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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.26

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.26

Language
French

v2.c8.26

Captain Bhairab m'introduit dans un salon énorme, quarante ou cinquante mètres de long, qui occupe toute la façade du premier étage, farci du bric-à-brac obligatoire de canapés, chaises, consoles, tables, fauteuils, lustres, miroirs dorés ; aux murs, les portraits peints par des artistes anglais et par des artistes indigènes du mahârâja présent et de ses devanciers : Jang Bahadur, Bhim Sen, etc., grandeur nature, en des cadres tout dorés, et partout des œuvres d'art en bronze doré, l'industrie par excellence du Népal. Enfin, pressé par la poussée d'un entourage trop curieux, le Commandant en chef entre, petit, large, coiffé d'une toque dorée, enveloppé d'une longue robe de chambre, la bouche ensanglantée de bétel, au front le santal et le minium, restes de la pûjâ quotidienne. Il m'invite à prendre place à ses côtés sur un canapé, et fait amener son fils, un bambin de dix ou onze ans qui apprend l'anglais, physionomie intelligente et énergique comme le papa. Tuniques blanches de brahmanes, uniformes de chefs, soutanes de babous tout à l'entour. Deb Sham Sher est au courant et va droit au fait. Le tournoi s'engage. Un pandit ou soi-disant tel m'adresse la parole en sanscrit, péniblement, incorrectement ; un second pandit survient, mon succès est facile. Deb Sham Sher essaie d'articuler quelques syllabes en sanscrit : Pūrvasmin... kāle... Yudhiṣṭhira... king... was... then... sanskrit bhākhā... in use..., et s'effondre sous l'effort. Il me parle de la représentation de Çakuntalâ à Paris ; il me demande si je crois aux devas, si à mon avis les prophéties du Bhaviṣyat-Purāṇa sont exactes ; puis si on imprime du sanscrit à Paris. Je lui parle du Bhâgavata de Burnouf. Le nom de Burnouf ne doit pas rester ignoré au pays des manuscrits d'Hodgson. Il me demande de lui lire la légende en français qui accompagne une gravure anglaise : la mort de Tipou-Sahib, et s'exclame sur la mélodie du français (ah! si j'avais la « voix d'or » !). Je mets fin à l'entretien qui n'en finirait pas, et Deb Sham Sher me déclare qu'il est à mon service, que je puis aller où je voudrai, qu'il m'aidera à la recherche des manuscrits et des inscriptions. « Un tel savant, venu de si loin, n'est-ce pas notre devoir ? » Assurément, Monseigneur, mais nous verrons ce qu'en vaut l'aune népalaise. Liberté d'entrer, de travailler, de lire, de faire copier les manuscrits recueillis à la Bibliothèque du Darbar, pas demain, naturellement, après-demain ; il faut mettre en ordre, — toujours le même système. Et il donne l'ordre à Captain Bhairab de me « drive » à travers Katmandou par les deux ou trois rues où peut passer une voiture.

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