Pramāṇa · Search · About · API

Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.128

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.128

Language
French

v2.c8.128

Népal proprement dit ; il faut pour y parvenir s'élever par une ascension assez raide sur le flanc de la montagne et contourner ensuite une combe profonde où s'étagent des cultures et des maisons rustiques, tandis que les pentes supérieures contrastent par leur âpreté dénudée avec les sommets boisés des autres massifs. La route de Phirphing se détache de la grande route entre Katmandou et Patan presque à la porte même de Patan, oblique vers le Sud-Ouest, passe devant le stûpa occidental d'Açoka, traverse deux kolas (on nomme ainsi des ruisseaux au vaste lit avec un maigre filet d'eau qui s'y perd) se poursuit sur un plateau presque entièrement uni ; puis, un peu avant d'atteindre Bogmati, il fléchit encore à l'Ouest, descend vers la Bagmati et traverse un gros bourg, Kokona, où se trouvent un assez grand temple et un čaitya, sans intérêt et sans épigraphie ; puis il atteint la Bagmati, un peu avant sa sortie du Népal officiel. La rivière en effet coude presque aussitôt vers l'E.-S.-E. et longeant la falaise qui porte Bogmati s'engage dans une passe aussi mystérieuse que le Pôle Nord. La Bagmati, descendant directement au Gange, doit ouvrir une voie d'accès directe entre l'Inde et le Népal ; les Népalais ne se soucient pas d'ouvrir à leurs voisins envahissants une porte qui n'a ni verrou ni serrure. Au débouché de la gorge, sur un vaste replat, le Darbar a établi un asile de lépreux, comme une sorte d'épouvantail. En guise de pont entre les deux rives, une ligne de poutrelles larges tout juste comme le pied et comme le pied sans chaussures encore ; et aussitôt après, le chemin se met à grimper raide. Phirphing semblait promettre plus de résultats ; assez à l'écart pour échapper aux bouleversements, rarement visité, si jamais il l'a été, par un voyageur, il a les ruines d'un darbar et deux temples fort populaires : Çeṣa Nârâyaṇa et Dakṣiṇa Kâlî. Çeṣa Nârâyaṇa (Sikh Narayan comme on dit ici) n'attire pas seulement les Népalais ; les Bhotiyas y viennent; à mon arrivée un groupe des leurs est installé dans une des dharmsalas et une pierre porte inscrite en relief à la manière tibétaine le Oṃ maṇi padme hūṃ assez inattendu ici. Pas de construction luxueuse comme à Changu Narayan ; quelques pauvres petites chapelles, et collée au rocher même, accessible seulement par un escalier à pic, l'image sacro-sainte. Une fissure ouverte au-dessus dans la roche laisse échapper pendant quatre mois de l'année une cascade toute blanche. En Suisse on dirait Pissevache, ici c'est Kâmadhenu, une simple nuance ; mais il s'agit bien de la Kâmadhenu réelle, de la vache divine, et on l'adore fort sérieusement. Du reste l'eau ici jaillit de partout ; limpide et gaie elle court de palier en palier dans des bassins où la piété des fidèles nourrit des bandes de poissons. Dans le village, situé à l'Est du temple, j'ai estampé une inscription de Jyotir malla, une de Çrî Nivâsa malla et une de Yama malla dont le nom m'est par ailleurs inconnu.