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Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v2.c8.5

Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v2.c8.5

Language
French

v2.c8.5

Le matin les chevaux et la calèche du râja de Bettiah me ramènent à Segowlie où mon escorte m'attend: palanquin, dooly [chaise de montagne], 16 porteurs pour moi, 8 pour mon boy Francesco, 7 pour les bagages, plus le cipaye chargé de faire manœuvrer ce monde. L'entreprise n'est pas toujours aisée; parfois les coulies plantent là leur client, en pleine jungle, et prennent la clef des champs: Mme Wylie elle-même a connu cette mésaventure. Le sort me l'a épargnée. Les cipayes du colonel Wylie, de beaux Hindous avec des colliers de barbe noire, ont tous rivalisé de soins, de complaisance, d'attentions, et si je me ruine en bakchichs, au moins suis-je bien servi. Le voyage au Népal est plutôt ruineux; je compte qu'il me coûtera au moins 400 roupies, 650 francs, autant que de Marseille à Bombay, avec un peu moins de confort. Les porteurs sont prodigieux de force et de vitesse; le palanquin est une vraie chambre en bois; avec la literie, les provisions, l'ameublement et le locataire, la charge est bien de 100 kilogrammes, et, à quatre hommes pour la porter, ils font aisément leurs 8 kilomètres à l'heure. Impossible de marcher avec eux; il faut courir, ou s'empa-lanquiner. La résultante des forces est représentée exactement par les mouvements éperdus du pendule quand on tire violemment une horloge à soi; oscillation de droite à gauche et projection violente en avant et en arrière. En outre, la consigne est de ronfler, ou tout au moins d'être immobile. Le moindre geste rompt l'équilibre de la charge et l'effort des porteurs; on se sent peu à peu et bien vite craqué jusqu'au plus profond des os.