Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.136
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.136
- Language
- French
v2.c8.136
Le soir j'étais invité dans les « Lines » des Cipayes à assister à un nautch offert par le Jemadar. Sur la pelouse de manœuvres on dresse quelques perches et on tend un velum par-dessus. Tout autour, des bancs et quelques chaises pour les gens d'importance. Pas de nautch girls : l'espèce en est rare au Népal, et en cette semaine du Holi elles sont demandées et réclamées partout. Et puis le corps de ballet a eu des malheurs. La reine des nautch-girls expie en une prison la faute d'avoir trop plu; elle a été convaincue d'avoir accordé ses faveurs à pas mal de petits jeunes gens brahmanes ou kṣatriyas et de les avoir entraînés à perdre leur caste. La loi hindoue punit sévèrement ce délit : elle a eu quinze ans de prison et les petits jeunes gens en ont eu pour un an. Ç'a été le gros scandale du Népal. A défaut de nautch-girls on a eu des nautch-boys : le plus grand, un garçon de seize ou dix-sept ans représentant Kṛṣṇa, une haute mitre sur la tête, sur les épaules une façon de pèlerine, une longue blouse d'un beau bleu serrée à la ceinture. Un autre garçon plus petit faisait Râdhâ, l'amante de Kṛṣṇa; enfin des enfants de huit à douze ans représentaient les bergères compagnes de Râdhâ. Au début, chœur et symphonie d'orchestre; on développe un grand rideau qui porte les images de Kṛṣṇa et de Râdhâ, on brûle l'encens, balance les lampes, chante les hymnes. Puis le spectacle propre commence. De neuf heures du soir à quatre heures du matin toujours le même sujet : Râdhâ chante sa passion éperdue et gémit sur son abandon; Kṛṣṇa ne pense qu'à jouer de la flûte. Les amies de Râdhâ viennent la consoler ; une d'elles va prier Kṛṣṇa de satisfaire son amante. De guerre lasse, il cède un instant ; les bergères accourent, et Kṛṣṇa mène une ronde, la Râs Lîlâ. Puis il retourne à sa flûte et tout recommence. La monotonie de ce thème est un peu variée par les fantaisies du Vidûṣaka, vêtu à la Népalaise parmi tous ces personnages de fantaisie; on se le renvoie comme une balle, bafoué, raillé, battu, criblé de coups de poing, trébuchant, quémandant des bakchichs qu'on lui paie sur le derrière. Les cipayes en burnous et turban blanc, immobiles, écla- 'tent de rire à ces grosses farces; mais il regardent avec une intense émotion religieuse les jeux de Kṛṣṇa et des bergères. C'est une chose si sacrée, me dit le Captain Sahib! Sacrée ou non, à minuit, j'avais sommeil et je rentrais au bangalow.