Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.28
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.28
- Language
- French
v2.c8.28
Dimanche 16 janvier. — Enfin j'ai commencé à travailler. A midi le mukhya, simple soldat en dépit du nom ambitieux qu'on lui donne, est venu m'informer de la part du Captain Sahib Bhairab Bahadur que le cheval promis ne viendrait pas avant deux ou trois jours, le mahârâja ayant emmené dans sa tournée d'hiver tous les chevaux disponibles ; en même temps il se mettait à mes ordres. Le cipaye que m'octroie la Résidence m'attendait à la porte. Je me mets donc en marche avec, pour avant-garde, le mukhya, un Gourkha petit, trapu, dépenaillé et puant, et pour arrière-garde le cipaye, grand, barbu, truculent et bonasse, une bonne d'enfant en uniforme. Je tombe sur Mitrânanda, le fils du Pandit de la Résidence, qui m'amène son oncle Bhuvanânanda, un petit vieux au visage fripé qui rumine le bétel. Sera-t-il le pandit souhaité ? Je l'aborde en sanscrit ; il bafouille indignement, mais en y mêlant cinquante pour cent d'hindoustani, il arrive à s'expliquer. Sa science des textes bouddhiques ne dépasse pas le Lalita-vistara. Je lui énumère les titres d'ouvrages traduits en chinois et que je veux retrouver en original; il n'en connaît pas un, il ne comprend même pas. Enfin, faute de grives... je lui propose de m'accompagner dans mes tournées, moyennant salaire; il me servira de couverture et d'introduction auprès des bouddhistes d'ici. Il a un rhumatisme, marche à peine, demeure à Patan; enfin, il compte être guéri jeudi et viendra me trouver. Tant vaut le pandit, tant vaut le fidèle. J'ai fait connaissance avec les fidèles de Çâkyamuni. O tempora ! o mores !