Le Nepal: etude historique d'un royaume hindou v3.c10.s1.13
Le Népal: étude historique d'un royaume hindou v3.c10.s1.13
- Language
- French
v3.c10.s1.13
L’inscription commémore une donation au dieu de Changu Narayan (*Hari*, I, 6) faite par la reine Râjyavatî, sur le conseil de son fils le roi Mânadeva, à la suite d’une campagne victorieuse qui avait conduit ce prince à l’Ouest du Népal propre, par delà la Gandakî, jusque dans la citadelle (*purî*) du Malla indocile. J’ai déjà commenté du point de vue historique cette inscription (II, 99 sqq.). L’objet de la donation n’est pas clairement énoncé ; il s’agit sans doute du pilier lui-même, indiqué par le démonstratif *tat* « ceci » à la fin de l’inscription. L’usage d’élever des piliers commémoratifs remonte dans l’Inde jusqu’à l’empereur Açoka. Les Guptas, leurs voisins, et leurs successeurs ont renouvelé ou perpétué cette pratique. L’exemple le plus frappant en est la praçasti de Samudragupta à Allahabad, gravée sur un pilier d’Açoka même. La désignation la plus usuelle de ces piliers est le mot *stambha* ; on trouve aussi *yaşti* (= *lât*) appliqué dans une inscription de Hastin et Çarvanâtha (FLEET, *Gupta Inscr.*, p. 111) à un pilier de délimitation (*vala[ya]-yaşti*), et *yûpa* spécialement appliqué aux piliers qui commémorent un rite (pilier de Vişnuvardhana à Bijayagadh, FLEET, *ib.*, 253 ; Skandagupta ? à Bihar ; Mânadeva lui-même emploie ce mot pour désigner les piliers érigés par son père, le pieux Dharmadeva ; III, 5). L’usage est aussi bien çivaïte (Mangaleça à Badami) que vichnouïte (Candra à Mehrauli; Budhagupta à Eran), ou jaina (Kahaun, temps de Skandagupta), ou bouddhique (Simhavarman à Amarâvatî). Dans le culte vichnouïte tout au moins, le pilier est comparé à un étendard du dieu (*Viṣṇor dhvajaḥ sthāpitaḥ*, à Mehrauli ; *Janārdanasya dhva-jastambhaḥ*, à Eran). L’érection du pilier est généralement désignée, comme dans la présente inscription (*ucchritaiḥ*, III, 5) par le verbe *ucchray°*. Par une rencontre, qui n’est pas due seulement au hasard peut-être, l’inscription de Changu Narayan rappelle deux inscriptions sur pilier de Skandagupta. L’une, à Bhitari, célèbre ce prince « lui qui, après que son père fut parti au ciel, rétablit la Lakṣmī de sa race submergée, subjugua son ennemi, et s’écriant : « Me voici le maître ! » alla tout joyeux trouver sa mère qui avait les yeux pleins de larmes, comme Kṛṣṇa avec Devakī » (l. 12-14 : *pitarī divam upete viplutāṃ vaṃṣalakṣmīṃ bhujabalavijitārir yyaḥ pratiṣṭhāpya bhūyaḥ [I] jitam iti paritoṣān māturaṃ sāsranetrāṃ hataripur iva Kṛṣṇo Devakīm abhyupetaḥ [II]*). Le tableau et les expressions même évoquent l’entrevue de Mānadeva avec sa mère Rājyavatī et dénotent sans doute l’imitation du même modèle. L’autre inscription très mutilée (à Bihar) laisse transparaître la personne de la mère du roi (l. 12). Ces deux inscriptions se placent dans la seconde moitié du vᵉ siècle. Un siècle après, l’inscription de Maṅgaleça à Badami présente une analogie un peu plus lointaine avec l’inscription de Changu Narayan. Le roi Maṅgaleça, au retour d’une grande victoire remportée sur le Kalatsûri Buddharāja, fait une offrande à (Çiva) Makuṭeçvara et grave sa donation sur un pilier commémoratif. L’inscription, rédigée dans une prose savante, célèbre d’abord les ancêtres du roi, comme fait Mānadeva à Changu Narayan ; puis vient l’éloge du roi, enfin le narrateur passe au récit des circonstances de la donation par un mouvement presque identique de part et d’autre (*kim bahunā*, Badami, l. 10. — *kiṃ vākyair bbahubhiḥ*, Changu III, 20). « Le roi, qui avait au cœur l’impatience de dresser un pilier commémoratif de la victoire de sa puissance (*çaktijayastambha*), considéra qu'il fallait d'abord dresser le javelot d'un pilier en commémoration du triomphe de la piété (*dharmmajayastambhaçakti*)... Il manda l'épouse de son père, la reine Durlabhadevî et lui dit: Que ceci soit ton affaire! Présentez en offrande à Makuṭeçvara Nâtha ces choses... (l'énumération suit). »