; les officiers, la plaque en diadème, s'alignent, et je prends possession de ma chambre, ma cage ou ma prison. Le colonel Wylie m'a bien recommandé de rester contre le mur du bangalow, il y est tenu lui-même : la moindre curiosité, le moindre pas à l'écart vous ferait crier à l'espion.